Y a pas débatVoilà donc la grande affaire, celle qui fait frétiller les "wannabes" qui espèrent, tous les cinq ans, avoir ce surcroît de lumière lié à une candidature dont personne n'imagine qu'elle sera couronnée de succès. Et dans cette ivresse, à l'instar de n'importe quelle victime d'une addiction, ils en veulent toujours plus en laminant encore et toujours le débat public pour exister, juste pour exister. Cette existence, c'est le gage de leur fonds de commerce dont, soyons juste, tous n'ont pas une vision strictement personnelle et comptable : il en existe encore pétris de convictions.

Pour les comptables d'ambitions purement personnelles, la grande affaire après les signatures d'édiles, c'est faire du show et quoi de mieux comme grand spectacle que d'exiger au nom de principes démocratiques dont ils ignorent tout, que d'exiger un débat de l'avant premier tour.

Bah voilà la belle affaire : les français sont tellement stupides qu'ils seraient incapables de se décider sans le pugilat organisé devant des caméras et des journalistes appâtés par l'odeur du sang. Parce que si l'idée même d'un débat pourrait sembler le paroxysme du processus démocratique, il n'en est en réalité rien du tout.

Déjà, on conviendra qu'il n'est pas forcément souhaitable de confier à la télévision [et aux metteurs en scène d'émissions politiques] le soin d'être décisive plus qu'elle ne l'est déjà. On sait bien qu'il est de tradition qu'entre les deux tours un débat soit organisé et il est souvent déterminant. Mais l'invocation des principes démocratiques ne saurait servir à pallier le manque de dynamisme de certaines candidatures, a fortiori s'agissant de quelque chose qui n'est pas vraiment coutumier. S'il y avait eu débat la dernière fois, c'est précisément parce qu'il n'y avait pas de sortant.

Et c'est là le deuxième étage de la fusée. "On ne va pas demander à Macron qui parle à Poutine d'aller débattre avec Poutou". Pour méprisante que soit la formule, elle résume néanmoins fort bien le fait que rien n'oblige un président sortant à devoir servir de cible systématique à celles et ceux qui n'ont pour programme que la seule critique du bilan de la mandature précédente. En effet, quel cruel aveu de faiblesse que de nier le caractère démocratique d'une élection au seul motif que l'on ne peut pas faire du buzz en n'évoquant que le seul bilan du sortant dont on étrille consciencieusement toutes les actions avec une mauvaise foi nécessaire pour se faire remarquer ! On comprend clairement qu'Emmanuel Macron n'ait pas vraiment envie de servir de lièvre à une telle course perdue d'avance.

Comme cela a été expliqué, mais peut-être pas assez clairement, aucun président sortant qui s'est représenté n'a sacrifié à l'exercice.
Au surplus, qu'est ce qu'une foire d'empoigne apporterait au débat public si c'est pour proposer un débat comme il y a cinq ans où l'on n'avait rien appris et où tout le monde était resté sur les saillies efficaces d'un Poutou sorti d'un bar PMU. Ah certes c'était divertissant mais était-ce vraiment de la confrontation de programmes destinée à permettre aux français de se décider ... ou plus simplement du ball-trap ?

Les metteurs en scène des émissions politiques, qui n'ont plus d'idées pour masquer la vacuité du débat et l'inanité des perspectives, sont d'ailleurs les pires ennemis de la démocratie en ce qu'ils sont désormais pris dans une course à l'échalotte dans laquelle le trublion Cyril Hanouna se pique de tailler des croupières aux sociétaires installés depuis des années qui bombent le torse en expliquant qu'on est en train de leur piquer leur jouet. Du coup, on s'éloigne soigneusement de la politique et du débat démocratique pour finalement faire des images, monter des coups, alimenter le buzz plus ou moins calculé. Les programmes repasseront, la priorité c'est de faire du spectacle et dans cette entreprise de dévoiement du processus démocratique, ce sont les parts de marché qui importent, les reprises sur les réseaux sociaux qui sont susceptibles de divertir l'attention sur l'incohérence voire la vacuité des programmes ...

Au final, quand les aspirants se font plaisir sur un plateau de télévision en gesticulant comme des papillons devant la lumière en pleine nuit, ce n'est pas l'intérêt général qui progresse. C'est simplement un chamboule-tout qui n'aide en rien à l'amélioration de la situation. Que Zemmour et Pécresse s'amusent ensemble si cela leur plaît jeudi soir devant les caméras complaisantes de TF1, que d'autres essayent de monter des coups pour doper un peu leurs côtes sondagières ... dans une trentaine de jours, il faudra choisir ou cesser de se plaindre.

Le premier tour de l'élection présidentielle de 2022 ressemble furieusement à tous les autres : le même psychodrame pour des signatures que tous les pleurnichards ont finalement obtenu, les délires sur les sondages dont on pourfend l'utilité quand ils sont défavorables et dont on déclare la véracité quand ils sont porteurs, l'exigence d'un débat pour attraire le/la favori(te) dans les bas fonds de la cohorte ... et puis, on viendra nous expliquer le soir du premier tour le déni de démocratie parce qu'une campagne présidentielle ne se fait pas comme elle s'est faite et qu'il aurait fallu ceci ou cela. A ce spectacle, est-il donc utile d'ajouter celui d'un débat qui ne sert à rien sinon à flatter l'ego des candidats qui n'ont pas d'autre dessein que de se défouler sur un seul ? Il y a des "fury-rooms" pour cela ...
Au regard des enjeux actuels, ce n'est peut-être pas au niveau.

Tto, dont l'affliction redouble à mesure que s'approche l'échéance