PhiTous les ans, j'adore ... j'adore me dire que j'ai passé mon tour de ce rendez-vous angoissant au possible qui ne se joue pas à grand chose et qui, pourtant, est un marqueur de valorisation du parcours scolaire : le BAC !

Et tous les ans, j'adore aller voir les sujets de philosophie ... pour mieux me rappeler de celui que j'avais pris en 1993 et qui me permit d'obtenir un joli 13/20.

Moi j'avais eu "Faut-il faire une place particulière à l'homme dans le monde ?" et j'avais vraiment adoré le sujet, bien construit en thèse, antithèse, synthèse avec une conclusion géniale.

Cette année, les sujets sont vraiment inspirants ...

"Seul ce qui peut s'échanger a-t-il de la valeur ?" est bien un sujet de philosophie comme je les aime avec le cortège d'idées reçues et de contre-exemples à tiroir que l'on peut trouver joyeusement pendant la composition. C'est surtout que pour l'antithèse, il faut y aller de bon coeur parce qu'il apparaît compliqué de trouver des choses que l'on n'échange sans contre-valeur. Sauf à considérer que le don est une forme d'échange à titre gratuit mais est-on encore dans l'échange ?

"Les lois peuvent-elles faire notre bonheur ?" ... sujet sociétal avec tout ce que tu peux rameuter dans l'actualité comme exemple pour et contre tout en raccrochant ensuite sur les principes du système juridique d'une société. Sujet hyper facile donc avec, là encore, la possibilité de tenir une position qui est défendable et que l'on peut argumenter à loisir avec le stock de références possibles acquises au cours de l'année de philo sur le bonheur, la subjectivité de celui-ci par rapport à l'objectivité de la loi et j'en passe. Vraiment facile ...

"La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ?" est clairement un sujet un peu casse-tête parce qu'il mette en balance deux notions qui n'ont, a priori, rien à voir. Le multi-culturalisme et l'unicité du genre humain - avec la culture et la structuration des sociétés - sont en effet deux approches assez différentes et il faut un peu de tact pour ne pas tomber dans le manifeste politique. Pourtant, et c'est peut-être l'angle que j'aurais choisi, on ne doit pas confondre l'unicité du genre humain avec une mondialisation qui uniformise. En d'autres termes, l'unicité n'est pas l'uniformisation et dès lors, la pluralité des cultures n'est en rien un obstacle puisque s'agissant de pratiques ou coutumes particulières, il y a bien une unicité du genre humain à condamner l'homicide. Le curseur varie ensuite selon ce que l'on considère comme étant un crime ou pas.

"Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ?" plonge forcément dans la logique du libre-arbitre, du concept de société et d'autrui. A titre personnel, je trouve cela moins intéressant même si je ne te cache pas que je me sens parfaitement à l'aise pour tenir largement les deux copies doubles en la matière avec ma thèse, mon antithèse et surtout la synthèse permettant d'expliquer que le devoir peut s'analyser comme liberticide a priori même s'il peut être émancipateur ensuite et c'est précisément là qu'il trouve tout son intérêt personnel. Hélas, tous les devoirs ne le sont pas mais la contrainte pesant, il convient alors de le transformer en facteur d'émancipation pour tirer de cette contrainte un intérêt.

 

"La morale est-elle la meilleure des politiques ?", ça c'est un sujet que j'aime bien ! Et là, il y en a des choses à dire en se reposant sur le concept même de morale et sa versatilité pour ne pas dire son caractère fluctuant. Pour la politique prise dans le sens de l'arbitrage de décisions relatives à la conduite d'un groupe humain, on touche aussi au concept même d'évolution historique des idées et les illustrations n'en sont que plus nombreuses. J'aurais certainement ouvert sur l'impact des religions sur la conduite de la chose politique tout en n'écartant pas les contre-exemples légitimant les comportements amoraux aujourd'hui mais qui ne l'ont pas tous été jadis, et inversement. C'est donc un sujet sympa mais terriblement casse-gueule parce que le hors-sujet peut arriver à tout moment sur un sujet pareil.

"Le travail divise-t-il les hommes ?" est le sujet idéal si tu veux balancer la sauce sur Marx et les théories classiques de l'organisation du travail. Comme on peut - encore une fois - raccrocher tous les concepts sociétaux que l'on étudie en philosophie, le corpus théorique du sujet est assez évident. Pour autant, il n'est pas facile de trouver de quoi solidifier l'antithèse sauf à se jeter dans l'illustration des mouvements anarchistes ou communautaristes qui surjouent l'égalitarisme. Or, je pense que l'organisation du travail suppose, comme dans toute organisation sociétale, qu'il faille diviser rien qu'en attribuant des rôles et des responsabilités que l'on a dévoyées aujourd'hui en autant de privilèges qu'il y a de strates à créer pour cela.

"Est-il possible d’échapper au temps ?", c'est le sujet que je n'aurais pas voulu avoir à traiter. Bon courage à celles et ceux qui s'y sont jeté parce qu'il m'apparaît bien difficile de fournir une idée qui ne soit pas de la régurgitation de cours. Pourtant, il y a de sérieuses prises dans tout cela : le temps est un sujet emblématique de la philosophie et la notion de fatalité qui se trame derrière l'énoncé du sujet peut paraître séduisante. Oui mais voilà, c'est justement l'apport que je pourrais avoir en la matière qui me manque sauf à tout axer sur la notion même de postérité, donc de symbolique sociale qui unit celles et ceux qui se rassemblent autour d'une personnalité qui échappe au temps ou d'un symbole trans-générationnel comme Notre Dame [et c'était là une bonne façon de caser l'incendie du monument].

"À quoi bon expliquer une œuvre d’art ?" est une question que je me pose moi-même régulièrement et depuis longtemps alors qu'on me bassinait avant en m'expliquant que Balzac avait écrit ceci comme ça parce qu'il voulait que l'on puisse penser que ceci ou cela. Si beaucoup se font les exégètes de tels ou telles artistes, j'ai toujours un peu de mal à imaginer que tout a été pensé et réfléchi comme on nous l'annonce. Il y a certes des perspectives qui expliquent des angles particuliers et c'est peut-être dans ce sens qu'il aurait fallu expliquer l'intérêt d'éclairer l'influence sinon l'emprise de certains faits, de certains actes sur le travail de l'artiste et donc se jeter à corps perdu dans la notion même de création artistique. Toutefois, probablement sans éluder la question du commentaire de ceux qui se plaisent à bavasser sur le travail d'autres, il y a aussi la dimension de transmission du savoir et donc du message culturel qui est propre à l'eouvre d'art qui consiste à transformer le réel avec la sensibilité de l'auteur. Et là ... je pense que quatre heures ne m'auraient pas suffi.

Tto, philophile