2018 - LE REQUISITOIRE

Il y a bien une constante depuis la rentée : il faudrait abattre l'émission "Complément d'enquête" qui décidément gratte un peu trop aux entournures en allant "urtiquer" Philippe de Villiers [qui devait déposer une plainte que l'on attend encore], enquêter sur Michel-Edouard Leclerc le preu chevalier du pouvoir d'achat dont il n'abuse jamais ... la prochaine enquête sur Sophia Chikirou, Madame Mélenchon dont l'opacité des manœuvres justifie bien un numéro à part entière provoque encore des remous et l'inénarrable Mathilde Panot n'a rien trouvé de mieux que de demander, avec la souplesse et la cordialité qu'on lui connait, de ne surtout pas parler aux équipes du magazine d'investigation de France 2.

Finalement, auréolée de la mémoire de son créateur Benoît Duquesne, "Complément d'enquête" jouissait jusqu'à présent d'une irréprochabilité qui s'expliquait aussi par le fait qu'en matière de magazine d'investigation, il n'y a pas grand chose depuis que Delphine Ernotte-Cunci a tué le magazine équivalent sur France 3. Du coup, le poil à gratter ne peut plus être que "Complément d'enquête", a fortiori depuis qu'il est incarné par celui qui aura fait plié Vincent Bolloré devant les tribunaux, Tristan Waleckx.

Il faut dire aussi que l'autre marque d'investigation est tellement caricaturale que "Complément d'enquête" n'a pas trop de mal à étinceler quand on envisage le show désagréable de "Cash investigation" avec une Elise Lucet qui se plait à jouer les procureurs que rien n'autorise pourtant à intimer à tel ou telle de répondre à ses questions orientées et mal préparées. La scénarisation grossière et grotesque accompagnant aussi le propos n'arrange rien, là où le magazine "Complément d'enquête" est finalement un peu plus respectable avec son format plus modeste et une mécanique bien davantage appropriée.

Oui mais voilà, la tourmente des néo-cons attaqués par l'outrance des propos sur le pauvre marquis vendéen qui préfère dégueuler des bêtises sur les plateaux de CNews [laquelle lui offre carrément une case hebdomadaire désormais], par le projet d'enquêter sur le caïd Hanouna qui croit faire régner la terreur dans le PAF, par les annonces relatives aux reportages sur la France Insoumise ou d'autres chapelles, tout cela n'aide pas l'émission programmée sur le service public à ne pas être sous le feu des critiques. C'est le propre du journalisme en même temps que de chercher des informations cachées et d'avoir à confronter ses conclusions avec le droit de réponse inscrit dans la loi de 1881 relative à ... la liberté de la presse.

Je ne suis pas de ceux qui donnent, sans conditions, des brevets aux journalistes en pensant qu'il est sain qu'ils puissent dire tout et surtout n'importe quoi. A l'instar de ce que je peux écrire sur Pascal Praud ou Léa Salamé, la même rigueur s'applique à "Complément d'enquête". Dans ce dernier cas, évidemment, le travail journalistique est un peu plus poussé, sans beaucoup d'effort si l'on se rapporte aux deux têtes de gondole précitées. Aussi et si "Complément d'enquête" devait dépasser les limites ou être responsable de diffamation, l'état de droit dans lequel nous évoluons autoriserait alors à rétablir une certaine vérité. Celles et ceux qui s'y frottent ont du mal à démontrer la diffamation [dont je rappelle qu'elle se combat en démontrant l'assertion invoquée par l'administration du fait soi-disant diffamant], un peu comme quand des journalistes de Médiapart sortent des affaires ténébreuses qui éclairent d'un nouveau jour telle ou telle facette de la vie politique, publique ou économique. Attention, je n'assimile pas "Complément d'enquête" à Médiapart [avec tout le "bien" que je pense d'Edwy Plenel au sujet duquel il serait utile d'enquêter précisément pour mettre en lumière ses combats nauséabonds et ses méthodes parfois peu honorables], j'y vois simplement le signe d'une concordance sur l'investigation. Et c'est en cela que je pense que la démocratie a besoin d'investigation, de journalistes qui font tomber des présidents qui procèdent à des écoutes, des enquêteurs qui remontent à la surface des passés troubles pendant un conflit mondial ou des enfants cachés ... bref, pour autant que la chose soit prouvée et étayée avec la rigueur qui sied au journalisme de qualité [même si cela ne brosse pas dans le sens du poil], l'investigation journalistique est utile et en cela "Complément d'enquête" est salutaire la plupart du temps dans ses enquêtes dont la charpente est plus solide qu'un bon numéro de "Capital" qui fait semblant de démonter des filières alors qu'il s'agit souvent de publi-reportage mal maquillé. Oui, le service public s'honore de continuer à soutenir une rédaction qui s'évertue à proposer des sujets qui frottent un peu.

Mais là encore, pour autant que cela soit fait dans les règles, je ne suis pas dérangé de voir des choses qui pourraient me gêner. Et les réactions courroucées des cibles me rassurent : il n'est pas impossible que cela tape juste, au bon endroit et comme il le fallait. C'est même bien plus efficace que "Cash investigation" ou ce qu'il reste du magazine "Envoyé Spécial" mis à la remorque du nombril d'Elise Lucet qui n'a rien trouvé de mieux désormais pour s'acheter des vertus dont elle ne fait pas toujours la démonstration à l'antenne comme ailleurs.
Qu'Hanouna recrute l'ancien présentateur de l'émission "Complément d'enquête" pour faire accroire qu'il va lancer à son tour un magazine d'investigation alors qu'il n'est même pas foutu de vérifier la moindre information qu'il balance tous les soirs au cours de l'émission consternante dont il se targue d'être producteur, cela fait doucement rigoler. A la réflexion, on devrait presque en pleurer ... un peu comme la kyrielle de postures que l'on t'administre tous les jours à longueur de temps sur tes écrans. Mais tu le veux bien d'offrir ton temps de cerveau disponible à des Caroline Roux, Léa Salamé, Yann Barthès et consorts ...

Tto, qui a toujours considéré que le meilleur hommage rendu aux gêneurs consiste à hurler de façon recognitive qu'ils gênent