2018 ETE - Shhh Story

Il faut apprendre à ne pas tenir compte de la volatilité des engagements de certains et certaines. Le hic, c'est que je ne sais pas faire et que, partant, je nourris beaucoup d'amertume lorsque rien ne suit. Des couards ont tenté de m'expliquer que c'était un peu de ma faute parce que c'est moi qui accorde trop de confiance à ce que l'on me dit. Bien sur ... c'est de ma faute si les gens prononcent des paroles inconséquentes et que je suis si crédule que j'ai la faiblesse de les croire alors qu'il aurait, cyniquement, fallu anticiper le fait que c'était en partie du vent.
Avec nombre de personnes qui se réclament être mes amis cela arrive régulièrement, le vrai problème [et ce qui rend la chose encore plus sensible] c'est que je traîne ça depuis tout petit puisque celui qui accepta d'être mon parrain me lâcha assez vite et celle qui pris l'engagement d'être ma marraine fit de même il y a une quinzaine d'années.

On dira que la vie rend les engagements plus aléatoires qu'ils n'étaient au moment où ils furent prononcés. On dira aussi que je ne suis pas en sucre et que je finirai bien par me remettre de choses qui ne sont, finalement, pas si graves. On dira bien ce que l'on veut, être parrain ou marraine oblige et il ne s'agit pas de médaille en chocolat destinée à faire bien ou flatter l'égo de celui et celle qui acceptent une telle charge. Moi, je n'ai pas eu de chance, je suis tombé sur deux inconséquents qui ont choisi de laisser la rancoeur et les circonstances prendre le pas sur la confiance qu'un jeune garçon leur avait porté parce qu'on lui avait expliqué qu'en cas de coup dur, ils seraient toujours là pour lui.

J'ai ressenti très tôt cette carence de pouvoir me réfugier dans les bras d'autres que mes parents. Mes grands parents sont décédés assez vite [je n'ai d'ailleurs pas connu ma grand-mère maternelle] et c'est aussi pour cela que j'ai toujours mal réagi quand des connards se plaignent du fait que c'est pénible d'aller voir ses grands parents. Ne plus les avoir, c'est terrible. On peut faire sans et le parrain comme la marraine peuvent aider. En l'occurrence, moi pas trop.

Mon parrain est le premier mari de la soeur de mon père. Une fois divorcé d'elle, les liens se sont distendus au point que passé mon onzième anniversaire, je n'ai plus jamais reçu de coup de fil ni de signe de vie de sa part. Peut-être une fois nous sommes-nous croisés à l'occasion des fiançailles de son fils et encore, j'en garde un souvenir tellement accablé que j'ai choisi certainement d'oublier et de le laisser dans le tourbillon de ses plaisirs égoïstes alors qu'il m'a manqué, cruellement et définitivement. D'ailleurs, à chaque occasion où il est fait mention de son nom, je deviens très lapidaire comme s"il s'agissait de signifier de façon inversement proportionnelle au nombre de mots employés à quel point la blessure est ouverte. Un jour, ma Môman me demanda si je lui en voulais, je répondis "Infiniment".

Ma marraine, c'est encore autre chose. Dernière soeur de ma Môman, j'ai partagé pas mal de temps avec elle et elle m'a accompagné longtemps. Nous avons passé des après-midi à jouer ensemble, je suis allé habiter chez elle pendant trois mois le temps que mes parents bouclent leur déménagement, elle fut présente quand tout menaça de céder ... oui mais voilà, avec le temps, j'ai fini par m'aperçevoir de certaines choses qui, mises bout à bout, me donnèrent une autre vision du personnage, plus mesquin, plus calculateur, plus dangereux. Avec le temps, ce que j'avais considéré comme des maladresses qui arrivent à tout le monde avaient tendance à se répéter balayant ainsi l'hypothèse accidentelle. Avec le temps, les crises de colère ou les positions abracadabrantesques devinrent difficile à supporter malgré tout l'amour que je lui portais. Avec le temps, elle amenait à devoir choisir d'être dans sa vision des choses, exclusivement. Et lorsqu'il s'agit de renier tes propres parents dont elle essaya de te détacher, la fracture devient impossible à combler. C'est ainsi que nous nous sommes séparés, un jour où elle est allée trop loin. J'ai cessé d'entretenir le dialogue parce que ce que je lui disais avait trop tendance à être utilisé pour nuire à ma mère, trop sensible ... ce que ma marraine n'ignorait évidemment pas. J'ai choisi le retrait et de ne pas provoquer d'esclandre comme j'ai pu le faire avec d'autres [certains cousins et cousines ne se privant pas en la matière, je n'ai jamais compris pourquoi un tel privilège m'était refusé]. J'ai choisi de me taire quand elle prit cet air inspiré pour m'avouer ne pas comprendre que dans notre famille on ne se suicidait pas, le jour où nous enterrions mon cousin qui s'était pendu quelques jours auparavant. J'ai choisi de me taire quand, à la dérobée, elle me demanda si je pouvais assurer les charges financières pesant sur mes parents dans la gestion de la maison familiale. J'ai choisi de me traire sur tant d'autres choses et remarques assassines prononcées comme ça, comme si de rien n'était, presque avec le sourire mais aussi tranchantes qu'un couteau affûté.

C'est lorsqu'on m'informa qu'elle était soignée pour un cancer que j'avais choisi de mettre de côté tout ce qui me dérangeait. J'avais choisi de renouer en lui tendant la main, en lui expliquant que je ne pouvais imaginer ce qu'elle traversait mais que j'étais son filleul et donc en parfaite disposition à l'écouter voire passer du temps avec elle. Sa réponse fut à la hauteur de l'image que j'avais fini par me faire d'elle : égocentrée, glaciale, violente et totalement outrancière. Ma main tendue, elle me la renvoya dans la gueule en m'expliquant que j'étais la cause de tous les soucis de la famille, que rien n'était pardonnable à ses yeux et qu'elle m'en voulait d'avoir écrit ici ce que j'avais pensé de son comportement autoritaire, vexée que j'ai expliqué qu'il était la démonstration d'une évidente crétinerie. J'ai reçu sa réponse comme un coup de poignard. Comme de coutume, j'avais préparé une réponse mais elle n'est jamais partie. J'ai choisi de laisser cette femme, qui avait tout été pour moi, dans le marais de son aigreur et de son ressentiment parce que j'avais perçé son masque derrière lequel elle faisait bonne figure. J'avais désormais un écrit violent qui répondait à une tentative de réconciliation, qui condamnait définitivement et irrémédiablement toute retrouvailles. J'avais en ma main ses écrits infâmes qui laissaient à croire que j'étais partiellement responsable de sa maladie. J'avais là un aveu de la méchanceté qui sommeillait en elle [et qu'elle ne dissimulait pas quand il était question de régler son compte à ma mère ou de vomir sur le dos de mon père]. J'avais envie de lui rentrer dedans et de lui dire ses quatre vérités en lui rappelant ce qu'elle fît et dont elle ignore encore que je suis au courant ... mais j'ai choisi de me dire, ce jour là, que je n'avais plus de marraine.

En envoyant les faire-parts de mon mariage, ma Môman me demanda si j'avais pris la décision d'inviter ma marraine pour ce jour unique. Je l'ai regardée et j'ai répondu : "A quel titre ? S'est-elle comportée comme ma marraine quand en 2009 elle savait parfaitement que j'étais au fond du trou et qu'elle n'a rien fait, rien dit, rien écrit ? Vaut-elle finalement mieux que mon parrain ? A l'évidence non et même bien moins puisque lui, au moins, ne fait pas semblant. Il m'a lâché sans essayer de se cacher derrière des mensonges. Elle n'est pas digne de l'affection que je lui portais et de l'image que j'avais d'elle. A l'instar du jour où je me suis pacsé, elle ne sera pas là et ce sera à nouveau une véritable déchirure pour moi, mais je peux me regarder dans la glace en me disant que, moi au moins, je suis cohérent et pas aveuglé par une posture qui ne convainc plus qu'elle, misérablement."

Tto, sans parrain ni marraine