CQFD - Muriel Robin

Muriel Robin remonte sur scène ... ça c'est une bonne nouvelle ! Muriel Robin réinterprètera ses anciens sketchs cultes ... ça, ça vend moins du rêve d'un coup.
Et c'est là que le CQFD du jour va te permettre de savoir ce que cela vaut parce que Muriel Robin qui remonte sur scène en ce moment, voici donc ce qu'il faut en dire.

Alors si tu ambitionnes que je ne déflore pas le sujet, je t'avoue que cela va être dur puisque Muriel Robin refait des sketchs que tu connais par coeur. C'est d'ailleurs sa porte d'entrée : ces sketchs sont un trait d'union entre elle et son public, ils appartiennent finalement à tout le monde désormais et c'est bien vrai. Au surplus, on ne peut que se ravir de voir qu'elle est en pleine forme et non plus en dépression interminable comme cela avait pu être le cas lors de spectacles précédents où la charité poussait à lui apporter au plus vite trois Xanax et deux Lexomil pour que cela passe. Non là, elle a la pêche, la forme et donne finalement le change comme on y était habitué. C'est d'ailleurs cela le souci : Muriel Robin fait comme ceux qui sont prisonniers d'une image forte qui est un fonds de commerce. A l'instar d'un Lucchini qui surjoue son personnage au point de susciter l'envie de lui coller un baffe quand il se croit encore drôle à balancer des mots orduriers et du verlan qui n'amuse que lui, Muriel Robin coupe toujours ses phrases, son sourcil se relève toujours autant, son œil fusille tout ce qu'il est possible de fusiller avec le bonus soupir. Oui, c'est presqu'un récital de Tino Rossi tant on connait le chemin, on s'attend à la réplique cinglante qu'on connait par cœur comme n'importe quelle chanson qui nous aura bercé pendant des années. Et c'est presque gênant d'entendre la salle terminer certaines phrases comme quand les vielles chanteuses se plaisent à faire chanter leur public pour se rassurer de son adhésion à leurs ritournelles. Là, pareil ...

Est-ce si gênant ? Finalement non parce que le rythme des sketchs est une telle mécanique que l'on rentre encore dedans avec une facilité qui assure qu'il s'agit là de moments cultes, au sens propre. Oui, Muriel Robin est culte et on lui pardonne d'avoir éclipsé ce que l'on aime tant à cause de son malheur intérieur, on n'aurait pas fait mieux de toute façon. Dans le choix des sketchs, tu ne seras pas surpris même si les trente années passées imposent de revoir certains détails comme elle l'explique à un moment.

Tout est donc parfait ? Bah non justement, et c'est comme pour "L'addition", c'est toujours à la fin que ça se complique et je ne parle pas de la fin du spectacle qui t'aura permis d'ici là de goûter aussi au plaisir d'un sketch inédit. Non, le souci est ailleurs et rejoint ce que j'expliquais plus haut : Muriel Robin fait du Muriel Robin et donc forcément, ça coince et on tourne aussi sur les mêmes tics. Sauf que là, comme les vieux comédiens qui allongent les mêmes syllabes ou les mêmes sons au point d'en devenir caricaturaux, Muriel Robin dans une facilité qui devient un peu pénible voire même déplaisante parce qu'on sait qu'elle vaut mieux qu'un cabotinage paresseux comme celui-ci qui consiste à aligner les onomatopées, les borborygmes qui amusent peut-être quinze secondes mais plus du tout au bout de cinq minutes. Et dire cela n'est pas exagéré : c'est bien plus de cinq minutes de bruits qui font rire une poignée des spectateurs quand les autres, comme moi, ont du se demander pourquoi elle faisait tant de De Funès alors qu'on l'attend plutôt sur autre chose. Et puisqu'elle a mis son âge en balance du début à la fin du spectacle, on ne peut que faire le lien et se dire que décidément, la pente n'est pas totalement remontée pour qu'elle appuie à ce point sur un tel ressort comme pour respirer en pleine asphyxie. Si cela n'avait été qu'à un seul endroit du spectacle, on aurait pu croire à l'erreur d'écriture, à l'effet raté. Oui mais non, c'est un peu partout et bien au delà du sketch du salon de coiffure. bien au delà ...

Abstraction faite de cela, le temps passe vite et on passe vraiment une bonne soirée parce que les sketchs cultes de Muriel Robin demeurent d'une efficacité folle et d'une écriture percutante, même trente ans après. C'est tellement dommage que l'élan se soit interrompu mais Muriel Robin demeure proche de son public et témoigne toujours autant d'une émotion qu'on lui préfère voir incarner quand elle est heureuse plutôt que crépusculaire.

Tto, qui a applaudi et ri