Aphorismes 'n blues

Je m'étais longtemps demandé si un carnet ne serait pas utile ... j'avais tellement ragé de ne plus me souvenir d'un titre, d'une tournure de phrase, d'une idée aussi fugace que lumineuse sur l'instant. En toute prétention, je m'étais dit qu'il était vraiment dommage que je ne puisse pas faire profiter de traits de génie [dont je rassure mes contempteurs, qui reprennent de la vigueur ces derniers temps, au sujet de leur rareté].

Oh des carnets et des cahiers souples, j'en ai acheté et finalement, je les entrepose au fond d'un tiroir. Certains ont des couvertures incroyablement géniales, d'autres sont d'une banalité confondante. Le fait est que je ne les utilise pas !

Aussi, dernièrement, je me suis souvenu qu'en vacances, j'avais pris l'habitude de noter des choses dans mon téléphone : des texto que je m'envoyais à moi-même, des mails aussi ... et puis un bloc notes, tout simplement. Pourquoi diable ne pas procéder ainsi finalement ?

C'est bien ce que j'ai fait cette année et mardi soir, je suis allé voir ce que j'avais consigné cette année. Et quand je vois les saillies collectées ici et là, je me dis que c'est un bien beau gâchis que de ne les avoir pas exploités ces aphorismes dans des billets dont la profondeur est variable mais l'intérêt consiste à donner à réfléchir. Il faut dire que j'ai été un peu pris par des problèmes personnels, des vagues à l'homme divers, une actualité brûlante parfois qui me rattrape [tu vois, je n'avais pas du tout prévu d'écrire un réquisitoire sur Gérald Darmanin mardi matin ... bah non] ou que sais-je encore.

Oui, il s'agit probablement d'aphorismes dont le trait est probablement moins fulgurant que ceux du Maître Wilde [dont on commémore à deux jours près la condamnation pour délit d'homosexualité le 25 mai 1895]. S'il y a bien une gourmandise intellectuelle des plus jouissive, c'est bien de lire les aphorismes d'Oscar Wilde. Moi, je ne prétends aucunement m'y comparer, je me persuade simplement que la figure de style en question est délicieuse et je m'y adonne donc. Pour mémoire, l'aphorisme est un bref énoncé résumant une théorie ou un savoir, bref une vérité première. 

L'aphorisme est donc un énoncé autosuffisant qui peut être lu, compris, interprété sans faire appel à un autre texte. Cette pensée qui autorise et provoque d'autres pensées, qui fraye un sentier vers de nouvelles perceptions et conceptions ne doit cependant pas être assimilée à un proverbe ou la maxime : l'aphorisme se fonde au contraire sur des propositions antithétiques, contrairement à la maxime qui met en scène le paradoxe. Usant donc de la contradiction, de la symétrie, du parallélisme ou encore de l'antithèse, l'aphorisme vise le péremptoire, se présentant comme un énoncé autoritaire et fermé.

Je n'infère pas être auteur d'aphorismes mais j'y vois le double avantage suivant : chaque aphorisme m'offre un titre rêvé et permet, quasi instantanément, de saisir le propos qui sera le mien dans un nombre insupportablement inutile de lignes superfétatoires voire artificieuses. C'est que j'ai ce petit défaut lassant : je tire la ligne ... comme Balzac, ce qui m'exaspère pourtant particulièrement chez lui. Sauf que moi, je ne suis pas payé à la ligne comme il l'était.

En remontant donc la liste de mes aphorismes, j'en suis venu à me dire que je n'aurai jamais le temps suffisant de faire un billet avec chacun d'eux. "Qu'importe, j'en garderai pour la saison prochaine" me suis-je dit ensuite, comme pour me rassurer. Sauf qu'à ce jeu-là, je manque toujours des occasions de dire des choses au bon moment, remisant à plus tard des impulsions qui auraient été plus appropriées si elles avaient jailli moins tardivement. C'est le lot de brouillons que je traîne ici et que je déstocke parfois, faisant que certains billets tombent un peu comme le cheveu dans la soupe ou le poil dans la bouche.
C'est l'inconvénient de la démarche que j'assume, celle d'écrire ici un journal de vie tributaire d'une inspiration moins capricieuse qu'on l'imagine mais qui m'expose aux aléas de trous d'air dont je me prémunis en mettant de côté certaines idées.

Dans mes notes aphorisantes, il y a des choses que je regrette de n'avoir pas expliquées plus tôt, comme celui qui veut que le confinement imposé depuis 2020 est une répétition générale de ma vie de couple lorsque je serai à la retraite, la vigueur en moins. Il en est d'autres plus sociétales, politiques voire universitaires surgissant à la faveur de digressions plus ou moins intellectuelles ... certaines prétentieuses, d'autres affligées pour autant qu'elles ne soient pas affligeantes.
Oui, je ne parviendrai pas à tout écluser d'ici la fin de la seizième saison d'UNE VIE DE TTO, ce qui, finalement, te donne la garantie d'une dix-septième. Oui mais ça, c'est me démontrer trop facilement une naïveté coupable ...

Tto, qui, comme le miroir, réfléchit mais moins fidèlement