Le sarcophage des apparences

Quelle meilleure circonstance que celle qui me permet d'évoquer ici et la date du jour et le décès du cousin de mon père, survenu samedi matin sur lequel je reviendrai après-demain ! Oui, il y a des concordances de dates qui sont particulièrement propices.

Au delà du décès en question, c'est surtout l'appel de ma mère lundi matin qui m'a fait réfléchir et prendre le temps d'écrire à mon père. "Tu sais, ton père est remué par ça. Il ne dit plus rien, il est dans son monde. Il m'a fait comprendre qu'il est le prochain sur la liste." m'a-t-elle dit.
C'est vrai qu'au sens généalogique, le décès de son cousin le place d'emblée dans la situation d'ête le dernier représentant mâle du degré considéré encore en vie de la branche. C'est ainsi et c'est probablement ce qui le trouble le plus, c'est même l'une des premières choses qui m'est venue à l'esprit quand j'ai appris la nouvelle. Oui, sur ce degré, il est clair qu'ils n'étaient plus que deux : il est désormais le seul. Et ce qui peut apparaitre surprenant pour ceux qui connaissent mon père, c'est que le mur tombe.

En effet, dire qu'il euphémise sur ses sentiments est une triste lapalissade. Dire qu'il prend toujours froidement chaque décès est une vérité première, la version officielle étant qu'avec son oncle qui était croque-mort, il en a tellement vu que cela ne lui ferait plus rien. Evoquer ses relations tumultueuses avec la famille est encore plus caricatural parce qu'il feint de ne pas vouloir capitaliser sur les liens éventuels qu'il pourrait avoir avec eux, expliquant même que la distance lui est plus confortable. Or, le décès survenu samedi sonne comme une antithèse de tout cela. Aussi, j'ai fait comme je sais faire : j'ai pris ma plume et je lui ai envoyé un message hier, d'un fils à son père avec ce qu'il déteste le plus : des paroles directes qui appuient là où ça fait mal.

L'idée n'est pas d'en rajouter à la souffrance qui est la sienne, le but est de lui expliquer que je ne suis dupe de rien et qu'il n'est pas utile qu'il déploie de l'énergie à masquer quelque auquel je ne crois pas du tout. In fine, l'ambition est de construire un pont susceptible de lui permettre de s'exprimer, de fendre un peu l'armure ... ce qu'il ne fera évidemment pas.

D'ailleurs, sa réponse est tellement cousue de fil blanc que j'aurais pu l'écrire le connaissant comme je le connais. S'il a admis que cela le chamboulait parce que le décès est plus soudain et rapide qu'il ne l'avait envisagé, il a retourné la chose en m'expliquant que ce qui le chagrine le plus, c'est que cela créé un grand vide pour mes recherches généalogiques ... comme si lui n'était finalement pas tant que cela submergé par la peine. Oui, j'ai levé les yeux au ciel parce qu'une fois encore, il ne saisit pas la perche et qu'il se maintient dans cette contenance excessive justifiant qu'il s'efface parce qu'il considère que seule là est sa place. En cela, je suis tout le contraire et c'est ce qui résume notre relation : nous avons le même caractère mais j'ai un degré d'affirmation diamétralement opposé.

Jeudi, je l'accompagnerai néanmoins et je sais déjà qu'il prendra beaucoup sur lui pour ne pas pleurer. Cependant et l'âge aidant, je vois bien ce qui le tourmente : la mort lui fait peur, le temps passé qu'il aurait souhaité utiliser autrement le hante. C'est le propre de ce genre de situations que de penser à cela. C'est à lui de gérer seul tout cela, puisque c'est la croisade qu'il a choisie d'assumer, refusant obstinément ma main tendue qui l'exposera trop aux questions insurmontables qu'il a pris soin d'enfouir depuis des années. Oui, les décès et la recherche généalogique que je conduis [je suis tellement pas sympa que j'ai doublé cela de recherches ADN] le ramènent toujours à l'évidence : nonobstant son statut d'enfant abandonné et adopté, il n'est pas sans racines. La preuve, le départ de celui qui le lui rappelait parfois le plonge dans le désarroi.

Tto, qui pose toujours les bonnes questions auxquelles on ne veut pas répondre