Christo dans l'actualité - Ça m'interesseC'est finalement la même histoire à chaque fois. Ce n'est pourtant pas qu'il en manque des monuments à Paris ... mais il suffit toujours que l'un d'eux attire l'attention des fanatiques de principes plus ou moins fangeux pour que la polémique naisse, prospère et qu'on en vienne à dire n'importe quoi alors qu'il n'est simplement question que d'une démarche artistique.

Récemment, le plug géant installé Place Vendome [que je trouve toujours aussi esthétique et finalement indispensable] ne plaisait pas aux réactionnaires de tous bords qui étaient confrontés à leurs frustrations de voir un objet si phallique propulsé sur une place emblématique de la capitale. Une offense pour les familles et les enfants pouvait-on lire ... on rigole quand certains ferment les yeux sur les viols d'enfants dans des sacristies au motif que Dieu est amour. Surtout, avec de telles positions, on condamne aussi tous les principes issus de la Renaissance où le corps s'est divulgué et ses attraits magnifiés. Là, il s'agissait de proposer un objet stylisé, faisant référence à un sextoy évidemment mais la référence était aussi une seconde grille de lecture puisque ce n'était pas si explicite que cela ... un sapin de Noël stylisé pouvait parfaitement se justifier.

Avec l'ultime œuvre de Christo et de Jeanne-Claude, on verse à nouveau dans l'hystérie ... comme lorsque le plasticien avait empacté le Pont Neuf. C'est assez curieux d'ailleurs de se dire que près de quarante ans après, les enfants ayant entendu les vieux cons vociférer sont les mêmes. On peut trouver cela sans intérêt, mal fait ou dispensable mais de là à hurler au sacrilège ou à l'horreur, je préfère mille fois qu'il soit emballé plutôt qu'il soit vandalisé comme ce fut le cas à l'automne 2019 notre Arc de Triomphe. Après, il y a évidemment les réactionnaires de gauche qui rappelle que le monument est indissociable de l'époque Napoléonienne et donc qu'il porte en symbole une partie de l'héritage négrier et esclavagiste de la Nation ... les mêmes qui ne font un tel procès que de façon sélective parce qu'autres créations de l'Empereur les dérange moins. Mais il ne faudrait pas non plus que certains insoumis perdent la main et soient dépassés par l'outrance systématique en en laissant le monopole à l'extrême-droite. Au delà de la convergence des luttes, il y a une similitude des moyens ... ce n'est pas nouveau.

Il y a 1.855 monuments à Paris. Depuis dimanche, on n'entend parler que de l'Arc de Triomphe parce qu'il est emballé. En cela, la démarche de Christo atteint son but : mettre en relief un monument tellement banal qu'il en est presque devenu invisible pour que chacun s'interroge sur le regard qu'il suscite. Si vraiment ce qui est fait pendant vingt petits jours à l'Arc de Triomphe est insupportable à ceux qui ne supportaient déjà pas l'idée d'une pyramide au Louvre parce que le parking à bagnoles était tellement plus pratique, qu'ils se rassurent : il reste 1.854 autres monuments de toutes tailles et probablement moins tâchés de sang.

Qu'on aime ou pas, le travail de Christo est singulier et artistique en ce qu'il modifie le réel et le rapport que l'on a avec lui. C'est, au surplus, la dernière fois que cela est fait et les réussites en la matière furent nombreuses [on peut parler du Reichstag ... mais les insoumis y verront une glorification d'un monument du nazisme certainement ...] et qu'elles eurent le douloureux privilège de ne pas laisser indifférent. Comme l'indiquait une passante, je partage l'idée que c'est agréable de voir qu'on est capable de transformer un temps un symbole de la ville musée et je me félicite que cela interpelle. Que d'autres y mettent des valeurs qui n'ont rien à y faire ou y voient la traduction d'une décadence nationale, c'est vraiment prendre des vessies pour des lanternes qui seraient plus appropriées dans leur cavité cérébrale : on y verrait peut-être un peu plus de lumière.

Tto, qui est emballé [forcément !]