Et de trois

De l'allemand "Krach" qui signifie bruit, potin, craquement, l'effondrement boursier que l'on désigne par l'expression krach est apparu après l'effondrement de la Bourse de Vienne, le 9 mai 1873. En fait, l'expression est parfois utilisée n'importe comment donc il convient de revenir un peu aux fondamentaux : de quoi s'agit-il ?

C'est un effondrement brutal et spectaculaire des cours des actions cotées en bourse et plus généralement des valeurs mobilières sur un marché financier. Si l'on parle également de krach dans l'immobilier, c'est surtout sur les marchés financiers que l'on utilise l'expression et la situation se rencontre du fait d'un afflux massif d'ordres émanant d'investisseurs prêts à vendre leurs actions à n'importe quel prix. Si la chute peut se dérouler sur une ou plusieurs séances de cotation, le terme krach est utilisé lorsque les cours baissent de plus de 20% en quelques jours. Et donc ... fatalement depuis hier les jeux sont faits : 2020 sera une année de krach puisque le CAC 40 s'est contracté de plus de 20% depuis le 1er janvier 2020 et même de plus de 20% en un mois glissant. La correction est telle que la séance d'hier à -8,39% enfonce le clou d'un carnage de valeurs qui laisse des opportunités d'achat incroyables. Oui oui, il y a d'ores et déjà de bonnes affaires à faire.

Le Covid-19 sonne donc le glas d'une bulle spéculative et probablement d'une croissance de l'économie mondiale correspondant à la hausse [un peu artificielle récemment] des cours des actions sur à peu près tous les marchés alors que les risques géostratégiques sont majeurs, que la production de valeur est décorrellée de l'augmentation des cours de sorte que la phase dite d'euphorie vient de cesser et d'ouvrir la phase dite de panique. Ceux qui ne voient dans la bourse qu'un gigantesque casino se réjouiront que les flambeurs soient corrigés ... le seul problème c'est que les conséquences économiques et politiques peuvent être plus graves et généralisées si, du fait de la détérioration de leurs actifs, les entreprises renoncent à leurs investissements et si les banques ne financent plus le système productif. Quand on regarde à quel point les valeurs bancaires ont été massacrées ces derniers jours [et je ne parle pas des valeurs énergétiques], on y fonce tout droit !

Glissades SP500

Avant de recoller à mon histoire personnelle, je me permets de rappeler que le krach n'est pas un phénomène nouveau ni qui date de 1929 ... En 1636, le premier krach a été causé par l'effondrement des cours des bulbes de tulipes en Hollande. En 1720, c'est la Compagnie du Mississipi de John Law qui en créé un. En 1873, c'est la chute de la Bourse de Vienne, qui s'étend ensuite à l'Allemagne et aux États-Unis. Bien sur, en 1929, le fameux jeudi noir à Wall Street est historique et précède la grande dépression des années 1930, le krach étant lié à une crise de surproduction. En 1987, rebelote au cours d'un lundi noir à Wall Street le 19 octobre où l'on enregistre des scores abyssaux. En 1997, c'est du côté des bourses d'Asie du Sud-Est que le krach arrive et contamine toute la planète. En 2001-2002, l'éclatement de la bulle Internet corrige sévèrement les marchés. En 2008, c'est le krach de la bourse islandaise qui, avec celui de l'immobilier américain dopé aux produits structurés [dits "subprimes"] précipitent les marchés dans l'abîme ... le 6 octobre 2008 les indices boursiers dévissent. En 2011, on recommence avec un krach des bourses mondiales au coeur de l'été.

Tout ça pour dire que des krachs, j'en ai déjà connu en étant à l'intérieur de structures financières systémiques et c'est toujours la même chose. Personne ne le voit venir, tout le monde est en mode Zébulon le jour où ça craque et prévoit l'apocalypse pour, deux jours plus tard, revenir au fameux "Business as usual" sans vraiment prendre la mesure du choc. L'inculture financière est vertigineuse mais, par ailleurs, m'amuse parce qu'elle m'autorise à avoir un peu d'avance et comprendre ce que d'autres refusent de voir parce qu'il est plus simple de rester sur l'écume des choses. Au surplus, je demeure un actionnaire porteur d'actions que je choisis depuis bien longtemps et je peux me féliciter de bénéficier de plus-values latentes depuis que j'ai investi. La bourse n'est pas un casino, c'est un placement de long terme avec lequel il convient d'avoir un peu de patience et surtout un peu de nez. Récemment, je me demandais ce que j'allais faire des 2.000 € de dividendes accumulés depuis quelques années ... j'avais bien envie de jouer sur du TF1 ou du Lagardère, voire me renforcer sur du Engie. Et puis ... j'ai regardé deux trois choses et j'ai acquis la conviction que la correction était pour bientôt : je ne me suis pas trompé, tout comme je pense qu'il serait illusoire de penser que la seule journée d'hier serve de purge à une bulle qui est encore bien haute. Il va y avoir des répliques, c'est évident et je participe de l'idée que ce n'est pas vraiment une bonne nouvelle [la seule externalité positive étant que cela complique radicalement la réélection de Donald]. Paniqué hier ? Non ... quand tu en es à ton troisième krach, tu apprends clairement à dominer la chose et regarder les choses sereinement même si, comme je te le disais la semaine dernière, la situation est des plus inquiétantes structurellement.

Tto, homme d'actions