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Au royaume de l'olympisme en général et de l'athlétisme en particulier, il n'y a pas que les médailles qui manquent, il y a cette voix qui accompagne les téléspectateurs français depuis 1983. Ce n'est d'ailleurs pas exagérer que de dire qu'il aura bercé plusieurs générations d'athlètes ou de supporters du sport le plus noble qui soit puisqu'il était déjà aux commentaires du premier championnat du monde d'athlétisme en 1983 pour Antenne 2.

Les images d'archives ne manquent jamais de rameuter quelques frissons quand Marie-Josée Perec, quand Marc Raquil ou quand Pierre-Ambroise Bosse franchissent la ligne d'arrivée d'un sprint en vainqueurs. Patrick Montel, avec ses emballements et ses excès, c'était au micro de France Télévisions le meilleur ambassadeur d'un sport qui communique des émotions hors pair dans une dramaturgie inégalée parce qu'elle met en scène, directement, l'athlète et le moment. Alors oui, il hurle Patrick Montel, il en fait des tonnes mais peut-être parce qu'il raconte mérite un peu plus qu'un plat de nouilles trop cuites et donc sans saveur comme le fait "si bien" son successeur Alexandre Pasteur qui semble s'ennuyer et être incapable de nous faire vibrer.

Patrick Montel, avec ses "oh la la" ses "nan mais c'est pas possible" et ses fameux "recoooooooord du mooooooooonde", rendait le plat épicé, plein de saveurs et s'il y en avait un peu trop, c'est pas grave on prenait quand même parce que ce sport mérite plus qu'une lecture placide de paneaux statistiques comme Pasteur s'obstine à le faire. Sur le Tour de France, ça passe encore mais l'athlétisme ne mérite pas d'être pasteurisé comme un fromage à pâte cuite alors qu'un record du monde tombe et qu'un 100m incroyable se dispute. Mais on transpire d'envie de hurler "Montel son !!!".
C'est dans ce moment là que j'ai vraiment ressenti ce que j'avais déjà compris lors des championnats du monde de Doha : Patrick Montel nous manque, cruellement.

Alors voilà ... maintenant que Laurent-Eric Le Lay a décidé de se priver [et de nous priver] de Patrick Montel pour un dérapage sur le dopage, j'avais le secret espoir qu'il rebondirait ailleurs et que nous aurions la chance de pouvoir le retrouver sur d'autres écrans mais non ... il pige au Point et se filme devant les courses sur Facebook. C'est triste parce que, pendant ce temps là, on nous inflige Pasteur qui accroche les noms, cumule les approximations [jusqu'à se faire rectifier par Diagana un peu embarrassé] ou oublie de donner les bascules entre les antennes France 2 et France 3. Ah mais le patron des sports trouvait qu'il fallait faire cesser les égarements de Montel. Moi je veux bien mais en attendant, on se tape un athlétisme terne et d'une banalité telle qu'on pense que sur Eurosport, c'est moins pire.

Oui Patrick Montel en faisait peut-être trop mais au moins, il en faisait et j'incline à penser qu'en de pareilles circonstances, il vaut toujours mieux en faire trop que pas assez. Mais qu'importe, les décisions ineptes à France Télévisions s'accumulent et aux sports, le relief passe désormais avec la prétention de Fabien Lévêque, des calembours d'Alexandre Boyon ou les mimiques de Mathieu Lartot. Franchement, Laurent Luyat n'a pas de mal à être au dessus du lot.
Je me souviens avoir croisé Patrick Montel à France Télévisions. Je devais le convaincre d'une chose : on ne peut pas être en arrêt maladie à cause d'un problème à l'oreille et commenter un match de football ... j'étais dans mes petits souliers, tout ému des souvenirs qu'il m'avait fait vivre à Barcelone, Atlanta ou Sydney, aux championnats de Göteborg ou d'ailleurs, dans les différents moments où il mettait en spectacle la performance, l'exploit, le dépassement de soi. C'est exactement ce qui manque aujourd'hui.

Alors oui, j'ai osé un tweet le wikende dernier en sa direction pour lui dire qu'il me manque Patrick Montel. Ce look d'instituteur de lycée de banlieue me manque parce que les médailles et les mètres parcourus autour du stade ne valent que si l'on partage avec les spectateurs et téléspectateurs. Lui savait le faire, lui m'emportait dans des virages de la ligne opposée où le stress était intense en écrasant tous les autres [le pauvre Bernard Faure, il a dû se battre pour en placer une], lui me donnait envie de veiller tard pour assister à des concours qui provoquent toujours des larmes. Oui l'athlétisme mérite qu'on laisse la place aux passionnés, oui l'athlétisme est un condensé de passion qui ne mérite pas qu'on ait envie de pasteuriser sauf si l'on n'aime finalement pas ce sport merveilleux.

Merci Patrick Montel pour ces souvenirs et vivement les prochains.

Tto, infiniment reconnaissant