2018 - Dans mes rêvesRigolo, non ... c'est plutôt singulier parce que cela me poursuit depuis que je suis tout petit. J'avais quatre ou cinq ans la première fois que j'ai rêvé de cela, du moins pour autant que je m'en souvienne.

Oui, depuis donc plus de quarante ans, un rêve me poursuit et comme il n'est pas nécessairement joyeux, je pense que l'on peut dire que c'est un cauchemar dont il s'agit, un cauchemar qui n'en a pour autant pas toutes les caractéristiques parce que je ne m'en réveille pas en sursaut comme lorsqu'on s'extraie d'une terreur nocturne : non, là, c'est encore un rêve dont je sors presque paisiblement en me disant : "Tiens, je suis encore mort cette nuit ... et tiens, comme c'est curieux, je suis encore mort sur un terrain de guerre".

Oui, la récurrence est à trouver ici : je meurs à la guerre depuis que je suis tout petit. La première fois, c'était parce que j'avais regardé un film de "La dernière séance" dans lequel Patrick Dewaere mourrait fusillé en pleine guerre. Quoi de plus cruel que de mourir en pleine guerre, tué par les siens ? Depuis, je suis mort sur tous les terrains de guerre ... guerres urbaines, guerres de tranchées, guerres violentes ... oui oui, tu peux y aller, nonobstant ma situation, je crois qu'à collectionner de telles nuits depuis si longtemps, je pense pouvoir dire que j'ai fait la guerre.

Et surtout, il y a un truc qui me marque à chaque fois que je décède : mes dernières paroles consistent à souligner que c'est bien dommage que je meurs ainsi parce que si les circonstances avaient été autres, j'aurais pu apporter autre chose à ce monde qui n'aura pas voulu de moi au point d'autoriser mon trépas dans un défouloir des plus inutiles [une belle définition de la guerre, non ?]. Et obstinément, je pointe le fait que je n'étais pas un petit garçon comme les autres puisque je savais lire l'heure avant mes trois ans. C'est parfaitement ridicule et ne saurait valoir la moindre exonération de trépas, mais voilà ... à mes yeux, cela vaut quelque chose.

Le fait est que je meurs ... et quelques instants après, je me réveille. Cela m'est arrivé dans la nuit de mardi à mercredi. Vers 5h du matin, j'ai ouvert les yeux, j'ai tourné la tête vers Zolimari qui ronflait tout ce qu'il pouvait [de là à dire que le son de la mitraillette a trouvé son origine dans ledit ronflement, il n'y a qu'un pas dont je ne saurais cautionner que tu puisses le franchir ... non non non] et j'ai soupiré : bah voilà, j'étais encore mort au combat.
L'ambiance fratricide actuelle me forge dans certaines convictions, celles qu'un conflit n'est peut-être pas si loin. Depuis que je fais ces rêves, je me réveille en me demandant si je n'ai pas atteint bientôt l'âge en vertu duquel je serais dispensé d'aller combattre, comme si un jour je pouvais me rassurer définitivement et me dire que non, je ne mourrai pas ainsi.

Tto, combattant fatalement fauché à la guerre, au moins 200 fois