La débâcle des sentiments

Incrédule ... lorsqu'il m'a tendu son téléphone pour me faire lire ce message reçu quelques secondes avant, je suis resté incrédule. Pourtant, ce n'est pas à moi qu'on va pouvoir venir expliquer que cela n'arrive jamais, que c'est parfois soudain et même que la violence de ce genre de nouvelles ne permet pas d'espérer être disposé d'une quelconque manière que ce soit à pouvoir le digérer. Non, je suis resté incrédule ...

Quelques minutes plus tard, j'ai pris mon téléphone pour lui adresser un petit message de soutien : oh, je n'ai pas d'illusion, les mots ne servent à rien mais les messages pour inefficaces qu'ils soient laissent malgré tout des traces et je tiens à celles-ci, je m'attache même particulièrement à montrer aux gens que j'aime que je suis présent lorsqu'ils doivent affronter la tempête et l'épreuve. Là, ça me semblait juste évident !

Qu'elle se fasse plaquer, à froid, dans l'élan de retrouvailles après une quinzaine de jours de vacances de sa part à lui, sans raisons, sans signes avant-coureurs, sans même que l'on ait pu se dire "tiens ça sent le sapin là quand même", quelle désillusion ! Oui, les ruptures sont toujours difficiles et je ne crois jamais à ceux qui t'expliquent que tout s'est passé facilement [limite, les boites de chocolat sont venues parachever l'oeuvre]. Oui, tout le monde est forcément malheureux sauf les handicapés de l'amour qui font semblant et qui finalement n'aiment pas vraiment. Oui, c'est toujours plus facile de décider d'en terminer que de se prendre le skud en pleine tête sans l'avoir vu venir. Oui bien sur ...

Mais quand cela touche quelqu'un que tu aimes beaucoup, avec laquelle tu as partagé de beaux moments de rire, des vacances même, des instants uniques comme celui de notre mariage dont elle restera la témoin lumineuse et transfigurée, bah oui cela affecte et tu trouves toujours et instantanément les moyens de te rendre disponible pour elle. C'est exactement ce que nous fîmes le lendemain après-midi où elle est arrivée chez nous en pleurs et est repartie avec un peu plus de lumière dans les yeux [après nous avoir demandé trois fois de faire un enfant avec elle].

En dialoguant avec elle, je savais qu'elle était perdue, paumée et même anéantie ... Trois ans congédiés comme ça, sans explication autre qu'une vague protection offerte dont elle ne veut pas ou un fuyant "je suis moins épanoui", c'est dur et j'en ai consolé des coeurs brisés comme ça. C'est d'ailleurs à cette occasion que je me suis rendu compte que je n'ai pas perdu la main et de loin ! Autant Zolimari m'épate toujours à prendre le problème au travers d'un angle froid et distant qui n'est jamais celui que j'adopte, autant je me suis retrouvé à plaider. Plaider quoi ? Plaider qu'elle daigne regarder les choses autrement que sous le prisme de la culpabilité ou de la douleur. Et oui, je pense que je suis très bon plaideur ... j'ai toujours aimé écouter les gens et tenter de les aider en les convaincant de ne pas s'enfermer dans des logiques toxiques dont les effets ne font que favoriser les circonstances désastreuses auxquels ils font face. Oui j'ai plaidé jusqu'à obtenir le fameux "Je sais que tu as raison" me permettant, soulagé, de me dire qu'elle était sortie du tourbillon ... au moins quelques instants.

"N'oublie pas que nous serons toujours là pour toi", je lui ai écrit, je l'ai répété et on sait bien que ces paroles chez moi sont d'or.
De l'incrédulité de la veille, nous avons dessiné ensemble la situation telle qu'elle existe en réalité, avec un soupçon de stratégie parce qu'une rupture est un match dont les pleurs ne sauraient minorer l'enjeu : celui d'une reconstruction rapide. Le flou entourant la décision puérile d'en terminer sera l'ennemi à abattre, les renoncements immatures de celui qu'elle aime encore ne peuvent justifier qu'elle souffre, encore moins ses lâchetés.
On n'est pas sérieux quand on aime mais on doit l'être quand on est plus aimé : le respect existe et doit absolument être offert à celle que l'on laisse comme ça, par égoïsme. Elle reviendra nous voir cette semaine, pour passer la nuit. Nous en parlerons à nouveau mais quand j'aime quelqu'un, je ne sais pas accepter qu'ils supportent ce qui est pour moi du domaine de l'inenvisageable.

Rien ne sera plus jamais pareil et la vie n'est finie. Je suis inaudible en disant cela à quelqu'un qui n'attend qu'une chose, se réveiller d'un tel cauchemar. Dimanche après-midi, je pense tout de même qu'après quatre heures d'explications, des messages sont passés et constituent autant de jalons nécessaires pour l'après.

Tto, toujours à l'écoute