Twit-taire

L'avantage de prendre du champ, c'est qu'on s'aperçoit que certaines choses ne méritent pas l'énergie que l'on dépense à en combattre les effets néfastes. Les réseaux sociaux en font partie et s'en éloigner une quinzaine de jours revient finalement, à l'instar de n'importe quel soap-opera, à mettre en évidence que l'on perd plus son temps qu'autre chose à slalomer entre les drama-queens qui relayent des mensonges [même lorsqu'il s'agit des propos du Pape !!], les excités du bocal qui n'ont trouvé rien d'autre pour exister, les putes à tweets qui passent leur temps à montrer leur engin ou prendre des poses suggestives pour ensuite hurler qu'on ne les considère pas assez pour ce qu'ils sont en vrai, et les frappés qui racontent tout et surtout n'importe quoi. Ah ça oui, les réseaux sociaux concentrent une palanquée de crétins en tous genres [dont je fais bien évidemment partie] qui n'ont de recul sur rien et se ruent en meute sur des sujets dont l'importance est inversement proportionnelle à l'hystérie qu'ils provoquent.

Je me rappelle et souscris mille fois aux propos d'Umberto Eco qui disait : "Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar après un verre de vin, et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui, ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles." Pour condescendant qu'il soit à certains égards, ce triste constat n'en est pas moins accablant de réalisme. Les réseaux sociaux, c'est le café des sports en heure de pointe avec tout le monde qui braille et qui prétend avoir plus raison que tout le monde au motif que les autres, c'est tous des cons d'abord. Le nombril sert d'étalon pour tout justifier et l'on étale à longueur de temps ce qui devait rester objectivement dans un cercle sinon très fermé en tout cas restreint.

Il est quasi impossible de se prendre une photo dite "tweet-pupute" pour aguicher et se rassurer sur un éventuel potentiel de séduction. Il est difficile d'échapper aux polémiques sur à peu près tout et n'importe quoi [je ne parle même plus de la Gay Pride et il y a quand même un crétin qui m'accusa cet été de faire du cyber-harcèlement lorsque j'avais annoncé que nous retrouverions l'identité de celui qui était monté à poil sur un feu de signalisation en étant fier d'exhiber son anatomie pourtant très modeste]. La logique de défouloir est connue et finalement acceptée par celles et ceux qui jouent, à tour de rôle, les bourreaux d'un système dont ils concèdent qu'il est tout de même assez toxique. T'es pas un bon pédé si tu ne likes pass ça, t'es un fieffé traître si tu ne dégueules pas sur Macron à toute occasion, t'es un connard de capitaliste si tu oses remettre en cause les outrances de Mélenchon et je ne parle pas du reste [les commentaires du compte de Cyril Hanouna donnent une idée sidérante de l'abîme dans laquelle précipitent les réseaux dits sociaux]. Essaye de rappeler à certains qu'écrire même avec ses pieds n'interdit pas de respecter un peu l'orthographe [la syntaxe, ce serait trop demander] et tu vas te faire recevoir.

Les réseaux sociaux sont les Jeux Olympiques quotidiens du "moi je". Je le sais, je suis sur ces réseaux et donc, je participe de tout cela. Oui et ... non. Déjà, je publie peu de contenu inédit sur lesdits réseaux, privilégiant ce que j'écris ici. De plus, ma présence sur ces réseaux est devenue très symbolique, les seules publications relayées étant finalement celles qui annoncent la publication d'un billet sur UNE VIE DE TTO. Enfin, et à l'occasion de cette rentrée, j'ai pris plusieurs décisions : mon compte Twitter principal a été verrouillé et je n'y accepte que ceux que je veux bien. Ensuite, j'ai fait un joli ménage dans mes abonnements en réduisant ceux-ci des deux tiers [et encore, y a quelques putes à tweets qui restent]. J'ai fait du compte d'UNE VIE DE TTO le dernier compte en accès libre. Sur Facebook, il n'y a plus que le fil de ce que je publie sur mon blog et c'est bien assez. Je conserve un compte personnel [très verrouillé aussi] pour dialoguer avec des membres de ma famille. J'ai vidé les comptes des autres réseaux où j'avais essayé de faire des choses.
Oui mais la suite ? Je me retirerai bientôt de Twitter tant ce que j'y vois ressemble davantage à un concours de celui qui a la plus grosse qu'à un véritable intérêt informatif [ceux qui veulent me joindre ont suffisamment de moyens pour le faire et s'ils n'ont pas ces accès, c'est bien qu'il n'y a pas beaucoup d'intérêt]. Je suis lassé des jugements péremptoires, lassé de voir des gens faire comme si [alors que je sais comment ils se comportent quand le masque est tombé], lassé d'assister au déluge de bêtises que l'on y croise [au point que j'ai désormais pris le réflexe de ne pas allumer Twitter ou Facebook quand une polémique embrase le pays ... juste pour me protéger]. En arriver là, c'est finalement reconnaître que ces choses sont nocives, sont totalement destructrices sinon malveillantes.

Dans l'avion qui me ramenait de Copenhague, je pensais à tout cela et j'en suis venu à me rappeler de ce que j'avais fait quand, adolescent en 1992, j'avais un soir pris la décision de ne plus jamais écouter "Lov'in Fun" ou les émissions de libre-antenne de Skyrock. Au départ, elles sentaient bon la liberté, la déconne et la possibilité de tout dire et de tout entendre. Le souffle de cette liberté, à un âge où l'on finit de se construire, on façonne une personnalité, c'était très séduisant. Et puis, doucement mais inéluctablement, j'ai perçu l'aspect normatif de ces propos. T'étais pas normal si tu ne te branlais pas devant les autres en étant saoul, ou alors t'étais pas rigolo si tu ne montrais pas tes fesses ... je caricature mais à peine. Au fur et à mesure, tout cela est devenu oppressant et la liberté est devenue irrespirable parce qu'elle n'était plus la liberté ou alors j'avais passé l'âge de recevoir ce type de discours. Qu'importe ... du jour au lendemain, j'ai choisi de ne plus jamais écouter ce que mes semblables pensaient de la pénétration anale ou si sucer c'était tromper. J'ai fait le choix de me protéger de tout cela parce que j'avais compris que cette liberté sans contraintes n'était pas la liberté. Hobbes l'explique très bien : les passions humaines sont telles qu’en l’absence d’un pouvoir contraignant qui tienne tous les hommes en respect, chacun est une menace pour chacun, et cela, précisément parce que chacun est libre "d’user de sa propre puissance comme il le veut lui-même pour la préservation de sa propre vie" ou ses propres intérêts. C'est le fameux "L'Homme est un loup pour l'Homme". Oui, je me suis remémorer cela et le parallèle m'a saisi : j'en suis exactement au même point avec les réseaux sociaux. La norme insidieuse d'avoir à être comme si et pas comme ça, de penser ceci et ne surtout pas dire cela ... c'est finalement mettre en oeuvre une police de l'esprit sous couvert d'une liberté d'expression qui n'existe pas puisque reconnue au seul bénéfice de certains quand ils ne sont pas traqués par la meute des bien-pensants. Pour autant, je pourrais me repaître du plaisir obscène d'être spectateur des exhibitions de ceux qui partagent tantôt des opinions discutables [pour lesquelles ils interdisent toute contradiction], tantôt des plongées dans leur(s) intimité(s) comme si cela était digne d'intérêt [autre que celui de flatter leur nombril ... j'ai arrêté de branler les gens pour leur simple plaisir].

Le Facebook d'UNE VIE DE TTO fermera bientôt. Plusieurs comptes Twitter également [ou seront nettoyés de celles et ceux que je ne jugerai pas utile de suivre] ... je laissera là où ils sont ceux que l'on pourra à loisir retrouver dans une poignée d'années au même endroit, avec les mêmes préoccupations narcissiques. Ils ne me manqueront pas. Je préfère me Twit-taire.

Tto, vraiment fasciné par le parallèle avec "Lovin' Fun"