2018 - PARTIES POLITIQUESCe serait faire injure aux stratèges de l'échiquier que d'assimiler leur jeu aux ruades et foucades des impétrants qui s'imaginent un destin national et présidentiel. Parce qu'en fait de stratégie dont les conseillers desdits impétrants drapent chacune de leurs positions, on a plutôt l'impression d'une basse cour avec des volatiles qui gambadent aveuglement et frénétiquement, et pour cause : ce ne serait pas pire si on leur avait coupé la tête.

La campagne présidentielle est donc lancée et c'est le concours Lépine de la médiocrité au mieux, de l'insalubrité intellectuelle au pire. Ah ça, en inventeurs de la chose publique, des priorités nationales voire de concepts juridiques, on trouve beaucoup de monde et en guise de crème, celle-ci est rance voire passée.

Entre les délires autoritaires voire conspirationnistes d'une droite qui sent arriver l'échafaud de la seconde élection sans être en finale, les néo-fascistes frontistes qui sont ringardisés par un éditorialiste qui raconte n'importe quoi pourvu que l'on parle de lui, une gauche aphone qui regrette de n'avoir eu pour seul problème que la division jadis et une extrême gauche qui tente d'exister malgré la paralysie du leader minimo tout sclérosé. Ah oui vraiment, le tableau est réjouissant alors que le monde subit un choc économique dingue qui aura des conséquences inévitables sur les trois années à venir, ravivant de fait les tensions qui n'étaient pas redescendues. Et ça, c'est sans compter la reprise de l'épidémie de Covid-19 qui reprend de la vigueur et hypothèque le précaire équilibre de libertés publiques vaguement trouvé à la faveur de l'été. On voudrait compromettre toute l'articulation démocratique qu'on n'aurait pas espérer meilleur alignement des planètes. C'est d'ailleurs ce qui fonde les occultes soutiens de l'éditorialiste à y croire : le modèle vacille, et ceux ui auraient pu le conforter en proposant des visions alternatives ne sont obsédés que par une chose : sucer la roue du révisionniste qui semble parvenir à unir la droite populaire orpheline du RPR et les fangeux du FN déboussolés par la dédiabolisation honnie par Marion Maréchal Le Pen depuis des années.

Forcément, le locataire actuel de l'Elysée ne peut voir dans tout cela qu'un boulevard qui contraste avec l'analyse que pouvait faire son prédécesseur à peu près au même moment de son mandat. Là où François Hollande était entravé, Emmanuel Macron est galvanisé et ce n'est pas bon signe. Par le passé, un Président galvanisé n'a jamais su en tirer parti pour rassembler ou réparer. Le dernier exemple chiraquien de 2002 suffit à s'en convaincre, c'était il y a vingt ans.
Du coup, sont de retour l'excès de communication, les dérives jupitériennes et l'abus d'autorité utilisé comme marqueur pour vampiriser davantage le camp des Républicains qui sont prêts à se jeter dans les bras d'Eric Ciotti. C'est dire si la gaullisme a vécu et ne veut désormais plus dire grand chose. D'ailleurs, cette caution qui tient plus de l'abus de langage confine désormais au ridicule. A la place d'Emmanuel Macron, on serait peut-être mieux avisé d'une chose : les sondages de novembre n'ont jamais fait un président en mai, sauf en période de cohabitation.

Dans un tel marécage, les pièces du jeu d'échec bougent. Point n'est besoin de bouger le roi puisque les pions s'activent, les cavaliers sont perdus dans des déplacements surprenants, les tours affichent une sérénité outrancière tandis que les fous jouent de percées plus ou moins heureuses. En face, Yannick Jadot ne maîtrise plus sa reine Rousseau qui condamne quasiment sa campagne, Hidalgo a déjà compris que les éléphants du PS ont juré sa perte, Montebourg n'en finit plus de décevoir surtout son propre camp à défaut d'avoir un soutien populaire, Marine Le Pen semble KO du fait de la poussée d'Eric Zemmour qui est tel le petit garçon au bord du plongeoir et qui hésite à sauter tant la perspective de devenir le patron du Figaro racheté par son ami Bolloré pourrait être plus alléchante. Et puis, faire de la politique ne permet pas de se répandre sur les plateaux de CNews quand on le veut ni d'écrire des pamphlets contre une élite à laquelle on appartient pourtant depuis tant d'années. Pour Mélenchon, le cas est plus grave, tout le monde s'en fout ... à l'instar de Fabien Roussel qui gonfle ses muscles avant de nouer alliance pour les prochaines législatives. De fait, le cirque le plus flagrant est bien chez les Républicains où les débats télévisés sont tragi-comiques à mesure que l'on devine que tout va se jouer entre Ciotti et Barnier, histoire de faire payer à la Pécheresse et au Plastic Bertrand leur trahison funeste.

Du coup, pour donner un peu d'espoir à un électorat de plus en plus engourdi quand il s'agit d'aller glisser un bulletin dans l'urne, c'est un peu court pour décongestionner la fièvre et en revenir à davantage de quiétude. Le climat inflammable généralisé, pour tout et surtout n'importe quoi, rend la chose périlleuse pour tout et tous au point que l'anesthésie électorale actuelle ne sert qu'un commerce : celui des baveux qui pérorent à l'instar d'un Yves Thréard qui raconte tout et son contraire d'une semaine sur l'autre, des chroniqueurs de "Valeurs Actuelles" recyclés en observateurs politiques sur les médias bolloréens, l'ineffable Ségolène Royal persuadée qu'elle amuse la galerie alors que celle-ci s'amuse précisément d'elle, d'un Christophe Barbier qui a définitivement fondu un boulon ou de "consciences" de gauche qui n'ont trouvé de salut qu'à regarder des trains qui passent comme Françoise Degois. Oui, la colonie des bavards inconstants et dont les analyses feraient injure au céfé du commerce a encore de beaux jours devant elle, a fortiori puisque l'économie des chaînes dites d'information continue ne repose plus que sur le commentaire d'images plus ou moins en direct, comme si l'on était dans des salons où l'on cause et surtout dans des salons où ce dont on cause avait de l'importance.

Certains voient dans la situation actuelle une stratégie délétère d'Emmanuel Macron, c'est peut-être faire trop d'honneur au Président qui a surtout la chance de pouvoir surfer sur les opportunités à défaut de les créer. N'empêche, c'est une véritable œuvre de collaboration à laquelle se livrent tous ceux qui entendent concourir au sprint final d'avril 2022. Quoi qu'il en soit, les hypothèses varient peu de mon point de vue : la campagne va être dégueulasse, les groupuscules vont s'en donner à cœur joie, l'écœurement va se propager davantage et la participation sera faible pour la premier tour mais pire pour le second tour. De toute façon, il est quasiment certain que l'élu ne disposera pas d'une majorité parlementaire ... ce qui permettra aux belges de regarder avec amusement les français qui riaient de la paralysie les ayant touché il y a quelques années lorsqu'il avait été impossible de constituer un gouvernement. Définitivement, il n'y aura pas de chèque en blanc donné ...

Tto, de moins en moins surpris