Ensigné

Depuis plusieurs jours, ma Môman a décidé de se séparer de la maison dont elle est copropriétaire avec ses soeurs et son frère [ou ce qui en tient lieu], dans les Deux-Sèvres.

Lorsqu'elle m'a appelé pour me confier qu'elle n'en pouvait plus et qu'elle avait pris la décision de claquer la porte d'une SCI faite pour des intérêts qui n'étaient pas les siens [elle a mis plus de 15 ans à le comprendre, mais qu'importe], j'avoue avoir été surpris tant je lui ai dit déjà depuis des années que garder cela comme un talisman d'une époque révolue qui n'a finalement pas existé tant que cela était nocif. Aussi, lorsqu'en pleurs elle m'a annoncé qu'elle allait demander à partir et que, ce faisant, elle faisait potentiellement imploser l'organisation en place, je ne l'en ai pas dissuadée et j'en ai presqué été heureux pour elle.

Pourtant, en mon fort intérieur, je conserve beaucoup d'attaches avec cette maison qui fut celle de mes grands parents étant précisé que ma grand mère [que je n'ai pas connue] n'en a profité que quelques semaines avant de décéder en 1972. Oui, j'ai longtemps résumé le lien au moyen d'une phrase qui valait pour moi comme pour mes cousin(e)s ou pour les enfants de mes grands parents : "cette maison a une histoire, la vôtre". Je trouvais que c'était assez bien résumer le projet initial qui avait présidé au fait que les enfants avaient décidé de la conserver au décès de mon grand père en 1985 : en faire une plateforme commune, un lieu de rencontres et de partage.

Au gré de l'emprise de certaines sur les lieux et du caractère castrateur de leur comportement, la maison est devenue bien plus un sujet de fâcheries, un théâtre d'effusions caractérielles, un cirque des nombrils et, finalement, une matérialisation des souffrances des uns et des autres à vouloir se contraindre à faire comme s'ils étaient encore une grande et belle famille qui n'existe objectivement plus. J'ai, ici, souvent expliqué le concours de celui qui avait la bite la plus longue que chaque entreprise de travaux provoquait, chacun y allant de son petit caractère en oubliant que vivre en communauté exige de laisser dehors ses frustrations et son insurpassable désir de vengeance. Parce qu'en effet, cette maison est devenue le chaudron de querelles qui datent au moins de 50 ans et qui n'ont pas pu être résolues depuis, s'aggravant chaque fois davantage à mesure que la détestation a remplacé la complicité fraternelle.

Ici, j'avais écrit ce que je ressentais dans cette maison, dans ce lieu quand j'y allais encore et que je m'y ressourçais [quand j'y étais seul]. En relisant ces lignes écrites il y a plus de dix ans, je me suis demandé hier soir si je pourrais encore dire la même chose. La rouerie de l'une, les saloperies de l'autre et le peu de courage des autres ont fini par me décourager définitivement au point que je n'y ai remis les pieds qu'une seule fois en 2013 ... il n'a pas fallu attendre un quart d'heure avant qu'un savon fut passé à ma mère parce qu'elle avait osé imposer de venir me chercher à la gare, contrariant dès lors les projets des deux Folcoches revêches. Il s'en était suivi deux jours assez indigestes où chacun faisait semblant de ne pas voir ... j'avais quitté les lieux un matin pour prendre un train, en me disant qu'ils ne me reverraient pas de sitôt en ces lieux : la preuve je n'y retournerai pas.

On a toujours tort d'espérer que les gens changent et l'on oublie trop vite que l'on n'est toujours trahi que par les siens. Hier, à midi, quand ma Môman m'a appelé en pleurs pour me supplier d'accepter de la voir hier soir, j'ai évidemment accepté tout de suite et j'ai préparé notre échange en me remémorant les immondices dont la petite dernière, probablement la plus idiote de la fratrie, m'avait accablé il y a quelques années. Pour elle, je suis celui qui a fracturé la famille [parce qu'ici même, j'ai écrit qu'elle avait eu un comportement crétin ... si tu me lis encore, sache que ça, ce n'est rien par rapport à ce que je pense vraiment de toi, chère marraine qui ne mérite rien d'autre que l'on te retourne la souffrance que tu as occasionné], je suis celui qui lui a déclenché un cancer du sein, je suis celui qui est tout ce qu'elle déteste parce qu'en fait elle n'a pas de prise et qu'elle sait parfaitement que ce que je pense de son mari [indigent et médiocre personnage petit bourgeois infatué qui passe son temps à semer la zianie, trahir ses promesses et puer de la gueule] est fondé mais elle ignore encore que j'en sais bien plus qu'elle ne l'imagine. J'ai repensé à cela et je me suis dit qu'il était temps d'avoir un discours un peu choc avec ma Môman pour lui mettre en face la façon dont elle a été traitée alors qu'elle fut victime de violences notamment psychologiques et morales à répétition dont je fus hélas le témoin.

Nous avons discuté pendant plus d'une heure. Ma Môman est bouleversée mais j'ai l'impression que le cliquet du non-retour est enclenché. Nous avons les moyens de leur pourrir un peu la vie d'associées de SCI, j'ai tellement plein d'idées là dessus mais ma Môman est trop chamboulée pour accepter d'aller à la bataille et, ce faisant, elle leur rend un dernier service en les épargnant de mes diligences. Que personne ne s'y trompe, je suis un garçon patient qui sait attendre et qui assène toujours au bon moment les coups idoines qui font mal, en réponse aux humiliations et tourments. Je sais attendre, tapis dans l'ombre, préparant chacun de mes coups : la chasse va être ouverte et j'ai pris le temps d'observer mes victimes. Les pleurs de ma mère hier soir ne sont que des balles supplémentaires dans mon chargeur. La vengeance est un plat qui se mange froid ... l'addition ne saurait tarder désormais, soldant les comptes et ouvrant droit, pour mes parents, à ne plus avoir à s'infliger de si répugnants personnages vis à vis desquels je n'éprouve déjà plus depuis longtemps la moindre pitié.

Cette maison a une histoire ? Les leurs désormais, moi je conserve mes souvenirs desquels j'efface les nuisibles au fur et à mesure, consciencieusement.
Cette maison avait une histoire : la mienne.

Tto, bien content que cela se solde ainsi