m6-films-logo-D3599A4B92-seeklogoOn se croirait dans un film de Jean Becker ... mais sans Adjani ni Souchon. Pourtant, à Neuilly sur Seine, l'été semble définitivement meurtirer dans les couloirs de M6.

Depuis plus d'une semaine que les grilles estivales sont mises à l'antenne et alors que Nicolas de Tavernost [grand manitou de l'ex petite chaîne qui monte] bande ses muscles pour expliquer au service public ce qu'il devrait faire et comment il réussira bientôt à se passer de la providentielle fusion avec TF1, tout n'est que désolation et hécatombe. C'est simple : en moins de quinze jours, toutes les nouveautés mises à l'antenne sont des accidents industriels. Il était temps que le téléspectateur fasse savoir que les émissions de coaching ont fait leur temps. Du coup, pour la chaîne qui mise tout sur le segment depuis 20 ans, la dégelée est sévère.

Moins de 5% de parts de marché en access prime-time hier soir pour le lancement du nouveau jeu "La route des coffres", "Coup de foudre au bout du monde" en septième position derrière TF1, France 3, France 2, France 5, TMC et Arte ... on peut se consoler comme on veut : les audiences de Médiamétrie procèdent davantage de la sulfateuse que d'autre chose. Le sémillant Guillaume Charles, en charge des programmes après que la révolution de palais ait écarté Thomas Valentin aux commandes depuis plus de 30 ans, crispe un peu et cherche la martingale pour passer l'orage avant que la rentrée puisse lui apporter de l'air.

Oui mais ceux qui croient au phénomène conjoncturel en seront pour leurs frais : voilà longtemps que j'explique que c'est tout le modèle M6 qui vacille. L'échec cuisant de "Love Island" sur W9 n'en est qu'une illustration supplémentaire. En dehors des marques installées, plus rien ne prend et les icones sont fatiguées [Plaza a fait sa pire performance en juin à 19h] ... au point que le salut semble devoir venir d'un positionnement accru sur les droits sportifs. Et c'est là que TF1 attend M6 de pied ferme parce que c'est précisément l'équation insoluble à laquelle la première chaîne est confrontée depuis des années sans trouver la voie de passage autrement qu'en rognant sur les coûts de grille et en adoptant des modèles de programmation de chaînes de la TNT. Pour contrebalancer les annonces désastreuses des programmes, Tavernost bombe le torse et annonce diffuser la coupe du monde de football féminin [avec des horaires épouvantables], annonce l'arrivée du football américain sur ses antennes, rappelle qu'il diffusera une partie des matchs de la coupe du monde de rugby ... à La Chaine L'Equipe, on a bien compris que M6 avait envie d'aller piller le portefeuille de droits acquis à pas cher.

Pour autant, est-ce du sport que viendra le salut ? Ponctuellement oui, dans la durée non parce qu'on ne fait pas un fond de grille performant simplement avec du sport. France Télévisions le sait bien : passées les audiences flatteuses du Tour de France et de Roland Garros, il faut bien avoir de quoi remplir les écrans publicitaires ... ce que "Affaire conclue" et autres jeux ne font finalement pas si mal. Chez M6, la ménagère se lasse des "croquangues" de Lignac, des vases qui tombent derrière Stéphane Plaza et des fictions sketchs plus ou moins originales. Peut-être qu'on n'a pas encore compris chez M6 qu'on ne peut plus faire de la télé en 2023 comme on en faisait en 2007 quand les plateformes n'existaient pas encore. En dehors de "L'Amour est dans le pré" emmenée par l'illuminée bécasse Karine Le Marchand, plus rien ne semble pouvoir tenir la barre, même "Pékin Express" donne de sérieux signes de fatigue.

C'est l'effet pervers du projet de fusion avortée : après la période compliquée du Covid et tandis que les fictions américaines se raréfient puisqu'aspirées quasiment toutes par Netflix, Disney et Amazon, c'est toute la grille de M6, W0 et 6ter qui prend l'eau au point que la petite chaîne qui monte dégringole. Quand d'autres s'accrochent un peu avec des feuilletons quotidiens, M6 n'en a pas et promet d'en catapulter un prochainement. Quand TF1 ou France 2 programment des jeux pour fédérer, M6 est définitivement absente du segment. Et ne parlons pas des émissions d'accueil ou des talk shows. C'est bien simple : si le lancement de l'émission "Les traîtres" n'est pas réussi cette semaine, tout ne sera alors que désolation et souffrance pendant l'été, avec déprogrammations sauvages à prévoir tant le navire amiral s'apparente davantage au Titanic après avoir croisé l'iceberg.

Le seul problème pour M6, c'est que la situation n'est guère meilleure chez TF1 qui n'était plus la semaine dernière la première chaîne de France, mais c'est d'abord chez M6 que les as de l'Excel transpirent à grosses gouttes. Cela va rendre la vente prochaine de M6 encore plus compliquée à boucler qu'elle ne l'a pu l'être l'an dernier. Son public étant parti sur Netflix et consorts, M6 doit maintenant se réinventer mais pour cela, peut-être faudra-t-il expliquer au capitaine Tavernost qu'il serait temps de laisser la barre ...

Tto, qui te l'avait bien dit