2015 - REQUISITOIRE

La Maizena est censée rendre les gâteaux plus légers, à CANAL+ Maïtena rend l'ambiance plus lourde mais l'audience plus fine aussi.
Dire qu'elle est celle que tout le monde attendait après le tsunami Bolloré de l'été est un doux euphémisme et il ne fallait pas être grand clerc pour envisager que cela serait décevant. Oh, ce n'est pas faire un procès d'avance que de dire cela mais une émission quotidienne de télévision ne se prépare pas dans de telles conditions et en catapultant une animatrice pas franchement préparée à cela dans un tel cirque où l'absence de concept est flagrant. Mais qu'importe, mon propos n'est pas là.

Aux abois et malgré le temps que Vincent Bolloré lui donnera [par fierté], Maïtena Biraben mord la poussière d'un lynchage organisé qui aura raison d'elle d'une manière ou d'une autre. Je ne pleure pas les soldats du petit écran, la lumière dont ces papillons se gorgent a un prix, ils le connaissent et personne ne les a obligés à s'asseoir dans ce fauteuil dont leur orgueil se flatte. Non, le problème est que la tourmente dans laquelle "Le Grand Journal" est plongé depuis le premier soir maximise les comportements, les réactions, les embrasements et anéantit toute neutralité. Qu'importe diront les cyniques, l'essentiel est finalement que l'on parle de Biraben à défaut qu'on la regarde ! Et d'ici là, peut-être aura-t-elle la formule ou les réglages salutaires qui manquent cruellement à son émission insipide et quasi-inutile.

Sauf que la tourmente en question amène Maïtena Biraben, qui jouissait d'une image de fille sympa et pétillante que l'on prête aux bonnes copines, s'emmêle elle-même les pinceaux et, sous la pression, en vient à dire des choses ahurissantes sans rétropédalage postérieur. Jeudi soir dernier, en disant toute seule et par deux fois que le discours du Front National est un discours de vérité, Maïtena a franchi le rubicon sans véritablement s'en rendre compte, comme si cela était anodin. Voici les propos retranscrits :

Maïtena

Réquisitoire BIRABEN

Biraben – Vous dites que la France n’est plus le pays des droits de l’homme.

Eric Dupont-Moretti – Oui, c’est le pays le plus condamné par Strasbourg. Enfin derrière la Turquie, ce qui n’est tout de même pas un truc fantastique.

Maïtena Biraben – Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour que ça change ?

Eric Dupont-Moretti – Il faudrait que les juges aient le courage d’aller de l’avant. Malheureusement, les avancées en termes de libertés publiques ce sont des coups de pieds au cul que l’on s’est pris de Strasbourg. Par exemple, la présence de l’avocat en garde à vue, c’est un coup de pied au cul venu de Strasbourg.

Maïtena Biraben – Vous savez que ces propos, les propos de la vérité sont souvent tenus et incarnés par le Front national aujourd’hui. Rarement par le Parti socialiste, très rarement par les partis classiques, c’est quelque chose qui vous pose problème ? Ou que vous entendez et qu’à la fin des fins, vous comprenez ?

Eric Dupont-Moretti – Le Front national est pour moi un véritable problème. Je pense que c’est une petite entreprise qui marche bien.

Maïtena Biraben – (elle le coupe) C’est le premier parti de France, Eric Dupont Moretti.

Eric Dupont-Moretti – C’est terrifiant et rien n’y fait. Et quand on voit cette petite mascarade entre le père et la fille… Les électeurs n’ont pas à l’évidence pas pris acte de cela. Le vieux s’est occupé des juifs, elle s’occupe des arabes. Je trouve que ces gens n’ont pas ces fondamentaux qui sont à mes yeux essentiel dans ce qu’est la nation. Je ne me reconnais pas dans ces gens là…

Maïtena Biraben – (elle le coupe à nouveau) Et pourtant les Français se reconnaissent dans ce discours de vérité qui est tenu par le Front national.

Eric Dupont-Moretti – Hélas et c’est pour moi absolument, terrifiant. Terrifiant. C’est un parti fondé sur la haine et je pense qu’en période de crise, la peur de l’autre revient de façon récurrente. C’est leur fond de commerce.

Si l'on peut effectivement être terrifié par le Front National et certains de ses militants ou responsable [ou ce qui en tient lieu], on est également en droit d'être épouvanté par le fait que Maître Dupont-Moretti n'ait pas relevé les propos consternants de l'animatrice Biraben qui assène des postulats comme autant de vérités premières dont elle se garde bien d'apporter la preuve. En effet, rien ne permet de dire que le discours du Front National est empreint de vérité et, quand bien même, je ne vois rien qui autorise à expliquer que ce parti dirait davantage la vérité que les autres. Si l'on devait remplacer "vérité par "démagogie", Maïtena toucherait déjà un peu plus juste.

"C'est le premier parti de France" lance celle qui commença à animer des émissions en Suisse avant de passer les castings d'Ardisson et Bouvard. Là encore, sur quoi se base-t-on ? Le fait que sur un scrutin proportionnel européen le parti de la parricide politique Marine Le Pen soit arrivée en tête [ce qui commence à dater] alors que l'on compare, ce faisant, des carottes et des patates ? Évidemment, une telle incantation à être le premier parti de France n'est pas sérieuse et relève davantage du marketing si cher à BFM-TV [ouf, je n'ai pas dit BFN-TV cette fois].

Et comme cela ne suffisait pas, Biraben qui était bien plus à l'aise dans les émissions maternisantes de France 5 aux conséquences politiques plus mesurées enfonce le clou en expliquant aux crétins qui n'auraient pas compris le fond de son propos que les français se reconnaissent dans le discours de vérité tenu par le FN. Un tel prosélytisme, au delà de l'inquiétude qu'il suscite, est quasiment suspect parce que rien ne démontre non plus que les français se reconnaissent dans ledit discours prétendument de vérité. La côte de confiance de Marine Le Pen ou l'un quelconque de ses affidés suffit à le démontrer, elle était à 27% en juillet 2015 [sondage IPSOS réalisé par téléphone les 24 et 25 juillet auprès de 963 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas pour LE POINT].

Une fois que l'on a dit cela, on peut expliquer que Biraben ferait mieux de retourner passer les plats dans une émission moins exposée en rigolant à outrance aux blagues navrantes de Cyrille Eldin, jamais avare de complaisance à l'endroit des politiques qu'il aime ridiculiser au montage avec courage. On peut le faire mais on peut aussi relire encore le verbatim reproché à l'animatrice [pas journaliste pour deux sous] qui, le lendemain, invitait à ne s'attacher qu'à la forme [au moins, on a une meilleure idée de la ligne éditoriale de l'émission] et à se détendre un peu. Sauf que moi, entendre de telles inepties dans une émission dont le thème était le politiquement-correct au détour de questions qui n'ont rien à voir me hérisse le poil [et Dieu sait que je n'en ai pas beaucoup].

Parce qu'en définitive, quel est le rapport entre le fait que l'Europe impose à la France diverses mesures au sujet des droits de l'Homme et le discours de vérité du Front National ? Quelle est la position de l'extrême-droite anti-système dont elle se nourrit roborrativement depuis qu'elle a accéder à certaines responsabilités sur ces avancées européennes en matière de droits de la défense ? Seule Biraben l'a vu, seule Maïtena a trouvé qu'il y avait là une fenêtre pour dégueuler de telles positions militantes puisqu'elles ne sont pas de l'information sourcée et démontrée comme expliqué précédemment. Y aurait-il un fond de pensée politique, un engagement ?

Quand bien même, alors que Vincent Bolloré clame haut et fort qu'il faut dépolitiser CANAL+, avouons que cela brouille le message. Mais admettons qu'un(e) animateur/trice puisse expliquer qu'il adhère au discours frontiste, cela n'est pas choquant. Ce qui l'est, c'est que l'animatrice se serve de la tribune que constitue son émission pour balancer de tels mensonges. Parce que oui, le fond du problème est que Maïtena Biraben a pris position en qualité d'animatrice du talk-show de la chaîne cryptée, elle a rompu l'impartialité et la neutralité de façade auxquelles tous les présentateurs de télévision sacrifient. Hypocrisie ? Non, c'est une traduction du principe de pluralisme des opinions auquel les chaînes de télévision sont astreintes en vertu de la convention signée avec le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel ... ce même pluralisme qui a autorisé Jean-Marie à beugler pendant des années au sujet de sa sous-représentation sur les écrans.

Maïtena a finalement livré son opinion politique es-qualités et en situation, là où Jean Roucas avait pris la précaution de ne pas le faire au micro d'Europe1 là où il officiait jadis. Ce ne serait que de la forme ? Ah non ... c'est fondamental et le fait qu'elle ait foulé aux pieds ce principe permet désormais de rendre suspect toute interview de sa part dont on se demandera si elle n'est pas orientée. Les indulgents diront qu'elle n'a toujours pas compris ce qu'elle a fait, auquel cas ils se demanderont si elle comprend les sujets qu'elle traite avec la même inconséquence. L'info-tainment a ceci de difficile qu'il faut trouver la juste mesure entre la légèreté du divertissement et le fond de sujets concernants.

Pour Maïtena, la bourde est colossale et fait dégringoler l'image de CANAL+ avec elle, la chaîne ayant finalement basculé dans la pure télévision commerciale à tendance low-cost, si chère à Bolloré qui souhaite rétablir un peu de compétitivité. A ce jeu là et avec des audiences catastrophiques, c'est tout l'édifice qui sombre à l'image de cette émission où la présentatrice même pas speakrine maintient un sourire factice alors que le sol se dérobe sous ses pieds déjà déséquilibrés. Le mal est fait et Marine Le Pen, sans l'avoir recherché, reste au centre des débats comme si elle et son parti étaient un sujet qui le méritait. On remercie vraiment le nouvel esprit CANAL et sa désinvolture que le nouveau patron breton avait pourtant promis de terrasser ...
Maïtena n'est donc plus une bonne copine : c'est une pauvre fille qui au mieux n'a rien compris, au pire a des idées nauséabondes qu'il conviendrait qu'elle n'exprime qu'en dehors de son plateau.

Tto, consterné