2018 - PARTIES POLITIQUESComme chez Feydeau, l'intrigue est cousue de fil blanc et la galerie de personnage se met en place à mesure que l'acte progresse avec des portes qui claquent, des postures à peine exagérées et surtout de rocambolesques coups de théâtre qui tiennent le spectateur en haleine, tout hirsute de n'avoir pas vu venir ce qui vient de se produire. C'est là la science de la mise en scène : surprendre. Sauf que chez Feydeau, le but est de permettre de s'esclaffer. S'agissant de la prochaine présidentielle, l'analogie s'arrête là parce qu'il n'y a pas grand chose qui puisse faire rire.

L'annonce du combat du siècle Tyson/Holyfield avec Mélenchon et Zemmour sur BFM TV jeudi soir ne peut qu'accabler et réjouir Marc-Olivier Fogiel qui n'avait pas assez de mots grandiloquents pour expliquer qu'il ne fallait pas confondre la rigueur journalistique de BFM TV avec le ramassis de médiocrité qu'était C-News. Le début de campagne assez surprenant d'Anne Hidlago dont le programme tient sur un ticket de métro puisqu'il ne s'agit que de doubler le salaire des enseignants laisse perplexe. L'apitoiement au sujet d'Arnaud Montebourg qui bat le pavé avec une conviction qu'il semble être le seul à partager avec lui-même. Xavier Bertrand qui surjoue la confiance dont on voit bien qu'elle est partie depuis qu'à la faveur de l'été il s'est fait rattraper par Valoche. Ah Valoche ... la Pécresse pourrait vendre des tickets de tombola pour la kermesse de la paroisse du coin tout en expliquant que la France est à feu et à sang, à la manière d'un Sarkozy faisandé. Plus loin, Marine Le Pen semble tellement paumée avec son électorat de fachistes revanchards et sa posture de femme tellement progressiste qu'on pourrait la croire de gauche qu'on comprend que Zermmour se frotte les mains en envisageant le boulevard que l'héritière lui a laissé à disposition. Zemmour, la coqueluche des médias ... au sens médical du terme : maladie respiratoire due à une bactérie qui se transmet très facilement, par voie aérienne et qui est responsable de quintes de toux fréquentes et prolongées. Là, la propagation se fait par interviews, livres et questions complaisantes.

Et puis, il y a les écolos. Alors que l'humanité est en danger, que l'alignement des planètes est total pour donner du coffre aux thèmes préférés des écologistes qui cherchent la voie lumineuse depuis que René Dumont a prophétisé en 1974 la catastrophe, alors que tout concorde pour que rien ne leur échappe et alors qu'à gauche plus personne ne tient debout, Europe Ecologie Les Verts a organisé le premier tour de sa primaire. Et comme d'habitude avec les écologistes, on n'est jamais déçu du voyage. Dans une campagne marquée par le savoureux mélange de wokisme, de culture de gouvernement, de radicalité qui ferait passer Greta Thunberg pour une modérée, le résultat a de quoi déclencher irrépressiblement le sourire : le souci de la précision conduit les écolos à se diviser quasiment parfaitement en quatre quarts, Jean-Marc Governatori étant hors jeu. Quatre quarts avec une petite prime pour Yannick Jadot et Sandrine Rousseau qui seront finaliste. Toutefois, les réserves de voix sont du côté de Sandrine Rousseau et bien peu chez Yannick Jadot. Du coup, il n'est pas impossible que dimanche, les écolos arrivent encore à désigner le meilleur candidat pour perdre, comme à chaque élection présidentielle sauf lorsqu'ils avaient désigné Noël Mamère. Ainsi donc, alors que le boulevard confinait à l'autoroute [et que les succès électoraux dernièrement acquis autorisaient à envisager le meilleur], Sandrine Rousseau va gagner au motif que l'époque est radicale et qu'il faut se défouler et renverser la table qui à fracturer encore un peu plus la nation en affirmant la prévalence de dogmes. Si l'on savait qu'on avait la gauche la plus bête du monde, la droite la plus nulle du monde ... on n'a désormais plus beaucoup de doute sur le fait qu'on a les verts les plus crétins de l'univers.
Forcément, à côté, ça rigole parce que le péril vert, qui pouvait tailler des croupières aux alliés de gauche que sont le PS et la France Insoumise, s'éloigne. Même pire, Sandrine Rousseau avec ses propositions radicales sont autant de totems qui confortent Emmanuel Macron qui n'aura pas trop de mal à rassurer, même en ayant pas fait grand chose. Le Président va finalement peut-être réussir à refaire le coup de 2017 ... rallier à lui les centristes de droite épouvantés par les délires de Bertrand et Pécresse, et la social démocratie de gauche.

On ne le dira jamais assez : l'élection présidentielle se gagne au centre ...

Tto, qui trouve la pièce un peu moins marrante cette année