le réquisitoireAinsi donc, 140 petits signes mettent le feu à une campagne furieusement amorphe sinon atone et depuis hier midi 11h57, la première dame de France est devenue la première gaffe de France. Rien que ça ... Oui parce qu'on ne s'y méprenne pas, le réquisitoire du jour n'est pas forcément dirigé contre celle qui s'est autorisé à prendre position [non sans avoir prévenu au préalable] mais bien plus contre celles et ceux qui s'en donnent à coeur joie depuis sur l'autel de la trahison, du soi-disant "vaudeville", du grand n'importe quoi et autres incantations tellement spécieuses que j'avais prévu, au départ, de laisser rouler de si médiocres logorrhées sur les rails de mon indifférence la plus crasse. Sauf que le soufflet ne retombant pas et sans vouloir prendre la défense de Valérie Trierweiler, je me suis dit qu'il ne serait pas inutile de rappeler aux parangons de vertu et autres qualités auto-attribuées quelques éléments tout bêtes mais qui ont, à mon sens un vague intérêt.

Parce qu'il est quand même assez singulier d'observer que l'UMP la plus virulente [ou du moins, ce qu'il en reste] et les fanatiques de l'ex-candidate à la présidentielle de 2007 sont finalement d'accord !! Curieuse alliance que nous qualifierons d'objective pour ne vexer personne.

valerie_trierweiler_portraitserre_referenceEn réalité, de quoi parle-t-on ? D'un message personnel adressé à ce qui semble être un ami dans un contexte qui met celui-ci aux prises avec une personne que l'auteure dudit message n'apprécie pas pour des raisons assez évidentes. Bien sur, on objectera immédiatement que Madame Trierweiler est la compagne du Président de la République et qu'à ce titre, elle se devrait d'avoir un devoir de réserve. Mais ... juridiquement, au nom de quoi la position constitutionnelle de son compagnon affecte-t-elle donc la liberté d'expression de sa compagne ? En quoi est-il juridiquement prévu que ladite liberté d'expression [ayant valeur constitutionnelle, pour rappel] soit amoindrie ? Nulle part, pour une raison simple : la compagne ou la femme du Président de la République n'a aucun statut constitutionnel ni juridique. Voila donc qui devrait, dès lors, faire réfléchir les procureurs d'hier sur l'utilité d'un tel statut qui pourrait, le cas échéant, encadrer l'activité de ladite compagne et notamment fixer les règles applicables à telle ou telle prise de position.

Evidemment, il est plus aisé d'avoir une Carla Bruni à l'Elysée que quelqu'un qui fait montre de caractère. D'un côté, une femme traditionnellement de gauche qui nous explique que subitement elle est totalement acquise aux idées résolument à droite de celui qui est devenu entre-temps son mari et de l'autre coté, une femme, se revendiquant journaliste et à ce titre très attachée à une liberté d'expression constitutive de son activité. Oui, entre les deux, c'est évidemment le jour et la nuit. Pourtant, je ne suis pas acquis à la cause voulant que Valérie Trierweiler puisse faire exactement ce qu'elle veut dans le cadre des lois et règlements applicables même si juridiquement, rien ne l'interdit.

Politiquement, l'affaire est toute autre et c'est au Président de la République de régler cela, à l'instar de François Mitterrand lorsque son épouse a pris ouvertement des positions dissonnantes avec la politique diplomatique du pays. Cela étant, je pense qu'une telle situation n'autorise pas les commentaires machistes, les attaques personnelles sur le couple présidentiel [venant d'un camp ayant abusivement soutenu des pratiques à cet égard très discutables] ... Finalement, le tweet de Valérie Trierweiler, qui aurait mis en colère le Président de la République, joue le rôle de l'exutoire parfait déchaînant les rancoeurs de celles et ceux qui n'arrivent pas à accrocher politiquement la nouvelle majorité présidentielle [et probablement parlementaire] et/ou qui ne digèrent pas les défaites internes dans leur camp.

Qu'indirectement Valérie Trierweiler s'en prenne à Ségolène Royal n'est pas neutre, à l'évidence. Que le coup soit bas, peut-être. Que cela renforce jusqu'à l'irréparable le contentieux entre les deux femmes, c'est probable. Et après ? Cela efface-t-il les maladresses de Ségolène Royal dans sa candidature et sa campagne ? Cela légitime-t-il l'idolatrie aveugle de ses supporters qui se déchaînent à coups de propos sexistes assez hallucinants qui ne seraient, normalement pas, cautionnés par celle qu'ils croient défendre ? Cela est-il politiquement habile lorsqu'ils assènent, dans le même temps et sans vergogne, de grandes leçons de politique ? A ces questions, toutes les réponses ne sont, hélas, que négatives. Et cela fait le jeu d'une UMP qui se jette dans l'arène comme un affamé sur une miette de pain et oublie furieusement qu'il y a quelques jours, elle ne cessait de dire qu'on se méprenait sur la gravité de la situation et qu'il fallait parler de crise, de faillite de l'Europe et autres diversions ... diversions consistant à faire oublier le rapprochement saisissant d'une partie de son aile droite avec le Front National.

Oui, s'il est une chose à reprocher à Valérie Trierweiler,c e n'est pas d'avoir usé de son droit légitime à parler ou écrire 140 signes. S'il est bien une chose que je regrette, c'est que cela permette à l'UMP de, discrètement, laisser se former des alliances locales [attention, Jean-François Copé réprouve évidemment, menace d'exclure voire sera très très ferme ... il en va des principes du mouvement gaulliste ... qui n'a plus de gaulliste que l'épitète de plus en plus factice] avec le parti de Marine Le Pen. Là, il y aurait matière à s'offusquer. Là, il aurait des choses à dire notamment sur les vibrantes déclarations des caciques UMP au sujet du mal-être des français ... comme s'ils n'avaient pas été au pouvoir depuis 10 ans. Mais non, Valérie Trierweiler leur a donné les moyens d'échapper à cela.  La violence de leurs réactions est démonstrative de tout cela, comme si c'était pure providence.
Dans cette histoire, tout le monde a tort et personne n'en sort grandi, y compris la France.

Tto, un peu navré