2020 - LA PREMIERE FOIS

C’est un transport que je n’ai pas fait souvent mais ce matin, parce que les idées noires l’étaient plus que d’ordinaire, j’ai ressenti ce besoin quasi irrépressible d’aller voir mes grands parents.

Celles et ceux qui les ont encore autour d’eux n’imaginent pas la chance qui est la leur : pour rendre visite à mes grands parents, il faut que j’aille dans un cimetière depuis 1982, puisqu’ils y reposent depuis ce début d’année funeste où moins de trois semaines, ils ont fait le dernier voyage. Autant dire que je m’y suis fait même s’il en reste toujours une blessure impossible à soigner. C’est aussi parce que la blessure est importante que j’avais besoin d’aller les voir.

J’ai la chance d’habiter pas loin de l’endroit où ils reposent. En quinze minutes, j’y étais. Allais-je retrouver leur sépulture ? C’était bien à droite en entrant, j’en suis sûr. Voilà presque trente ans que je n’étais pas venu. Oui, j’ignore pourquoi mais peut-être ne faut-il pas y voir une distance ou du désintérêt : juste que leur présence immanente me suffisait. Là ce matin, j’avais besoin de le dire qu’ils me voyaient, qu’ils m’auraient trouvé changé, un peu triste même, qu’ils m’auraient dit de sécher mes larmes. Oui … je savais à peu près où ils étaient, j’ai mis moins de cinq minutes à les retrouver : c’était bien à droite, en bordure du chemin bordé par les marronniers. La forme de la sépulture, j’aurais pu la dessiner les yeux fermés, c’était bien celle-là.

Je suis resté de longues minutes à les regarder, à imaginer qu’ils me regardaient même si c’est bête je sais. « Regarde Boby, c’est notre Tto qui est venu nous voir » ai-je presqu’entendu. C’est terrible de sublimée cela mais c’est la petite voix de ma grand mère que j’ai tant entendu dans ces moments troublés. J’ai écrasé un sourire un peu honteux de n’être pas venu plus tôt alors qu’ils m’attendaient dans toute leur éternité. 

Nous avons discuté, j’ai réfléchi et je suis reparti avec le cœur gros mais la satisfaction d’être revenu les voir, d’avoir à nouveau fait quelque chose pour eux. Ce n’était pas grand chose mais cela m’a fait du bien : j’ai presqu’entendu ma grand mère me dire de me calmer, me dire qu’elle comprenait que je sois fatigué mais que je peux être fier de ma vie et qu’ils sont fiers de moi.

J’en ai pleuré mais cela m’a dit du bien de l’entendre parce que c’est peut-être ce que j’ai besoin d’entendre cela. Et que cela vienne d’eux était probablement le plus important pour moi aujourd’hui.

Tto, un peu chamboulé