C'est la rentréeAyé ... il est complètement dingue vas-tu te dire ! Hier il annonce l'été et là, paf !!! Il nous sort que c'est déjà la rentrée ... l'insolation n'est même plus une hypothèse, c'est certain et il faut se demander si l'internement psychiatrique ne serait pas du ressort de l'absolue nécessité.

Pourtant, lecteur estivaleur, je te l'assure : c'est bien la rentrée aujourd'hui et j'en suis même si persuadé que j'ai assisté à la préparation du cartable et tout et tout !

Aujourd'hui, c'est la rentrée pour Zolimari. C'est bizarre d'ailleurs et cela nous a fait bizarre à tous les deux : depuis le 28 janvier, il était à la maison. Le 1er juillet, il retourne au travail, pour entamer une nouvelle aventure.

Ah oui, je n'en ai pas dit grand chose parce que la période n'était pas aisée mais une nouvelle page se tourne ce matin. Zolimari est parti rejoindre une nouvelle boite. Enfin "nouvelle" ... c'est vite dit.

Le 28 janvier dernier, je savais déjà que l'année serait lourde en bouleversements ... je n'imaginais pas à quel point ce sentiment serait prophétique ni dans quelles largeurs il faudrait entendre tout cela. Exténué, balayé par le doute, épuisé de pression, j'ai pris ma grosse voix pour lui intimer l'ordre de cesser de bosser dans une boite qui n'était pas si toxique mais qui l'obligeait à collaborer avec une femme frustrée qui l'était assurément. Quand on en est à compter les jours où il ne rentre pas en pleurs du travail, c'est qu'il y a urgence. Il a donc fallu le violer pour qu'il impose une décision personnelle. "Tu auras du temps, à condition que tu le mettes à profit pour trouver les moyens de ne pas retomber dans ces travers" lui ai-je dit alors. Il a tenu parole et a concédé qu'il était peut-être temps de se faire aider.

Il a donc vu deux professionnels [oui parce qu'évidemment, il a été difficile de choisir en le pur analytique qui l'intéresse parce qu'il lui sort des choses qu'il n'a pas vu venir, et celle qui câline et materne tout en renforçant la confiance]. Il a aussi mis à profit cette période pour faire un vrai bilan de compétences en ne s'interdisant rien et en prenant à bras le corps cette idée qu'il était prêt à tout changer dans sa vie professionnelle. En cinq mois donc, il a été retournée dans tous les sens et s'est beaucoup concentré sur lui-même, tandis que nous étions en confinement ce qui m'a permis d'assister au jour le jour à la progression et la matérialisation des blocages qu'il refusait de voir. A cet égard, constater son désarroi profond sur un simple portrait chinois a été presque surprenant parce que je n'avais jamais anticipé qu'il était à ce point à ne pas vouloir se donner la chance d'expliquer qui il est vraiment. Le besoin vital de plaire dont je parlais ici est à ce point asphyxiant qu'il ne s'autorisait pas à exister pour lui-même mais simplement par le regard de l'autre et de ce qui lui était concédé.

Nous avons aussi beaucoup discuté à ce sujet, je l'ai retourné et pas que physiquement. J'ai mis en perspective, j'ai rappelé des choses qu'il prend bien soin d'oublier parce qu'elles ne lui sont pas agréables, j'ai attendu patiemment de le coincer sur des réflexes pavloviens et, finalement, il a avancé même si les vieux démons ont la peau dure. Il faut dire aussi que j'ai fait le grand huit avec mes propres soucis donc, oui je peux le dire, la période de confinement a été très prolifique pour nous. Une sorte de repli sur nous, nécessaire et vertueuse.

C'est dire si cela m'a fait bizarre ce matin de le voir partir, la tête un peu à l'envers avec des "J'ai pas envie d'y aller" balancés toutes les cinq minutes. Zolimari va retourner dans la boite dans laquelle il a débuté il y a 17 ans. En termes d'inception, c'est pas mal et je trouve cela très signifiant dans le sens où il a besoin de boucler un chemin, ce chemin qu'il réprouve parfois mais dont il a appris avec nos réflexions croisées à voir qu'il n'était pas seulement un chemin de croix mais aussi un chemin personnel. Son coeur de métier, il l'aime parce qu'il sait qu'il a les capacités de bien le faire ... et donc de plaire. C'est simplement qu'il ne veut plus de la pression excessive imposée par lui [et, par ruissellement, les autres puisqu'il semblait être candidat à cela] parce qu'il a compris que je n'étais pas prêt à tous les sacrifices, surtout quand j'observe que cela le détruit. "Je ne serai pas complice de ta destruction" lui ai-je expliqué un soir où il était perdu, paumé et quasi KO. Il a compris qu'on était plusieurs à voir clair dans son jeu des masques, dont lui seul est encore persuadé du caractère convaincant. Il a cru être travaillomane, il semblerait qu'il soit davantage un rêveur. Il a entendu le fait qu'il prend des habits trop grands pour lui parfois ou trop petits quand il s'agit de se restreindre. Je sais que tout cela infuse au point qu'à l'occasion de la prise de poste de ce matin et quand il a fallu parler des congés, il est retombé dans la souffrance du doute parce qu'il fallait s'imposer et qu'il avait tendance à me demander de passer après, ce qu'il ne voulait plus faire. Avec bienveillance, je l'ai aidé à négocier pour ne pas perdre la face sur une première question. Je sais que la route du rétablissement est longue mais j'ai vu aussi qu'il en a envie.

C'est finalement assez rare de voir quelqu'un qui a 40 ans se donner la chance de regarder sans complaisance ni facilité ses problèmes et évoluer dans le bon sens dès lors qu'il s'agit de les traiter. Comme je le lui ai écrit ce matin tandis qu'il était sur le chemin, je suis fier de lui, très très fier de lui parce qu'il ne mesure pas vraiment la distance parcourue depuis cinq mois. Oui, cela me fait mal au coeur parce que j'aimais bien que l'on vive l'un sur l'autre 24h/24 et 7 jours sur 7 depuis trois mois. Je sais que nous savons le faire malgré quelques accrochages et nonobstant quelques vagues-à-l'âme personnels. Lui dire que je suis fier de lui n'est pas un vain mot, c'est une réalité. Je sais que ses fragilités demeureront mais je vois, aujourd'hui, qu'il a changé d'état d'esprit, qu'il a décidé de se donner la chance qu'elles ne lui pourrissent pas sa vie. Il envisage désormais les choses suffisamment différemment avec ses parents, son frère, ses amies et amis, ses collègues pour pouvoir dire qu'il n'est plus vraiment le même. La parenthèse confinante n'était pas enchantée au sens premier du terme mais elle m'émerveille parce qu'il me prouve, une fois encore, que j'avais vu juste en lui. Je ne me suis pas trompé.

Tto, fier de son Zolimari