2018 ETE - Pas possibe

T'es-tu jamais demandé pourquoi telle chose est d'une couleur différente sur le rivage, pourquoi a-t-on eu l'idée de metttre une maison rose pile au milieu d'un ensemble qui ne l'est pas ? Non, ce n'est pas encore un coup de la Damidot. Il y a bien une explication et elle fait l'objet du "Pas possibe" de la semaine !

En l'occurrence et puisqu'on va parler de mer, il s'agit d'un amer. Bigre, diantre et fichtre diable, voilà qui devient vague [on parle de mer en même temps donc vague, ce n'est pas si illogique]. Un amer quand on est dans la mer. Mais bien sur ...

Et pourtant oui : un amer est un point de repère fixe et identifiable sans ambiguïté utilisé pour la navigation maritime. Faisons un peu d'étymologie si tu veux bien. Le terme "amer" est arrivé récemment dans le français standard, la première trace remontant à 1683 et c'est un emprunt au normand ou au picard "amer" ou "amet", lui-même issu de l'ancien normand "merc" [au féminin "merque"] dont on trouve une trace en 1119 ou moins probablement de l'ancien picard "marc" ou "merc" qui signifiait borne ou limite. Le féminin de merc sera d'ailleurs "marque", dont l'origine est le scandinave "merki" pour le normand ou le vieux bas francique "mark" pour le normand. Tu viens de le comprendre, on est très loin de l'adjectif "amer", qui vient du latin. 

Dans l'Antiquité et jusqu'à l'avènement de cartes géographiques et d'appareils de mesure fiables, les marins naviguaient à vue et se repéraient en utilisant des documents qui décrivaient les côtes abordées, et qui signalaient principalement les amers. Le plus célèbre amer de l'Antiquité est certainement le phare d'Alexandrie, construit sur l'île de Pharos, d'où vient son nom. Remarquable par ses dimensions et sa construction, il guidait les navires vers l'entrée du port égyptien, de jour comme de nuit. Une tour, un amas de pierre, un marais salant ou salin ou une avancée de terre ainsi identifiable, une roche surélevée ou un mont, avec des formes ou des couleurs reconnues, en situation de promontoire, ont constitué des amers antiques, les premiers artificiels et les seconds naturels. D'autre part, la même nécessité de repérage concernait également la navigation fluviale et les charrois à proximité des voies de circulations fluviales et terrestres ou sur les chemins de dérivation entre voies importantes. L'observation de toutes les formes terrestres ont donc créé des possibilités de repérages, une fois insérées dans la pensée par un langage commun.

Amer

Aujourd'hui encore, ce repère visuel identifiable sans ambiguïté est utilisable pour prendre des relèvements optiques ou pour naviguer sur un alignement. Un phare, un château d'eau, un clocher, un pignon ou un arbre remarquables peuvent constituer des amers. La couleur d'une maison l'est tout autant à telle enseigne qu'on désigne parfois les façades de couleur comme des amers remarquables et que l'on interdit aux propriétaires de changer les caractéristiques de leur bien afin qu'il puisse toujours servir d'amer. 

Un bon amer doit pouvoir être reconnu sans ambiguïté et doit pouvoir être situé sur la carte marine utilisée. Comme tu l'as compris, il peut être naturel [le sommet d'une colline ou d'une montagne, un rocher isolé en mer] ou artificiel [une balise, un phare, un bâtiment identifiable sur la côte tel qu'un clocher d'église, un château d'eau, une maison isolée ou une cheminée d'usine]. Les instructions nautiques mentionnent les amers remarquables qui pourront assister le marin, y compris et surtout en cas de panne des instruments de guidage.

Fort logiquement, les amers jouent un rôle important dans la navigation côtière, là où près des côtes, les zones de dangers sont nombreuses. En ces endroits, les techniques de navigation à l'estime ou par satellite [même avec GPS] ne sont plus assez précises. Le marin a donc recours à l'amer qui lui permet de positionner le navire sur la carte lors d'un atterrissage [oui oui, on parle d'atterrissage aussi quand un bateau arrive sur la côte depuis le large], de le tenir écarté des dangers peu visibles et de le guider dans les chenaux menant à un port ou à un mouillage. Le navigateur utilise ainsi les amers en relevant leur azimut avec un compas de relèvement. En reportant le relèvement de deux amers sur la carte marine, il obtient deux droites dont l'intersection coïncide avec la position du navire. 

Lorsqu'un navire doit emprunter un chenal bordé de dangers, les instructions nautiques indiquent souvent deux amers qui, s'ils sont maintenus alignés durant la progression du bateau, permettront de le maintenir sur une route sûre.
si tu te renseignes bien, tu constateras que ces amers sont assez souvent artificiels : un rocher blanchi avec de la peinture, une tour ou une tourelle visible de loin, le clocher d'une église comme celui de l'église d'Ars-en-Ré pour ne citer que cet exemple qui n'est pas peint en noir pour le plaisir esthétique mais bien parce qu'il constitue un amer remarquable.

Tto, qui n'est pas amer de t'avoir appris ce qu'est un amer