CQFD QUELLE EPOQUEOn allait voir ce que l'on allait voir ... France 2 s'affranchissait de Laurent Ruquier qui régnait en maître sur les deuxièmes parties de soirée du samedi depuis si longtemps qu'on en était à se demander si, comme Jacques Martin le dimanche, quelque chose avait existé avant. 

Du coup, la chaîne a sorti l'artillerie lourde : la cagole de l'info de France Inter, la papesse de l'interview faussement incisive, la seule Léa Salamé. Mais comme on sait tous que la colonne vertébrale n'est pas franchement robuste [elle a réussi à planter toutes les émissions politiques de la saison passée], il fallait la flanquer d'un taulier : Christophe Dechavanne mis sur un strapontin rédempteur depuis que "Coucou c'est nous !" peuple les bêtisiers ultra rediffusés. Pour l'humour, il fallait rajouter Philippe Caverivière dont on dit qu'il est caustique, c'est dire l'époque ... et quelle époque. CQFD.

Alors déjà, ça commence de façon incroyable comme un show à l'américaine où Salamé déambule, hilare, dans le public en serrant des mains comme si elle était Madonna ou Beyoncé. Elle rigole comme une cruche en essayant de rattraper ses dents pour se planter au milieu du plateau qui ressemble un peu à une arène avec une table énorme au milieu.

D'ailleurs, la table est assez jolie parce qu'elle permet des effets de lumière ... ça nous changera de Salamé. Arrive ensuite Dechavanne qui retrouve les joies du talk-show de deuxième partie de soirée comme quand il animait "Ciel mon mardi !" et on voit tout de suite qu'il est plus dans son élément que lorsqu'il s'essayait à des jeux comme "A prendre ou à laisser" ou encore "Une famille en or". 

Arrivent ensuite une palanquée d'invités à qui l'on inflige de faire tapisserie pendant un long moment ... comme la mode des talk-shows y oblige désormais ... pour une émission, on dénombre une dizaine d'invités alors que l'émission elle-même commence à 23h. Bref, c'est un coup de deux heures du matin pour expédier toute cette promo abondante et surabondante. Evidemment, Ruquier est parti mais l'on conserve le rendez-vous de l'invité politique, ce qui permettra à Catherine Barma [productrice de l'émission "On n'est pa couché"] de hurler au plagiat et de réclamer 50 millions de préjudice moral. Dechavanne dispose de sa propre interview et Caverivière essaye de dérider tout le monde avec un joli recyclage de sa chronique matinale sur RTL [par ailleurs également télévisée tous les midis sur M6 ... synergies corporate obligent]. A la manière d'un Jacky Berroyer de la grande époque "Nulle part ailleurs", Salamé introduit l'affligeant Paul de Saint Sernin déjà croisé sur les plateaux d'Amazon Prime Video pour les tournois de Roland Garros. Le problème, c'est qu'il est tellement mauvais que dès qu'il ouvre la bouche, c'est gênant ... et ça ne s'arrange pas surtout quand Salamé s'esclaffe de façon naturelle et autant surjouée que quand Francis Huster déclame du Racine ou presque.

Sinon ... la réalisation est favorisée par le plateau qui permet tous les angles. L'éditorial du programme laisse à penser qu'on est dans un joyeux fourre-tout de tout et surtout n'importe quoi puisqu'il y a même une chronique sexo en fin d'émission pour tenter de retenir quelques âmes insomniaques. N'empêche, on passe par toutes les émotions du dîner de cons qui défile, passant d'un curé à Laurence Ferrari qui jure ses grands dieux que l'affreux Bolloré n'est pas si méchant, d'un Yann Moix qui fait pleurer dans les chaumières sur les violences infantiles subies à un Jean-Paul Rouve si formidable parce qu'il n'aurait pas du vivre. A côté, Mélenchon fait presque pâle mais l'essentiel est ailleurs : Léa Salamé est impressionnée de tout, rigolant de tout, s'indignant de tout, ... bref. Du coup, Dechavanne tire son épingle du jeu en posant des questions qui piquent [mais qui sont un peu longues]. Oui parce qu'il ne faut espérer que Léa Salamé [sauvée plusieurs fois par le montage manifestement protecteur, parce que l'émission n'est pas en direct] travaille à l'avance ses interviews : elle laisse Laurence Ferrari dérouler sa bouillie à laquelle personne ne croit, Yann Moix joue les Chateaubriand de la ligne 8 sans que cela ne l'autorise à lui rappeler ses outrances et elle trouve forcément formidable les Tuche de Jean-Paul Rouve parce que c'est tellement drooooooooole. Forcément ...

La bougeotte du plateau qui fait qu'à chaque séquence tout le monde ou presque change de siège est un peu étrange et si les séquences s'enchaînent, on a souvent l'impression que les interviews sont d'une superficialité telle qu'avec deux fois moins d'invités, on aurait pu disposer du temps nécessaire pour s'intéresser à eux. Au moins, il y a du rythme ...

La première a été couronnée d'une bonne audience puisqu'elle a rassemblé plus de 1,15 million de téléspectateurs. Pas certain que la tête d'affiche Mélenchon, embourbé dans l'affaire Quatennens, puisse l'aider tous les samedis ...

Tto, moins catastrophé que prévu