2018 - PARTIES POLITIQUES

On allait voir ce que l'on allait voir ... TF1 sortait carrément un prime-time pour organiser une soutenance de candidats triés sur le volet. Forcément, on allait en prendre plein les yeux. C'est sûr qu'au moins, on n'a pas été dérangés par les questions qui dérangent, les idées non plus ...

C'est donc une image de ring que TF1 a choisi pour auditionner les huit candidats qu'elle a jugé comme ayant le plus de chances ... reléguant les autres au rang de figurants qu'ils sont déjà mais on s'amusera que ceux qui hurlent au déni de démocratie parce que le Président sortant refuse un débat d'avant premier tour se prêtent à un tel simulacre autorisant la chaîne la plus regardée du pays à faire son choix. En termes de rigueur journalistique et tant qu'on peut encore fonctionner en équité, faudra repasser et pense à mettre plein de vapeur parce que certains plis risquent d'être récalcitrants.

Qu'importe, j'ai quand même regardé et, comme prévu, je n'ai rien appris tant je suis convaincu qu'un débat d'avant premier tour ne sert à rien sinon à servir de pugilat organisé pour affaiblir le Président sortant. C'est un peu ce que j'expliquais déjà la semaine dernière, étant rappelé qu'aucun président sortant de la Vème République n'a sacrifié à l'exercice. Donc, ceux qui se sont infligés les trois heures d'émission auront été confortés dans leurs certitudes [sauf ceux qui pensaient que Zemmour ne bafouillait pas, que Jadot était incohérent d'une phrase à l'autre, que Melenchon avait compris, qu'Annie Dingo euh Anne Hidlago vit dans un monde parallèle ou que Marine Le Pen était en pleine forme]. Parce qu'en fait, à part voir Zemmour bredouiller son catéchisme assez superfétatoire au regard des circonstances, Pecresse s'en donner à cœur joie pour faire des mêmes toutes les cinq secondes, Melenchon dire absolument n'importe quoi pour autant que cela lui donne la vague impression d'un tribun, Macron esquiver habilement les pièges tout en ne disant pas grand chose [puisqu'il présente son programme jeudi], Roussel jouer les Philippe Poutou de circonstance en faisant du stand-up à la façon Pecresse ... on n'a rien vu, rien compris et surtout l'effet a été atteint s'agissant d'éviter le pugilat.

A ce jeu là, pas vainqueur et une collection d'infos à rectifier sans commune mesure. Cependant, dire qu'il n'y a rien eu serait inexact. Les courtes échelles entre Zemmour et Melenchon sur la situation ukrainienne furent savoureuses, les rebuffades de Valérie Pecresse sonnèrent comme des naufrages supplémentaires mais, à ce jeu là, Anne Dingo rhooo décidément Anne Hidlago avait tellement d'avance que plus rien ne se voit. "Le vent c'est beau " de Jadot sortait tout droit d'un sketch des Nuls dont on aurait dit jadis qu'ils forçaient trop le trait ... et finalement, le seul intérêt était de savoir qui avait cassé un verre qui s'écrasa avec fracas quand Emmanuel Macron discourait de l'Ukraine et des intentions de Vladimir Poutine, pourquoi Valérie Pecresse ne voulait pas s'asseoir sur le tabouret, la dame derrière Zemmour avait-elle un AVC tant son regard était creux [le public de 300 personnes ne servant d'ailleurs à rien d'autre qu'à jouer les pots de fleurs] et surtout, pourquoi Anne-Claire Coudray avait des fiches grandes comme des feuilles A3 et semblait désarticulée. Ah oui, pour sûr, on en était à s'occuper du fond des problèmes ...

Alors cela servait à quoi en réalité ?
Emmanuel Macron coche la case de l'émission politique avec ses compétiteurs de sorte que le déni de démocratie ne pourra pas franchement lui être reproché.
Marine Le Pen a lancé un vibrant appel à la mobilisation de son électorat, sonnant un aveu en creux de sa fébrilité, en cela renforcée par l'évidente fatigue qu'elle semblait éprouver.
Eric Zemmour est en bout de course, épuisé lui aussi, et semble ne plus avoir grand chose à dire tant le pari d'une campagne sur le grand remplacement s'avère être le mauvais.
Valérie Pecresse confirme son enlisement et ne fait plus du tout illusion même si cette fois, elle a réussi à ne pas aligner trop de punchlines ... mais franchement, qui peut encore y croire.
Jean-Luc Melenchon a repris ses habits de Professeur la Science balayant du bras les questions gênantes qui ne l'intéressent pas ... sauf que cela donne l'impression d'un déjà vu dont on sait exactement où il mène tant les névroses du candidat font peur.
Yannick Jadot a donné la confirmation de ce que l'on avait compris depuis longtemps : sa campagne repose sur des dogmes qui se fracassent sur la situation actuelle et ne propose rien d'autre que l'addition de problèmes à ceux déjà existants. On n'attire pas les bulletins de vote avec un tel vinaigre.
Fabien Roussel a compris qu'il allait priver Melenchon de second tour et joue sa carte même si les 5% s'éloignent. Quoi qu'il en soit, il fera toujours mieux que Marie-George Buffet et donne encore l'illusion au PC qu'il existe encore. Il faut dire qu'il existe toujours plus que le PS ...
Anne Hidalgo a livré l'impression d'une condamnée qui n'a toujours pas compris l'issue fatale de la campagne, à qui on n'ose plus rien dire de peur de la casser encore davantage mais elle y croit encore.

Bref, tu n'as rien loupé.

Tto, qui se demande bien qui sera l'autre finaliste