2018 - LA PREMIERE FOISC'est en étant calé dans mon siège de cinéma que l'évidence s'est faite, en regardant plusieurs scènes de "Grâce à Dieu" le dernier film de François Ozon [dont j'avais dit tout le bien que je pensais de lui ici]. L'ambiance lourde du film était propice à ce que je plonge dans des réflexions très personnelles : ça n'a pas loupé mais c'est arrivé par là où je ne l'attendais pas.

Depuis longtemps, je me surprends à pleurer régulièrement devant certaines scènes [généralement familiales ou de retrouvailles] et je mettais cela sur le compte de la qualité de la mise en scène ou du jeu des acteurs. Sauf que ce soir là, les mêmes causes provoquant les mêmes effets, j'ai enfin compris qu'il y a une conjonction de facteurs qui immanquablement provoque une irruption lacrymale. C'est en définitive quand l'un des personnages principaux entend de la bouche de l'un de ses parents "Je suis fier de toi" que je me suis liquéfié. En cherchant un peu, je me suis rendu compte que c'est lorsque ces paroles sont prononcées ou quand elles sont tellement suggérées que je sombre. Du coup, j'ai passé une partie du film à m'interroger sur moi, à me demander ce qui pouvait bien me ...

... et là, à un moment, tout est devenu clair. Je pleure parce que je pense que je n'ai pas entendu assez souvent mes parents me dire qu'ils étaient fiers de moi. Je ne doute pas qu'ils soient contents de la vie que je mène, de ce que je suis devenu, des épreuves dont j'ai triomphé comme de l'appui que je prodigue à ceux qui méritent que mes yeux se portent sur eux. Mais voilà, je pense que les mots n'ayant pas été prononcés ou trop peu, cela me pose un vrai souci.

Je n'appartiens pas à une famille démonstrative de ses sentiments ... comment dès lors pourrait-il en être autrement de moi ? On s'aime, on se fâche, on s'explique [moyennement quand même ... je pense être celui qui rentre le plus dans le lard] mais finalement on se parle assez peu de ce que l'on ressent les uns pour les autres. Oh bien sur, ma propension à recueillir les confidences et les épanchements me donne une bonne cartographie des sentiments en présence, mais voilà ... les mots, s'ils ont un sens, méritent parfois d'être prononcés parce que même si je dis souvent que les mots ne suffisent pas à remplacer les actes, les actes ne suffisent pas non plus à remplacer les mots. Nous traversâmes beaucoup d'épreuves et j'en ai trop pris ma part. A la réflexion, je pense qu'il me manque d'avoir entendu au moment où il l'aurait fallu qu'ils étaient fiers de moi.

Moi, je l'ai dit, je l'ai même écrit. En retour, je n'ai pas souvenir avoir entendu ce qui me chavire régulièrement. Peut-être est-ce aussi parce que je n'ai pas fait attention, pas entendu ou pas compris ... peut-être. Le fait est que j'arrive, du haut de mes 43 printemps, à avoir besoin de comprendre et de savoir, de mettre de côté cette pudeur embarrassée sinon embarrassante pour que l'on aille au fond des choses et particulièrement de celle-là. Je ne cherche pas une médaille, je veux juste avoir les idées claires là dessus, alors que depuis quasiment toujours me manque la certitude que mes parents soient fiers de moi. Encore une fois, me douter qu'ils le sont est une chose, l'entendre en est une autre [quand bien même je m'interroge sur la capacité desdits mots à pouvoir apaiser le manque dont je viens de faire état]. Parce que ce n'est pas une chose facile que de négocier un tel virage, que de se retrouver dans cette configuration où je suis régulièrement celui qui panse et non celui qui demande.

En sortant de la salle de cinéma, je me suis résolu à une chose : avoir une conversation prochainement avec eux, ensemble ou séparément, pour savoir comment ils répondront à ce problème. Je vais pleurer, c'est certain et cela les inquiétera [hélas]. Mais je pense avoir pris conscience d'une chose ce soir là au cinéma, j'ai besoin d'être apaisé à cet égard qu'il s'agisse de mes parents ou de mes amis qui comptent beaucoup pour moi. 

Je me souviens d'un garçon, Romain, avec qui j'avais sympathisé et nous nous étions retrouvés plusieurs fois à discuter de sa vie de patachon et de la mienne. Il était arrivé à la conclusion qu'un autre, Julien, m'avait livré quelques jours auparavant : cela faisait finalement beaucoup de bien de voir que je n'étais pas insubmersible et que derrière la maîtrise quasi militaire de ma vie, il y avait un coeur et des émotions. C'est trop pratique de ne voir qu'une partie de mon personnage en fonction de ses propres besoins : oui, je suis solide, fort et je maîtrise beaucoup de choses. Pour autant, je me bâti sur le sable d'une sensibilité surprenante quand on veut bien regarder honnêtement les choses. Je dois avoir une conversation avec mon Pôpa et ma Môman, je vais l'avoir ... dix ans après la précédente.

Tto, qui savait mais, là, qui a compris