Hier soir, dans le noir, devant cette baie vitrée dans mon salon ... les yeux encore humides, j'ai constaté encore une fois que je n'aimais pas les dimanches soir.

Petit, ils sanctionnaient souvent une journée de tension où j'avais pu entendre mes parents se déchirer sur des bêtises aussi insignifiantes qu'une cuisson de viande, un outil mal rangé sous la terrasse ou un silence trop long à la suite d'une question. Les ballades en forêt n'y changeaient rien et le dimanche soir devenait un chemin de croix chaque semaine renouvellé. Le terme d'une journée décevante avec ce lot de regrets que cela puisse avoir été différent, autrement pour ne pas gacher, ne pas se gacher autant.

Plus tard, le dimanche soir est devenu plus sensuel puisque c'était le moment où je m'enfermais dans la salle de bain pour m'occuper de moi, découvrir mon corps, lui prodiguer toutes les attentions nécessaires, que j'imaginais mes amis faire de même pour se préparer à cette nouvelle semaine qui allait venir ... Cette rencontre de l'enveloppe et de l'esprit avait quelque chose d'assez marrant. Et puis, je terminais ma soirée en écoutant les problèmes sexos des auditeurs de Ropain qui venait confier à un sexologue médiatique leurs insupportables névroses. On a beau dire, mais j'ai beaucoup appris à l'occasion de l'écoute de cette émission ...

Et puis, le caractère anxiogène des dimanches soir s'est estompé pendant des années ... J'avais pris pour habitude de regarder des tonnes de dessins animés de mon enfance le dimanche soir que je saucissonais en des soirées fleuves de 3 heures ...

Hier soir, j'ai eu du mal pour des raisons variées mais qui justifiaient, je le pense, mon accablement.
Je ne suis pas le menhir que l'on imagine parfois, inaltérablement résistant. Certes, j'avoue sans être présomptueux avoir une capacité de résistance importante. Mais hier soir après que ce wikende m'ait infligé de nombreux coups de boutoir et que mes molets en fussent passablement marqués, j'ai regardé la ville plongée dans le nocturne sommeil, comme apaisée.

Nu comme un vers devant cette vue, plongé dans l'obscurité, j'ai trouvé que ma situation présente était très métaphorique de mon état d'esprit : sans défense, exposé mais dans l'ombre. C'est aussi cela la vie et celles et ceux qui s'imaginent que ma vie est un roman fantasque et toujours exubérant sont bien naifs : le rideau rouge si éclatant et séduisant que j'arbore en permanence me sert aussi à dissimuler bien d'autres choses ...

Demain, tu liras le billet initialement prévu pour ce matin. Il s'appelle "Mars et ça repart".

Tto, un peu en retrait