Le jour des VivictoiresIl y a des messages qui font plaisir ...

"Ca y est c'est vendu !!! Alléluia! Et j'ai aussi le poste en Dordogne!!! Une journée de ouf!!!!!"

J'avoue que oui, cela m'a fait plaisir même si, au fond de moi, je me disais que pour la vente, il n'y avait plus grand chose à redouter ... étant toutefois précisé que j'appartiens à la race de ceux qui préfèrent se réjouir quand tout est signé plutôt qu'anticiper. Voilà qui clot plus d'une dizaine d'années de dur labeur, de tentatives, d'obstination et d'opiniatreté. De loin, j'ai essayé de l'accompagner, d'en parler régulièrement, de partager mais ce n'est jamais facile quand tu ne vis pas la même chose et que ton quotidien est rythmé autrement par des contingences qui n'ont jamais vocation à se rejoindre. Pourtant, depuis que je l'ai rencontrée à un concert de P!nk en 2009, Vivi fait partie de ma vie à telle enseigne qu'elle a été désignée pour témoigner de mon mariage. C'est d'ailleurs la seule rescapée de ce mariage ...

Nous avons partagé plein de choses, nous avons eu des discussions sans fin sur tout un tas de sujets, je l'ai vue sortir de route souvent, elle m'a beaucoup agacé par moments, elle m'a écouté aussi quand j'étais trop seul face à l'égoïsme. C'est, à bien y regarder, le bon résumé de l'amitié : nous avons été là l'un pour l'autre souvent, et hier ne déroge pas à la règle. Et pourtant, ce n'était pas gagné parce qu'il y a une constante : je ne m'entends pas avec les juristes filles qui sont, à mes yeux, des carricatures patriarcales inversées. Bref ...

Depuis qu'elle a souhaité quitter la robe, qu'elle a eu l'idée saugrenue de vendre des glaces [son amour des boules crémeuses n'est plus à démontrer] jusqu'à s'en faire mal au poignet, qu'elle a ouvert son bar à vin en partant de zéro, qu'elle a tenté des aventures hasardeuses au plus haut point [jusqu'à vouloir lancer une fédération internationale d'un sport qui n'existe pas, oui], j'ai suivi. Il y a une chose qui ne change pas chez elle et qui l'accompagnera jusqu'au bout [à part moi] : elle y croit. Et sa motivation, malgré les embûches et les obstacles, est en titane. Et pourtant, je ne la ménage pas ... un ami n'est pas là pour cela.

Je lui rentre dedans, je la confronte, je la ramène sur le sol duquel elle tente de s'extraire toujours pour gonfler à l'hélium sa tête, je lui rappelle les limites de sa façon d'être et de faire ... mais je l'écoute avec bienveillance et l'inverse est tout autant vrai. Voilà des années qu'elle n'en peut plus et qu'elle s'abîme à travailler six jours sur sept, jusqu'à 2h du matin pour ne pas réussir à se payer correctement ou pas se payer tout court. Cette vente, c'est au moins l'assurance de ne pas repartir à nouveau à zéro.

Quand je l'entends me vanter les prouesses politiques dont elle sera capable, je m'amuse parce que lorsque je lui raconte les roueries dont je suis contraint d'user pour parvenir à mes fins, elle hurle en m'expliquant, comme une cagole du sud qu'elle est un peu, que "c'est n'importe quoi, ces gens sont des cons puisqu'ils font exprès de t'empêcher de donner tout ce que tu peux faire ..." Je la regarde toujours, amusé, en lui rappelant qu'à un moment, on ne travaille pas contre les autres mais avec eux et qu'il faut bien faire des concessions tous les jours sur à peu près tout. Pour une fille pas patiente, exigeante jusqu'à une certaine forme d'intolérance et qui ne gère pas du tout la frustration, c'est compliqué. Or donc, elle voit son avenir en Dordogne en jouant avec des élus locaux et des jeux de pouvoirs territoriaux [certainement les pires trucs possibles]. Je lui ai dit qu'elle avait perdu l'habitude de travailler avec les autres en n'étant pas celle qui dirige et qui décide, je lui ai rappelé qu'elle allait se confronter à des blocages infinis ... mais je sens qu'elle a besoin de se reposer sur une vie plus conventionnelle. Elle est arrivé à un stade où la charge mentale doit s'alléger d'une évidente manière.

Et donc que tout se décoince la même journée, comme un aboutissement, un climax qui lui ressemble tant, oui je suis trouve cela magnifique, une vraie victoire sur les choses de la vie. Rien n'est gagné mais cette page peut désormais être tournée et ma grande théorie des séries se confirme : les merdes volent en escadrille, mais bonnes nouvelles parfois en rafale. Rien que pour cela, j'aurais adoré hier aller me saouler avec elle, à nous éclater jusqu'au bout de la nuit pour célébrer tout cela. Elle s'est réjouie l'année dernière quand j'ai changé de boulot, quand on a trouvé notre nouvel appartement ... je lui avais dit qu'on attendait maintenant qu'elle fasse sa partie du chemin. Depuis hier, on peut le dire : elle a tenu parole et bravo à elle !

Tto, très fier