Jusqu'où l'atrocitéJ'ai regardé un documentaire sur la crise sanitaire et en croisant les demeurés qui hurlaient à la dictature sanitaire au motif qu'on empêchait, pour des raisons sanitaires, des beaufs d'aller là où ils avaient pris l'habitude égoïste d'aller quand ils le voulaient. Et puis, après que le documentaire fût achevé, je suis tombé sur les images de Boutcha.

Je pense que rien n'aurait pu produire plus fort contraste entre les délires égocentrés des enfants gâtés qui ne supportent aucune frustration et le devenir d'ukrainiens qui ont été massacrés au motif qu'ils se trouvent emprisonnés dans un conflit que seule la névrose d'un homme a provoqué.

Aux Bigard, Lalanne, nazillons et jaloux de tous poils qui croyaient pertinent d'en référer aux symboles de la Shoah ou d'invoquer la dictature [le fait qu'ils le fassent étant déjà une invalidation crasse de leurs théories], je pense que la dignité impose de conserver le silence au moins aussi longtemps que les victimes dont les caméras ont montré le sinistre martyr dans cette ville située au nord ouest de Kyiv.

Pour répondre au titre de ce billet, il y a plusieurs façons de faire.
Sur le vocable, tu auras noté que chacun y va de son "horreur", "monstruosité" et autres "terrible". Moi, j'ai choisi de parler d'atrocité parce que ce mot signifie littéralement "caractère de ce qui est atroce, de ce qui est d'une cruauté qui suscite l'horreur ou la réprobation". S'associe à ce mot l'idée qu'en supporter l'existence est pénible. Et c'est précisément cela qui est en jeu il me semble, si les faits sont confirmés [mais comment imaginer qu'ils ne puissent pas l'être]. J'émets cette réserve qu'il ne faut pas sur-interpréter à double titre. D'abord, chacun se souviendra qu'en période de guerre, les charniers et autres scènes de crime comme celle-là ont parfois été d'odieuses manipulations. Ensuite, la réserve exige également de ne pas limiter les atrocités en question, tout simplement parce que l'on pourrait également découvrir encore davantage.

Au plan purement juridique, les éditorialistes et journalistes paresseux n'ont de cesse depuis dimanche soir d'appeler à la comparution de Vladimir Poutine devant le Tribunal de La Haye, ce qui procède uniquement de l'effet de manche puisqu'il faut rappeler que la Russie [comme les États-Unis] n'est pas soumise aux dispositions de la Cour Pénale Internationale. C'est un choix, en rupture avec la signature du traité originel. N'empêche, il faudra bien que les russes livrent Poutine à la Cour pour que celle-ci puisse le juger. Aux "c'est dégueulasse" et "le Droit, c'est vraiment nul", je rappelle que ce qui sépare précisément la civilisation de la barbarie, c'est précisément le Droit dont on a abusivement pensé qu'il était devenu une valeur universelle depuis la fin de l'opposition des super puissances au début des années 1990. Oui, les occidentaux ont parfois tendance à prendre leurs vessies pour des lanternes qui guident les pauvres opprimés vers la voie du bonheur ...
Le Droit ne passe que quand les éléments constitutifs de l'infraction sont réunis. En l'espèce, il faudra expertiser les éléments matériels et prouver les éléments intentionnels, en n'oubliant jamais de les relier avec le fameux lien de causalité intrinsèque à toute sanction pénale. Et oui, cela prendra du temps parce qu'heureusement, le temps de la justice et du Droit n'est pas celui des éditoriaux et de l'émotion.

Cependant, l'émotion est palpable et fera des ravages. Vladimir Poutine a déjà perdu la guerre des images à de multiples étages. Il donne aujourd'hui raison à Joe Biden que les chancelleries européennes trouvaient irresponsable de qualifier Poutine de boucher. Si cela se confirme [encore une fois], comment appeler autrement un homme qui jette sur les chemins boueux de l'Ukraine des conscrits mal préparés et qu'il laisse massacrer des civils qui semblent avoir été exécutés de sang froid, gratuitement avec une sauvagerie qui leur dénit toute humanité. Oui, il s'agit de crimes de guerre [mais pas encore de génocide, sauf à rapporter la preuve qu'un ordre ait été passé aux troupes et visant à éliminer systématiquement toute personne de nationalité ukrainienne] mais, hélas, ce ne sont pas les premiers. Alors oui, chacun se demande si la ligne rouge n'a pas été franchie ... alors qu'on a bombardé des maternités, des immeubles d'habitation, des lieux où étaient rassemblées des enfants ou que sais-je encore ... étant rappelé qu'on ignore tout de ce qui se passe actuellement à Marioupol ou Kharkiv où l’innommable se poursuit.

Alors oui, jusqu'où laissera-t-on l'atrocité se reproduire ? Jusqu'à quand les connasses peroxydées qui font leur plein en débitant des bêtises plus grosses que leurs fondements continueront de dire n'importe quoi quand des hommes et des femmes sont exécutés alors qu'ils ont les mains liées ? Jusqu'où faudra-t-il aller pour qu'on suspende enfin les achats d'énergie à Vladimir Poutine même si l'on doit se chauffer un peu moins l'hiver prochain, comme les états baltes ont eu le courage de le faire vendredi alors que leur dépendance est infiniment plus préoccupante ? Jusqu'où devra-t-on repousser nos limites pour éviter de voir, en face, la tragédie actuelle qui consiste à ensevelir à la hâte et sans dignité des corps que l'on a exécuté froidement en laissant dépasser une chaussure et une main ? Au delà des paroles dont les mots s'épuisent, les actes doivent aujourd'hui intervenir pour éviter que dans plusieurs années nous n'ayons pas honte de ce que nous avons fait, pour que dans quelques années nous ne soyons pas déshonorés d'avoir préféré notre croissance économique et notre confort bourgeois quand des innocents se faisaient massacrés au seul motif qu'ils gênent le fou de guerre retranché au Kremlin qui vit dans une dimension parallèle de l'histoire romancée de son pays.
Qu'aurait-on dit si l'on avait continué à acheter des armes à Hitler sachant ce qui se passait dans les camps de déportation de Pologne ?

Des charniers seront découverts bientôt et des monstruosités seront rapportées encore. D'ici le 9 mai 2022, Poutine fera tout pour remporter sa victoire, même utiliser des armes non-conventionnelles. Nous n'en avons pas fini de ce printemps meurtrier qui rend aux terres d'Ukraine leur sinistre histoire de terres de sang. Mais, toi qui vient de lire ce texte, ne te demande pas ce qu'il faudrait faire pour arrêter Poutine mais interroge-toi sur ce que tu vas accepter d'abandonner pour éviter que les ukrainiens en payent la facture du confort de ton mode de vie privilégié. Si tu as une réponse à cette question, tu sais alors jusqu'où l'atrocité ...

Tto, épouvanté