effondrement

C'est par ce terme ["Collapse"] que les anglosaxons désignent l'effondrement. D'autres préfèrent utiliser "crash" ou "smash", c'est selon l'approche. Moi, j'en reste au premier pour décrire ce qui m'est arrivé la semaine dernière et qui n'est pas terminé.

Un effondrement, c'est, au sens où je l'envisage, un abattement physique, un abandon moral qui se concrétise par le fait de se laisser aller, l'état d'une personne qui s'abandonne. Cependant, dans une telle acception, il semblerait que cela procède d'une volonté intrinsèque du sujet qui s'effondre. En ce qui me concerne, la volonté existe peut-être mais on me concédera qu'elle n'est pas consciente. En tout cas, elle est loin d'être calculée.

Mardi dernier, 11h48, chez mon médecin :
- Bon bah ... c'est loin d'être brillant Mr Tto !
- Je crois que c'est la raison pour laquelle je viens vous voir à chaque fois, quand ça ne va pas.
- Oui mais là, ce n'est plus que cela ne va pas. Vous vous rendez compte de votre état ? Votre tension est à 18, votre cœur ne bat plus normalement, vous avez l'air dans le gaz ... Désolé de vous le rappeler, mais vous trainez votre carcasse comme s'il s'était agi d'un boulet parce que vous êtes trop gros. J'entends hein, mais moi je vous alerte.
- Je sais ...
- Non mais je vous le dis clairement : soit je vous arrête, soit dans deux jours vous êtes à l'hôpital Mr Tto. Ok, vous avez déjà une rhino virale mais il n'y a pas que ça. Vous bossez trop ! Faisons le calcul, vous travaillez combien d'heures par semaine ?
- Je ne compte plus vraiment vous savez. Une soixantaine ...
- C'est beaucoup trop ! Vous ne prenez même pas de vacances ! Vous vous rendez compte que c'est un bras de fer que vous allez perdre là. Je ne sais pas si vous avez le Covid, a priori non puisque tous les tests que vous faîtes sont négatifs. Mais au delà du Covid, on ne peut pas s'imposer ça comme ça. Moi je vous le dis, je vous arrête et je ne vous laisse pas le choix cette fois-ci.
- Ok
- Et reposez vous. C'est pas normal de travailler autant ... moi, je fais déjà une cinquantaine d'heures mais ce n'est pas à toute bombe comme vous. Ca veut dire quoi de travailler treize heures par jour ?

Il pouvait me dire ce qu'il voulait, je n'écoutais finalement pas beaucoup parce que j'étais sonné. Ma tête menaçait d'exploser, je n'avais qu'une hâte c'est qu'on trouve le moyen de me soulager. Je suis donc rentré chez moi, j'ai alerté tout le monde, j'ai refermé mon ordinateur, j'ai coupé mon téléphone non sans avoir mis en place deux trois filets de sécurité et je me suis allongé sur mon canapé. J'ai dormi ...

C'est d'ailleurs ce qui résume ma semaine passée : traîner ma peine et dormir. Pas du grand sommeil, mais du repos. Le fameux lâcher-prise ... qui fait que tu ne lâches jamais vraiment mais au moins, j'ai laissé mon corps s'effondrer. Ah ça, cela n'a pas été très glorieux. Faire 500 mètres à pieds, j'ai mis deux heures à m'en remettre. Devoir aller passer un nouveau test PCR pour être vraiment certain que ce n'est pas le Covid, cela a été monstrueux voire quasi insurmontable. Je me suis couché à 22h grand maximum, j'ai dormi 10 à 12h par nuit [en faisant tous les cauchemars possibles et imaginables] ... voilà, une épave.

Si la gorge a fini par aller mieux, la tête déconne toujours autant au point que je descends les plaquettes de Doliprane comme pour avoir un shoot de calme. Bien sur que je sais que mon état n'est pas normal, que mon corps ne me parle plus mais qu'il hurle, qu'une telle fatigue ne s'entend pas autrement que par une alerte rouge ou que l'inquiétude qui remonte d'ici et là est justifiée ... mais voilà, il y a là de quoi se faire peur et me faire peur à constater que ce corps à qui j'impose des cadences infernales et le devoir de répondre présent aux exigences immodestes me lâche un peu, beaucoup, passionnément. Heureusement que les vacances sont dans une vingtaine de jours même si cela me semble être une éternité.

J'ai déjà vécu des effondrements pareils. Je ne vais pas dire qu'il s'agit là d'un mode de fonctionnement quasi normal parce que j'ai toujours pris ces signaux peu faibles comme des avertissements forts. Là, cela en est un, évidemment. Est-ce que cela va changer quelque chose à court terme ? Non. A moyen ou long terme, évidemment parce qu'il n'est plus possible de composer sauf à se décomposer. 

L'avantage de l'effondrement, c'est qu'il rend parfois les perspectives plus claires puisque l'horizon se serait dégagé. Là, je peine à fixer la ligne dudit horizon mais on me dit que je ne verrai qu'elle une fois que sera dissipée la fumée résultant du fracas effondré.

Tto, pas au mieux