C'est en arpentant les chemins de l'arboretum hier que je me suis surpris à ressentir des choses enfouies depuis quelques poignées d'années. Je me suis toujours senti bien à Châtenay-Malabry.

Chatenay

Bien sur, on m'objectera que j'ai un lien particulier avec cette ville puisqu'elle m'a vu naître à l'instar de quasiment tous les enfants de ma génération dans ma famille du côté de ma mère. Cette dernière y est également née comme quasiment toute sa fratrie. Mon grand-père y passa de nombreuses années en y étant cantonnier, c'est dire si je connais plein de petites histoires racontées ici et là, sur les uns et les autres. C'est également dire si certains lieux évoquent pour moi le théâtre d'épisodes de la vie de ceux que je connais. Je subodore même qu'on trouve là des éléments qui expliquent le pourquoi du comment de la situation familiale actuelle.

Forcément, qu'une ville ait autant de liens, autant de prise avec mon histoire personnelle directe et indirecte n'en fait pas un endroit anodin. Néanmoins, je pense que tout ne procède pas que de cela et c'est avec le fait que j'y ai fait quelques expériences plus ou moins racontables ici à la faveur du fait que j'ai étudié juste à côté que l'endroit dispose, pour moi, d'attraits et d'un charme sinon envoûtant, en tout cas troublant.

Oui, c'est autour de Châtenay-Malabry que j'ai fait quelques petites choses qui m'ont structurées pour la suite. C'est autour de Châtenay que j'ai été éperdument amoureux du premier garçon dont j'ai été amoureux, le seul blond finalement. Il était magnifique, l'oeil bleu, les cheveux en brosse et la corpulence semblable à la mienne. J'ai toujours douté du fait qu'il avait pu être intéressé à un moment, ce fameux matin où, pour rien, nous avons discuté pendant plus de quatre heures de choses et d'autres mais finalement de rien comme s'il était évident que nous fûmes bien tous les deux à discuter comme ça. Il me charriait sur mes casquettes et le fait que je vienne en short à la fac, je le trouvais mignon à tomber. Dans les rues de Châtenay où je distribuais des prospectus dans les boites aux lettres pour me faire un peu d'argent, j'ai souvent discuter avec lui sans qu'il ne soit là, je me suis longtemps imaginé plein de choses avec lui ... et puis non. Nos chemins ont bifurqué, il a abandonné les études que nous avions commencées en commun et est devenu ingénieur informatique. Je l'ai croisé un jour dans le IXème arrondissement, il était toujours aussi beau mais la connexion n'a pas eu lieu. Il n'a jamais répondu à mon message envoyé sur un site où j'avais appris qu'il était à présent marié.

A Châtenay, j'ai erré aussi quand la tempête m'a enseveli, j'ai longtemps marché sur la coulée verte en allant d'Antony à Sceaux, regardant ici et là celles et ceux qui me plaisaient et pouvaient me divertir des affres du moment. Quand tu sens que toute ta vie part en vrille, que tu doutes de tout, il arrive parfois que les conversations intérieures catalysent le cyclone qui dévaste tout sur son passage. C'est bien ce qui se produisit mais c'est dans ces rues que j'ai pris des décisions fondatrices, c'est dans le dédale des avenues que j'ai forgé les perspectives de mon avenir. C'est aussi et surtout là bas que je me suis laissé aller, un peu puis davantage, dans des relations plus ou moins compliquées, plus ou moins acceptées. Le Parc de Sceaux, tout proche, fut un bel endroit de débauche comme certaines impasses où le passage est plus aléatoire et qui permettent de se livrer à des corps-à-corps aussi frénétiques que fugaces. J'ai stationné dans certains endroits en refaisant le monde, en acceptant des propositions indécentes, en me jetant dans des voies sans issue sentimentales. J'ai ressenti beaucoup d'impuissance dans cette ville si familière, j'ai compris aussi qui j'étais là bas, j'ai accepté d'entendre des choses difficiles ... j'ai quitté Châtenay-Malabry en sortant de la fac pour démarrer ma vie d'adulte, non pas que je ne le fus pas déjà  c'est juste que les contraintes n'étaient pas les mêmes.

Je reviens toujours à Châtenay avec nostalgie. L'époque fut parfois douloureuse mais d'une incroyable vivacité. J'ai joué beaucoup avec le feu, je me suis éperdûment amusé là bas, j'aime toujours passer devant la mairie dans le grenier de laquelle demeurent toujours des fragments de mon histoire personnelle et familiale. Ici et là traînent encore les vestiges des jeunesses de ma mère comme ses soeurs, de certains cousins comme de ton serviteur. Y revenir me remue toujours un peu, avoir le sentiment d'être chez moi me surprend toujours autant alors que ce n'est pas le cas pour d'autres villes où j'ai vécu. Châtenay-Malabry abrite encore et toujours mon histoire ... un peu à l'image du cèdre de l'arboretum de Châtenay, les racines sont multiples et tant de choses ruissellent.

Tto, châtenaisien de coeur et dans son ADN profond