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A bien y regarder de près ou pas, l'évidence tombe implacablement : le seul vrai problème d'Europe 1 n'est pas Patrick Cohen, c'est véritablement Arnaud Lagardère.

Depuis le décès de son père Jean-Luc Lagardère, l'héritier ne cesse d'accumuler les échecs, les bévues et autres erreurs, habitant de plus en plus la tunique du fossoyeur d'un empire jadis prometteur même s'il a toujours eu du mal à se remettre de l'échec TF1 de 1987. Voilà 15 ans désormais qu'Arnaud Lagardère, à force de décisions totalement contradictoires, intéressées et stupéfiantes d'absence de vision, déconstruit tout ce qui faisait la richesse d'un groupe qui était le premier éditeur de journaux du monde, le troisième groupe de médias de France et un acteur incontournable de la légende nationale de la communication. Un jour, il faudra écrire le destin fabuleux du Groupe Lagardère en n'omettant jamais d'énumérer toutes les catastrophes initiées par Arnaud Lagardère qui se révèle peut-être être le pire capitaine d'industrie actuel, pilotant quand il y pense un groupe qui n'attend qu'une chose : des perspectives.

Certains diront que c'est freudien et qu'Arnaud Lagardère ne se remettra jamais des admonestations de Jean-Luc lorsqu'il jetait un regard critique sur les aventures américaines de son fils persuadé que le Groupe pouvait devenir un acteur majeur dans l'internet. L'aventure Groslier se soldera par un fiasco qui fait encore sourire dans la Sillicon Valley, les participations industrielles dans Airbus furent dilapidées, comme les ventes de journaux ou les chaînes de télévision [Virgin 17 fut cédée pour presque 70 M€ quand Bolloré revendra Direct8 et DirectStar - ex Virgin 17 - pour 250 M€ à CANAL+ moins de deux ans plus tard sans que l'audience n'ait progressé]. Ce qu'Arnaud Lagardère sait faire de mieux, c'est décevoir en vendant toujours du vent pour tenter d'esquiver la critique sur sa gestion actuelle. La stratégie change tous les ans, se concentre un coup sur les médias en investissant mollement dans Réservoir Prod [société créée par Jean-Luc Delarue] ou la fiction française, puis dans le sport parce que le marché est porteur [on rigole encore des performance de Sportfive qui devait casser la baraque], puis ... et puis et puis ... Lors de la dernière assemblée générale du Groupe le 3 mai dernier, Arnaud a enfin officialisé qu'il laissait tout tomber sauf l' "editing" et le "retail" [comprendre l'édition de livres et les Relay dans les gares et les aéroports]. Il garde Europe 1, Paris-Match et Le Journal du Dimanche pour avoir une news factory qui lui permette encore d'exister mais personne n'y croit : tout sera vendu sous deux ans et cela explique la pression incroyable qu'il met sur les équipes de la radio qu'il somme de redevenir profitable au plus vite.

A l'heure où tout le secteur se globalise, Arnaud Lagardère est le seul à parier sur l'atomisation, au mépris de toutes les projections économiques et financières en la matière qui ne jurent que par la complémentarité des supports. Il y a de quoi croire que Jean-Luc Lagardère fait du ventilateur dans son caveau s'il regarde ce que son fils prodigue a fait de tout ce qu'il a péniblement construit avec malice, calculs et accointances relationnelles pendant cinquante ans. En quinze ans, Lagardère junior envoie tout valser. "Tuer le père" diront certains ? Oui peut-être mais la réalité est, hélas, bien plus matérialiste : Arnaud Lagardère était très endetté après le bras de fer qui l'opposa à Bethy Lagardère [sa belle-mère, mariée à son père en 1993] pour la succession de Jean-Luc, et les projets de prises de contrôle hostiles de son Groupe par Vivendi ou des fonds de pension. Pour gérer tout cela, Arnaud le dauphin s'endettera pour monter à 10% du capital et il faudra bien rembourser l'ardoise des presque 500 millions d'euros par la suite. C'est ainsi qu'il se résoudra à vendre, à réaliser de l'argent facile en n'investissant plus rien et en percevant des dividendes en dehors de toute logique pendant plus de dix ans. Le Groupe Lagardère sera sa pompe à fric pour qu'il ne soit pas sur la paille, la structure juridique de société en commandite le protège grandement. Sauf que le temps perdu à ne pas investir commence à se ressentir et les patrons de branches du Groupe sonnent l'alarme, quand ce ne sont pas les résultats eux-même qui donnent le tournis. Europe 1 est un exemple emblématique à cet égard.

En quinze ans, Arnaud Lagardère fera valser Jérôme Bellay [qui relança Europe 1 avec la confiance de Jean-Luc Lagardère sous un format dont RMC s'inspirera totalement], Jean-Pierre Elkabbach [l'ami de toujours de son père qu'il sacrifiera sans pitié], Alexande Bompard [auquel il ne pardonnera pas d'avoir eu l'envie d'être Président de France Télévisions et qui ira exercer ses talents à la FNAC puis chez Carrefour aujourd'hui], Denis Olivennes [à qui il confiera le soin de préparer la vente de tout, gentiment mais surement], Frédéric Schlesinger [débauché à prix d'or de Radio France, à qui il avait promis trois années de tranquilité pour remonter la pente ... avant de se renier et acter son sacrifice en janvier dernier]. Aujourd'hui, le chouchou c'est Laurent Guimier, débauché à nouveau de Radio France, ancien de la maison et regardé comme le dernier espoir pour autant qu'il en ait les moyens. 

En effet, Europe 1 c'est un peu le Titanic en ce moment ... le carillon sonne toujours toutes les heures mais, avec le prochain déménagement des fameux locaux historiques de la Rue François Ier, c'est toute l'âme de la station qui vascille à coups d'électrochocs administrés avec inconséquence par Arnaud Lagardère et son homme-lige Ramzi Khiroun [ex directeur de la communication de Dominique Strauss-Khan, conseiller spécial d'Arnaud Lagardère à Lagardère SCA]. Ca coule disent en chuchotant les salariés de la maison bleue, qui, au delà du dépit, peinent à entrevoir la sortie du tunnel dans lequel Laurent Ruquier les a projetés lorsqu'il est parti chez la rivale RTL. Depuis, à l'instar du Groupe dans son ensemble [12,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2003, moins de 7 en 2017], tout s'écroule et les vagues d'audience sont toutes plus catastrophiques les unes que les autres. Normal ... on change tout tous les six mois à Europe 1 et les auditeurs n'y entendent plus rien. C'est l'erreur de béotien [jadis commise par Stéphane Duhamel à RTL en 2000, avec une perte de trois millions d'auditeurs en trois mois !] que de tout vouloir changer, la radio est encore plus que la télévision un média d'habitude : en dix ans, le matinalier a changé tous les deux ans en moyenne ! Et ce serait très injuste d'expliquer les difficultés d'Europe 1 par le seul Patrick Cohen. En réalité, Patrick Cohen cristalise sur lui l'impatience de revoir Europe 1 au niveau qu'elle n'aurait jamais dû quitter, au moins devant la populiste et inaudible RMC.

L'arrivée tonitruante de Patrick Cohen devait faire bouger les lignes : on faisait venir Rue François Ier la star des matinales, l'homme le plus écouté de France. Sauf que les auditeurs n'ont pas suivi et ceux d'Europe 1 ont eu du mal à voir arriver celui que l'on a abusivement présenté comme le journaliste de la gauche caviar, infatué et caractériel. Comme toutes les caricatures, c'est exagéré et surtout, en l'occurence, c'est profondément injuste puisque ceux qui ont fait l'effort de l'écouter ont clairement pu noter que le Patrick Cohen d'Europe 1 n'est pas vraiment celui d'Inter. Plus détendu, plus souriant avec cette voix chaude et agréable qui sied si bien à la radio, il a redonné à la matinale de la station la caution de rigueur et de sérieux qui s'était évaporé avec le temps et les manières d'un Thomas Sotto qui n'avait pas su se renouveler et en arrivait à se singer lui-même. Rien qu'un peu d'honnêteté intellectuelle suffit pour voir dans Europe Matin en ce moment la meilleure matinale de France, combinant le sérieux et l'analyse avec le zeste de décontraction qui a toujours fait la marque d'Europe 1. Oui mais voilà, on ne change pas comme ça les habitudes des auditeurs et leur destabilisation de l'automne a fait mal, même si les audiences remontent et que Patrick Cohen s'est à nouveau hissé au dessus du million d'auditeurs. Il se pourrait bien que les prochaines audiences publiées en juillet sur la dernière tranche de la saison fasse regretter d'avoir à nouveau tout changé. Le mal est fait, tout Paris bruisse des noms des impétrants qui pourraient remplacer Patrick Cohen : Delahousse, Aliagas [!!!], Bürki ou encore Maxime Switek ... on a la droit à tout. La première tâche de Laurent Guimier sera de donner la direction, mais Arnaud Lagardère n'entend voir le bail de Patrick Cohen se poursuivre, en dépit des promesses et des louanges passées. En outre, le bashing dont l'anchorman a fait l'objet montre bien toute la crainte que son éventuelle réussite inspirait à ceux qui le redoutaient.

Khiroun et Lagardère sont les fossoyeurs d'un empire qui ne se relèvera pas de leurs caprices. Le dauphin milliardaire ne réussira jamais à respecter sa promesse [Faire mieux que son père] et c'est la tragédie de LA CINQ [dont le Groupe Lagardère assuma financièrement la faillite en 1992] que le Groupe vit tous les jours depuis dix ans, depuis qu'Arnaud Lagardère tente d'endosser les habits trop grands d'un capitaine de conglomérat alors qu'il était taillé pour rester sur une plage de Floride avec sa Jade Forêt à siroter des cocktails et jouer au tennis [sans Richard Gasquet].

Tto, consterné mais auditeur encore