Je ne m'en suis jamais caché, je pense que j'aurais fait un bon papa.

Daddy

C'est, je le crois, le propre de ceux qui ont eu maille à partir avec le concept en étant enfants que d'avoir envie de cela, que de se sentir prêt, de croire qu'ils ont les épaules et les reins suffisamment solides. Oui, il y a plus de dix ans, je me suis sincèrement posé la question, elle a dévasté beaucoup de choses par ailleurs mais je crois qu'il s'est alors agi d'utiliser cette interrogation existentielle comme un catalyseur d'autre chose. Quand tu vis avec une femme de plus de cinquante ans, que tu as envie d'enfants et que la barrière biologique fait que tout cela procède davantage de l'impossible que de l'ascenseur vers le bonheur, alors oui ... les élans de paternité sont contrariés mais je n'en nourris aucune aigreur. Depuis, je me suis marié avec un homme [la barrière biologique existe toujours] et s'il se pose la question, j'y réponds négativement aujourd'hui pour plein de bonnes raisons desquelles il est difficile de me décrocher.

Oh certes, on peut tout faire et mettre l'argent qu'il faut sur la table pour passer outre mais j'écoutais Marianne James ce wikende à la radio qui disait qu'elle a été la meilleure mère possible pour ses enfants en ne les mettant pas au monde. En descendant sur Boulogne-Billancourt tandis que Zolimari conduisait comme si nous faisions partie intégrante de Mario Kart, le temps s'est suspendu à la réflexion de cette formule. Et s'il n'en était pas de même pour moi ?
Oui, j'aurais adoré, oui j'aurais trouvé cela étourdissant, oui j'aurais toujours trouvé cela écrasant de responsabilité ... oui mais en ai-je encore la force ou est-ce que je dispose encore de l'abnégation nécessaire pour passer outre les multiples frustrations qu'engendre ce cap, cette expérience ou même cette transmission ? Franchement non. De plus, il faut être lucide : nous n'avons pas de place dans nos vies [étant précisé que je ne suis pas dupe : on n'a pas de place parce qu'on n'en fait pas et s'il devait falloir en faire, on en ferait].

Avec le temps, avec la vie et tout le reste, j'ai appris à me faire à l'idée que je ne serai jamais papa. Je n'aurai pas les marathons du mercredi, les crises de caractère, les nuits de maladie, les sourires qui épongent toutes les contrariétés, les preuves d'un amour infini, je n'aurai pas tout ça. Est-ce grave ? Non, bien sur. Ce n'est même pas la question. C'est un constat : ma vie est aujourd'hui construite de telle façon que je trouve des satisfactions ailleurs, autrement. Je n'aurai jamais la carte joker qui évitera qu'on me renvoie dans mes 22 en me disant que je ne peux pas comprendre puisque je n'ai pas d'enfant. Je ne ferai jamais partie du club, je n'aurai jamais à me tourmenter autour de cette question consistant à savoir si j'ai bien fait ou pas de lui dire ceci ou d'être trop sévère vis à vis de cela.

Je ne crois pas aux hasards. Vendredi soir, Zolimari me lança une pique devant des amis, expliquant que de toute façon, c'est moi qui n'en voulait pas [alors qu'il trouvait, la phrase suivante, délirant qu'il faille mettre autant d'argent sur la table pour "acheter" un enfant]. Samedi, la radio me rappela la question. Et dimanche, c'est à côté de ma nièce que resurgit la question. Alors que je venais de lui couper sa viande et qu'elle essayait de négocier pour en manger le moins possible, elle s'approcha de mon oreille et me demanda :
- Dis Ttoton ... tu sais moi je trouve qu'heureusement que tu n'as pas d'enfant avec Zolimari !
- Ah ... ah bon ? Pourquoi ???
- Bah regarde, vous êtes tranquilles. Avec mon frère, on est horribles ...

J'ai trouvé cela assez extraordinaire. La petite Ninette avait réussi à me clouer le bec en touchant juste et en clôturant définitivement le débat depuis trois jours.
On dit souvent que la vérité sort par la bouche des enfants ... j'ignore s'il s'agit d'une vérité. J'ai seulement trouvé cela touchant.

Tto, pensif