Les paradis perdusAvec "Aline" et "Les mots bleus", la rencontre s'était faite quand j'étais plus jeune, à la faveur d'un come-back dans les années 80 qui sonnait comme un message "Ne raccroche pas". J'avais donc cherché à qui appartenait cette voix si particulière, presque douloureuse mais perchée par des transports mélodiques si fins et étudiés qu'ils en valaient la peine.

Et puis, j'ai perdu de vue Christophe jusqu'en mars 2002 où son concert à l'Olympia fut un choc.

Chétif mais donnant le change malgré tout, c'est surtout la fin du concert qui m'a laissé sans voix. Oh certes, j'ai encore été transporté par "Les mots bleus", ceux que l'on dit avec les yeux, ceux qui rendent les gens heureux [et j'en fus en diffusant jadis cette chanson en guise de dédicace lorsque le micro me permit de passer des messages personnels]. "Petite fille du soleil", tellement bouleversante et presque déchirante, "Succès fous" bien sur ... et puis "Les marionnettes" construites avec de la ficelle et du papier, si jolies les mignonnettes qu'il nous a présentées. J'en oublie évidemment ...

Et puis, il y eut la dernière chanson. Dans une ambiance crépusculaire, la voix fragile de Christophe m'a brisé le coeur, m'a fait sombrer dans des abîmes d'émotion rarement atteintes. Christophe a touché net avec "Les paradis perdus".

Te dire que je n'ai pas pleuré serait mentir, t'expliquer qu'on est déjà parvenu à provoquer une émotion comparable depuis en concert le serait tout autant. L'intro de "La Dolce Vita" m'arrache autant les tripes malgré les années mais "Les paradis perdus" est une chanson avec laquelle je me sens parfaitement en symbiose.

Dans ma veste de soie rose
Je déambule morose
Le crépuscule est grandiose
Peut-être un beau jour voudras-tu
Retrouver avec moi
Les paradis perdus
Il est parti ce dandy un peu maudit, un peu vieilli, dans ce luxe qui s'effondre, te souviens-tu quand il chantait, dans les caves de Londres, un peu noyé dans la fumée ce rock sophistiqué.
Bandits un peu maudits, un peu vieillis, les musiciens sont ridés ...
Dans "Les mots bleus", Christophe nous avait prévenu : le vent d'hiver souffle en avril. C'était couru.
L'oiseau réputé de nuit [puisqu'il se couchait vers 9h du matin] s'en est allé dans l'épaisseur de la pénombre.
Alors merci Christophe, merci pour tous ces mots, bleus et autres
Les mots qu'on dit avec les yeux et puisque parler me semble ridicule, je m'élance et puis je recule ...
Devant une phrase inutile qui briserait l'instant fragile ... d'une rencontre.
 
Tto, infiniment triste