CQFD 01

Ce n'est jamais facile de changer de crèmerie mais quand il s'agit de changer de station de radio pour se réveiller, c'est presque pire. Les déboires consternants d'Europe 1 m'ont donc forcé à adopter une nouvelle matinale. Et pour me faire une opinion, quoi de mieux que d'aller tester celle qui est réputée être la première de France en ce qu'elle est la plus écoutée et la plus critiquée par Pascal Praud ... c'est presqu'un gage de qualité. CQFD sur la matinale de France Inter.

Ce qui frappe d'abord, c'est que les codes d'une matinale du service public par rapport à celles des stations privées sont tout de même assez semblables pour ne pas dire identiques au point même que le procès en publicité permanente que l'on fait aux généralistes privées semble assez injuste. On se prend un joli tunnel publicitaire plusieurs fois dans la matinale de la station leader au point même que Demorand glisse sur les retards avec le top horaire. Ah Nicolas Demorand ... voilà un cas d'espèce aussi. Lui qu'on a pu croiser sur d'autres micros plus privés [il est passé par RTL et Europe 1] ne se démarque finalement pas et c'est presque rassurant : France Inter n'est pas la station poussiéreuse engoncée dans la tradition du vaisseau amiral du service public raillé parfois. Non non, ce n'est pas l'académisme qui prime et on croise même des intervenants et chroniqueurs qui auraient tout à fait leur place sur l'Europe 1 d'avant. Et s'il faut être honnête, on ne croise pas l'armée de syndicalistes de gauche de l'Education Nationale avec collier de barbe et costume en velours côtelé que l'on dit colonisant l'antenne ... pire, on croise peut-être sur France Inter comme ailleurs des réactionnaires et des sociétaires qui nourrissent leur fond de commerce comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkelkraut ou je ne sais quel autre éditorialiste du Figaro trop heureux de dire n'importe quoi. Certes, depuis qu'Europe 1 a été lobotomisée à la sauce Bolloré, France Inter figure être un havre de paix parce qu'on n'y croise pas les nazillons de Valeurs Actuelles ni les connasses un peu bourgeoises qui ont un avis sur tout pourvu qu'on ne les empêche pas de continuer à vivre leur vie à Passy.

Ce qui frappe, c'est surtout l'écriture radiophonique où le son a un place plus importante que dans une radio commerciale où le récit est parfois plus présent. Je me souviens d'une interview de Jean-Pierre Elkabbach en 2005 qui expliquait qu'il souhaitait qu'Europe 1 revienne à cette culture du son qui avait été négligée et je comprends pourquoi. C'est un véritable confort et surtout une confiance accordée à l'auditeur/trice que l'on postule être capable de comprendre sans un décryptage forcené. Oui, c'est otut bête mais ne pas rappeler à chaque intervention qui parle, c'est tabler sur la concentration de l'auditeur/trice et c'est agréable.

Pour le reste, je n'attendais vraiment rien de la midinette de l'info qu'est Salamé, affligeante de superficialité dans ses interventions comme dans son travail de préparation. On se demande bien pourquoi elle est tant encensée, sinon pour rassurer Demorand dont, décidément, la voix n'est pas du tout radiophonique. Les intonations sont aigües, le débit parfois précieux et irrégulier ... surtout et c'est finalement ce qui frappe quand on passe d'une culture d'antenne à une autre : cela savonne un peu plus à France Inter qu'à Europe 1. Là où j'étais habitué à des journalistes qui ne s'embourbent pas sur des noms ou des successions syllabiques parfois périlleuses, ça cartonne chez Inter où Demorand savonne allègrement, la présentatrice météo ne fait pas un bulletin sans se reprendre une fois et les présentateurs de journaux ne sont pas en reste. Oui, c'est clairement moins net et ça accroche à l'oreille quand on a été dorloté pendant des années en la matière.

Sinon, il faut bien le dire : le pluralisme est quasi total [hors les nazillons de Valeurs Actuelles et autres fachistes notoires], le découpage semblable à celui d'une radio commerciale avec même suffisamment de pub pour pouvoir ne pas être trop dépaysé. Les virgules et jingles en revanche sont poussiéreux et n'ont finalement pas bougé depuis que j'avais laissé des oreilles à France Inter quand ma cousine y travaillait et animait cette fameuse émission du matin. Oui, ça manque de spatialité, c'est presque de la 2D sonore mais on s'y fait.

En fait à la question CQFD de ce test, c'est cela la conclusion : la matinale d'Inter n'est pas ce que l'on en dit, elle n'est pas différente de celle d'Europe 1 quand c'était écoutable et fréquentable. On s'y fait, c'est cela la conclusion. C'est un peu comme de l'eau tiède, pas complètement froid mais pas complètement chaud non plus. le grain fantaisie que j'avais avant, les pastilles d'humour potaches de Commandeur ou Chameroy n'y sont pas, les rires de la meneuse jeu qui s'écroulait de rire devant les imitations approximatives de Canteloup non plus et le rythme semble proche mais ce n'est pas tout à fait ça. Pour autant, cela s'écoute ... c'est un peu comme quand on a perdu quelque chose qu'on aimait bien et qu'on se fait à l'absence.

Tto, qui écoute