Les moments de véritéIl faut bien que je te l'avoue : la période est particulièrement intéressante avec Zolimari en ce moment. 

En dépit de circonstances professionnelles particulières [dont je reconnais avoir provoqué l'irruption compte tenu de son état catastrophique], il respecte le deal que nous avons conclu et s'occupe finalement de tout ce dont il a à s'occuper. Du coup, il en résulte un changement radical sinon total de notre vie commune. C'est curieux d'ailleurs de voir à quel point son travail avait perverti tout un tas de choses et que le fait qu'il se recentre sur lui, qu'il affronte certaines difficultés débloque carrément plein de choses ... et notamment notre capacité d'échange(s). Ah oui, il y a bien un "(s)" à ajouter parce que j'ai retrouvé celui que j'avais connu et je m'en suis particulièrement fait la réflexion dimanche matin quand il a commencé son petit cinéma auquel j'ai coupé court en provoquant une discussion horizontale. 

En parlant de sa vie d'avant moi, de ma vie d'avant moi et de ce que nous en avions fait, nous sommes tous les deux arrivés à la conclusion indubitable que non vraiment, nous ne regrettons rien de tout cela quand on voit ce que nous avons aujourd'hui.
Alors que je lui expliquais que j'avais peut-être fait des erreurs jadis en matière de coucheries et autres, il a d'abord nié en avoir fait aussi pour ensuite m'avouer [de façon relative ... puisqu'il ne se souvenait pas me l'avoir déjà dit] qu'il n'était pas très fier de quelques autres choses. 

"Oui mais noooooon, je ne veux pas en parler parce que ça te rend jaloux et ça fait du mal pour rien" m'a-t-il lancé comme à chaque pour s'abriter derrière quelque chose qu'il créé pour esquiver mes questions. C'est comme ça, je ne le referai pas. Sauf que cette fois, comme j'y suis allé franchement en lui lâchant des choses que j'avais probablement éludé avant, la porte s'est ouverte.

S'en est suivie une discussion assez rare [donc de valeur parce que ce qui est rare est toujours d'une valeur importante] où j'ai senti qu'enfin, il trouvait un peu de sérénité dans l'évocation de passages de jeunesse ou d'avant moi ... comme s'il avait moins peur d'être jugé. Parce que c'est récurrent chez lui : être jugé est terrible.
Ainsi, chemin faisant, nous avons évoqué plusieurs éléments réputés être initiatiques quand on est un jeune homme qui aime le corps d'autres hommes. Loin de provoquer chez moi la moindre jalousie [puisque je considère que ce qu'il a fait avant ne mérite clairement pas d'être jugé pour autant que cela ne rejaillisse pas sur notre histoire ... d'où le fait de trouver salutaire de ne rien regretter d'avant], j'ai trouvé même très agréable de lui expliquer que oui, je n'avais pas trouvé très glorieux de ma part d'aller m'envoyer en l'air dans une forêt en pleine nuit ou d'avoir fait des plans à plusieurs avec des gens dont je savais bien dès le départ que cela ne fonctionnerait pas, d'avoir pris des risques juste comme ça pour baiser, d'avoir joué avec les sentiments de certain(e)s par lâcheté, etc ... Oui, j'ai déballé pas mal de choses et cette discussion entamée vers 8h20 du matin, ce dimanche matin, nous a conduit jusqu'à 10h40 à un moment où la faim nous a fait lâcher le fil ...

Ces moments de vérité sont, pour moi, d'une intensité telle que j'en ai été tout retourné. Très heureux bien sur parce que le terrain est assez vierge avec lui, parce qu'il n'autorise quasiment personne à s'y aventurer [je suis parfaitement conscient d'être le seul à être allé aussi loin en la matière], même pas lui. Cette façon de mettre en pratique le "relax, take it easy" de la chanson lui fait du bien, me fait du bien, nous fait du bien parce qu'il comprend [avec du temps ok, mais avec lui tout prend du temps et je sais bien que notre histoire tient beaucoup à ma capacité à patienter que la petite graine plantée un jour bourgeonne] que loin de le juger, je l'aide à mieux vivre ce qui l'encombre et qu'il trouve aujourd'hui si naturel. C'est d'ailleurs ce qu'il m'a dit un jour : il a de la chance de m'avoir trouvé et ne veut plus me lâcher parce que j'ai rendu sa vie plus simple. Il n'en est pas à me dire qu'il la trouve normale, il la trouve moins oppressante parce que je lui montre qu'il peut ne pas se cacher tout le temps du regard des autres mais également du sien. Dérivant sur ce que ses thérapeutes évoquent avec lui, il m'a plusieurs fait remarquer que j'arrivais aux mêmes conclusions qu'eux, aux mêmes diagnostics ... que finalement, la solution il l'avait sous les yeux depuis si longtemps. Sauf qu'il est nécessaire qu'elle ne vienne pas de moi et ce fut l'un de mes messages [avec le constat évident selon lequel nous n'avons pas la place, dans nos vies, d'avoir des enfants, ce qu'il a admis] : je sais exactement où il va arriver au terme de ce transport avec lui-même, je l'attends même à cet endroit parce que je sais aussi que, libéré de tout u tas de choses [comme en ce moment], nous sommes faits l'un pour l'autre.

Tto, qui adore déboutonner Zolimari