La nuit je morfleJe voulais titrer que mes nuits ne sont pas plus belles que tes journées ... mais après tout, je n'en sais finalement rien. Ce que je sais bien, en revanche, c'est que la mélatonine que je prends depuis plusieurs jours sinon semaines n'est plus d'aucun effet [l'a-t-elle été d'ailleurs ?] et que le sommeil se révèle être une épreuve de laquelle je ressors, chaque matin, essoré.

Croisant ici et là les témoignages des uns et des autres, ma situation n'est manifestement pas exceptionnelle mais, à bien y regarder, j'incline à penser qu'elle dure un peu trop.

Que se passe-t-il ? Oh, ces dernières heures, la tension assez maximale qui règne chez moi y est pour beaucoup mais si l'on se projette sur une période plus longue, j'entrevois surtout le même effet que les vacances produisent sans en apprécier les bénéfices : traditionnellement, quand je suis en voyages, les premières nuits sont un enfer parce qu'elles agissent comme une purge de tout ce qui m'angoisse, de tout ce que j'ai gardé, de tout ce qui me tourne autour attendant un instant de faiblesse pour me foncer dessus. Ce faisant, je me réveille épuisé, totalement dégommé par une période censée être propice au repos et qui m'aura mis en stress de la plus claire des façons. Tout y passe : le boulot, les vieilles histoires de famille, les névroses, les inquiétudes, tout. Le mérite de tout cela est finalement de faire sortir tout ce que j'ai au fond du crane et, à la faveur de journées enchanteresses, de balayer ces fantômes à la faveur du charme de ce que je dévore tous les jours.

Là, c'est pareil ... sauf que je n'ai rien pour balayer les crises nocturnes ... qui, du coup, redoublent en nombre et d'intensité. Partant déjà d'un sommeil troublé par des éléments extérieurs à moi [ronflements et spasmes n'aident pas vraiment à s'endormir de façon détendue], la nuit les chats sont peut-être tous gris mais mes rêves virent à l'obscur. C'est ainsi que ressurgissent des peurs qui viennent chatouiller ma confiance, que je me retrouve dans des situations que je fais précisément tout pour éviter dans la vie réelle, que le spectre de l'infidelité [en tous genres] me lamine, et que la mort rode.

Face à cela, les réveils sont difficiles mais j'ai encore cette chance de pouvoir les utiliser pour passer à autre chose et remiser les rêves pour ce qu'ils sont. Je te renvoie aux explications freudiennes qui valent ce qu'elles valent. Oui, le réveil sonne comme la fin du match que je pers toutes les nuits mais au moins je retourne au vestiaire ... pas comme l'année dernière où, en pleines vacances, une nuit j'ai si bien rêvé que j'avais tué quelqu'un et que j'avais dissimulé les faits que le mal-être et le maiaise m'a poursuivi pendant plusieurs jours, me plongeant presque dans des abîmes douloureux. On n'en est donc pas là encore mais je sens que ça chauffe, a fortiori depuis que j'ai repris le travail [lequel m'angoisse au plus haut point, comme j'ai déjà eu l'occasion de le préciser].

On est loin des transports bashunguesques de "La nuit je mens". Il y a deux jours, je suis mort dévoré par des chiens. La semaine d'avant, je couchais avec un mec qui ne me plaisait pas et qui se révélait être un psychopathe me séquestrant. Je m'engueule avec des gens qui sont morts depuis dix ans. Je suis tué dans un wagon de métro par un dégénéré qui m'a fait passer une nuit de torture. La liste est longue ... et je suis dans l'incpacité de la rendre exhaustive. Résultat ? Je suis crevé et, en faisant beaucoup de sport [une heure par jour à un rythme très conséquent], j'essaye de me fatiguer davantage pour profiter de cet épuisement afin de favoriser, au moins, une nuit réparatrice. Cette stratégie est un échec qui se confirme de nuit en nuit.

La période de confinement a sa part de responsabilité, charriant avec elle les angoisses et les délires de tous. C'est pourquoi, j'ai coupé le robinet à information, j'essaye de me faire plaisir à court terme pour gagner un peu d'oxygène [hier, je suis allé m'acheter des andouillettes que j'ai mangées avec des frites] dont on m'asphyxie par ailleurs [et pas que le boulot, hein !] et je bâtis une bulle autour de moi redoutant les effets dévastateurs d'un déconfinement chaotique [pour moi, cela attendra : j'ai la chance de ne pas être obligé de sortir prochainement].
Dès lors, les bons conseils consistant à m'expliquer qu'il faudrait que je dorme plus, que je me repose ou que sais-je encore sont assez inaudibles. Comme d'autres, j'essaye les systèmes de relaxation ... le seul qui fonctionne est de m'abrutir un peu plus devant des jeux vidéos.

Tto, ravagé nocturne