DécennieAutant hier je t'ai fait le recap de l'année 2019, autant aujourd'hui il est grand temps de procéder au récap de la décennie qui fut riche comme je te l'indiquais ici.

Mais finalement, si je ne devais retenir qu'un seul élément par année, quel serait-il ? Exercice périlleux s'il en est ... et surtout bien difficile. Exercice salutaire pour en finir avec la décennie 2010.

pantone 2010

2010 avait donc commencé en couleur turquoise, pas forcément celle que je préfère mais au moins cette année là fut indiscutablement celle du premier pas vers l'union : le 23 juin 2010, Zolimari et ton serviteur ont fait le choix de se pacser. Qui aurait parié, deux ans plus tôt sur une telle issue alors que ne prédestinait à cela ? Qui ? Moi ... j'y ai toujours cru et je me suis battu. Aussi, ce matin là de juin 2010, j'avoue avoir été fier de moi même si Zolimari a fait, comme d'habitude, ce qu'il sait faire de mieux : ce qu'il veut. Le bilan de 2010 suppose également d'autres choses mais c'est vraiment, pour moi, l'événement marquant de cette année là.

pantone 2011

Année à sucer du miel avait décidé Pantone ... 2011 ne le fut pas à l'évidence et fut remuée de bouleversements. C'est l'année où j'ai changé de travail, où j'ai pris très cher ... mais c'est surtout l'année où je suis devenu Ttoton pour la première fois. Une arrivée comme celle-là n'est jamais neutre et c'est peu de dire qu'elle chamboule tout sur son passage, les équilibres d'avant étant balayés par le fait qu'un enfant ça prend une place considérable ... a fortiori quand on amplifie la chose. La vertu de tout cela ? Remettre un peu de vie là où cela commençait à se voir, et surtout remettre certaines priorités à leur exacte place dont elles n'auraient pas dû bouger. Comme le boulot ... en 2011, à la faveur d'une page de dix qui s'est tournée, j'ai été confronté à nouveau au harcèlement mais celui-ci fut plus sournois. La perversité narcissique est finalement plus compliquée à gérer que l'opposition frontale aux termes de laquelle on te roue de coups et on t'insulte de "sale pédale rouquine" dans une cour de lycée, devant les rires de ceux qui se défoulent. Oui, cela te surprendra peut-être mais, à l'exéprience de 2011, j'ai préféré la seconde à la première parce que la première m'a altéré, déconstruit, fait douter de ce dont je doutais peu voire pas du tout. La fin de 2011 annonçait une année suivante bien lourde également mais déjà, parce que je me revois en pleurs au volant de ma voiture, garé dans ma rue, en train d'expliquer à Zolimari toute la difficulté de mon état, les germes de quelque chose étaient en voie de pousser. C'est pourquoi oui, l'arrivée d'une Ninette a permis de balayer beaucoup de choses. Le bilan de 2011 était riche mais d'une intensité parfois trop forte ...

pantone 20122012 devait être l'année "pas de la loose" et à certains égards, elle le fût même si la difficulté d'arpenter le chemin permit de la rendre mémorable elle-aussi. Que retenir de cette année là dont le bilan semblait clairement contrasté ? Un changement de fonction mettant fin de la plus éclatante des manières au harcèlement ? La découverte des Cyclades ? Le changement de Président de la République ? Ma demande en mariage éconduite ? Du retour de mon père à Berlin ? Non, je retiens finalement autre chose, un truc tout bête prononcé un soir où tout allait mal parce quelqu'un qui m'a fait énormément de bien alors que je m'entête à ne pas suivre à la lettre ce qu'il m'a conseillé de faire. Lui, c'était mon ostéo qui m'a retrouvé dans des situations incroyablement compliquées et qui, sans le moindre geste brusque ni la moindre velléité de faire craquer telle ou telle vertèbre, m'a dit un soir en soupirant : "Vous savez Tto, il y a une chose qu'il faut bien que vous compreniez : tout assumer pour tout le monde et tout garder pour vous n'est pas une solution durable. Si je peux vous donner un conseil, c'est de vous assigner à êtrre modeste avec vous-même. Oui, soyez modeste avec vous-même." En quelques mots, il a touché juste, il a renversé la table de mes certitudes et d'un mode de fonctionnement basé sur l'épreuve de force avec moi-même. En quelques mots qui résonnent encore dans ma tête quand je sens que je dérape, il m'a donné la solution pourtant difficile à mettre en oeuvre quand on est habitué à être celui qui est en titane, celui qui ne s'écroule pas, celui qui résiste à tout. Être modeste avec soi-même, c'est déjà être humble avec soi-même et déconstruire la charge mentale qu'on te met sur les épaules indirectement. C'est commencer à dire ce qui ne va pas, c'est rappeler qu'il y a des lignes à ne pas franchir ... et c'est en 2012 que j'ai commencé à employer souvent l'expression "Je ne suis pas un paillasson" ... si tu m'as croisé depuis, tu as certainement noté que je ne manque jamais une occasion de le dire, comme pour m'en persuadé moi-même. Diva un jour, diva toujours !

pantone 2013

L'émeraude symbolise l'espérance et le renouveau. C'est la pierre de la sagesse qui favorise le discernement, la vérité. L'émeraude est aussi la pierre de l'amour comblé. Tout un programme pour cette année 2013 ... j'écrivais dans le bilan de 2013 "Zolimari ... Ah oui, le mien. Tout n'est pas harmonieux tout le temps, la friction fait partie du quotidien mais elle est inhérente à la vie de couple, a fortiori entre deux garçons qui ont du caractère mais qui s'aiment. Parfois, des discussions sont difficultueuses mais on en sort toujours par le haut, avec les sentiments et l'envie de ne pas fragiliser ce qui nous unit. Oh, nous ne sommes pas d'accord sur tout, nous n'avons pas la même aisance à propos de tout, il a des atouts que je n'ai pas et inversement et pourtant, une année avec lui est encore passée trop vite. Nous voulions nous marier à Las Vegas pour le fun [mais je lui ai signalé que certains obstacles juridiques rendaient la démarche un peu inutile], nous le ferons peut-être un jour. Il me parle parfois d'enfant pour me tester, il a ma réponse. On fourmille de projets, d'envies [y compris d'envies l'un de l'autre comme au premier jour], de souhaits et d'amour, le meilleur carburant qui puise nous garantir de continuer comme ça. Qu'on ne se comprenne pas ponctuellement arrive, on en tire souvent les enseignements pour corriger le tir ... moi, je sais juste une chose : il n'est pas rare que nous nous envoyions des textos l'un à l'autre en même temps et nous nous comprenons sans dire un mot, avec la complicité de l'étincelle que l'un et l'autre nous trouvons dans les yeux de celui que nous aimons. En 2013, elle m'a aidé cette lumière, j'ai beaucoup compté sur lui pour me maintenir à flots, pour m'aider à surpasser le désarroi qui fut plusieurs fois le mien. Zolimari a répondu présent comme j'espère l'avoir fait pour lui." 2013 n'a pas été une année facile mais Zolimari m'a rassuré parfois avec "un orgasme si violent qu'il me contraint à m'effondre sur lui et plonger alors dans une communion apaisante dont je boirais le nectar jusqu'à la fin de mes jours si je le pouvais ...". Tout est dit.

pantone 20142014 fut contrastée ... d'un côté des voyages toujours plus incroyables et de l'autre le fil de la lame qui se rapproche si près que l'onde figure presque le contact. L'Australie ou la Croatie/Monténégro ? Oh bien sur c'est fantastique mais de 2014, je ne retiens pas non plus les fâcheries et les insultes. Je retiens un épisode : "Parce que oui, je ne peux pas refermer le livre de l'année sans me dire qu'on a échappé aussi à quelques catastrophes. Zolimari et moi avons failli faire ce que nous ne voulions pas faire, pour des bêtises, un trop plein de solitude et d'incompréhensions. La rupture d'une harmonie ne vaut que si on laisse à la discorde la place imméritée qu'elle exige ... nous avons réussi à surpasser cela et je crois que nous sommes désormais plus forts qu'auparavant, comme un chemin initiatique foulé et qui, à chaque pas, nous donnent l'occasion de nous dire que nous sommes plus forts qu'avant. Se perdre aura fait prendre conscience aux deux pacs-men que nous sommes encore qu'il n'y a pas de questions si les réponses sont déjà connues et nous savons chacun que nous sommes la réponse de l'autre à tout. Pour quelques paroles malheureuses et un détournement persistant malgré les alertes, tout a failli partir et c'est en touchant du doigt la fragilité de ce que l'on pensait inaltérable que l'on acquiert la certitude de devoir le préserver du plus profond de ses tripes."
Autant le dire, je n'ai pas aimé 2014 mais à la réflexion, c'est une année qui a permis d'être une seconde fois Ttoton, qui m'a fait mûrir, qui m'a donné le sentiment d'une place et d'un ordre dans ma conception des choses avec ma vie professionnelle, avec celui avec lequel je vivais, avec les choses dont j'avais besoin ... avec ma vie. Le tourbillon des années précédentes venait de cesser pour laisser place à un peu d'apaisement, dans une certaine douleur j'en conviens.

pantone 2015

L'année du Marsala, du vin cuit au goût d'amande et qui est sucré à l'excès ? Allons bon ... il ne faut pas exagérer tout de même ! 2015, comme je l'expliquais dans le bilan de ladite année, c'est une année en 5 et les années en 5 sont des années que je n'aime pas. Paradoxal isn'it quand on est né au cours d'une année en 5 ? Il se trouve que 1985 a été un cauchemar, 1995 n'a pas été meilleur et 2005 ne fut pas à mettre au Panthéon non plus. 2015 allait infirmer la tendance ? Ce fût l'année de l'épreuve. Des problèmes de santé, des problèmes de boulot, des envies contradictoires ou que sais-je encore ... non, je n'aime pas les années en 5 ! Que retenir de 2015 ? "La toxicité" ... c'est le mot qui est le plus revenu dans ce que j'ai relu de l'année pour préparer ce billet. La toxicité, c'est fort mais c'est le constat implacable que j'ai dressé ...  "Qui agit comme un poison" parce que j'ai eu l'impression au gré des différentes épreuves d'être celui à qui l'on inoccule un poison, lentement mais sûrement. Le corps a commencé à me lâcher, j'ai grossi pour compenser la difficulté d'avoir à assumer tout un tas de choses probablement trop lourdes pour moi ... le boulot oui, la découverte de faits troublants dans le comportement de Zolimari aussi, d'évidentes maladresses ... le poison s'est instilé et ma patience s'est évaporée. Non vraiment, 2015 je n'ai pas aimé.

pantone 2016 doubleEn 2016, il y avait deux couleurs de l'année figure-toi ! Une rose et une bleue ... certains y voient le signe que tout le monde sera content, moi j'ai toujours considéré que c'était le signe d'une duplicité, d'une absence de choix ... bref d'une évidente instabilité. 2016 tu t'en souviens ? Moi, assez peu ... je sais que nous sommes allés pour la première fois dans l'un des pays que j'avais le plus envie de visiter au monde et je n'ai pas été déçu : la Nouvelle-Zélande. De 2016, je retiendrai donc cela parce que, figure-toi que les choses sont bien faites, 2016 est une année pour laquelle je n'ai pas fait de bilan ! Impossible de te dire ce que j'en ai vraiment pensé ... outre que j'ai été émerveillé par la Nouvelle-Zélande qui demeure un pays dans lequel j'adorerais vivre. Bon, c'est glamour à souhait j'en conviens mais voilà, c'est déjà moins déprimant que 2015 ...

pantone 2017

2017, c'est l'année verte ... et c'est l'année mémorable. Bon bah, on va faire simple et dans la mesure : c'est l'année du mariage ! Oui, je me suis marié en 2017. J'ai fait ce que je pensais ne jamais faire et heureusement ! "Le "Oui" de juin ne sera jamais altéré mais je le remercie d'exister sinon je pense que j'aurais eu du mal à affronter le reste parce que le rouleau compresseur de la vie professionnelle, de la vie médicale, de la vie amicale, de la vie sentimentale aurait bien pu m'en décocher une plus forte que les autres et aurait pu me mettre par terre. Au lieu de cela, le genou plié, j'ai affronté la tempête. Pas certain que je les ai toutes passées, mais à chaque année suffit sa peine." C'est marrant quand même de se dire que lorsque j'ai tiré le bilan de l'année 2017, je n'ai pas été plein de joie et d'allégresse. Le mariage a remonté le bilan d'une année clairement compliquée faite d'une hospitalisation en urgence pour nous deux quelques semaines après la joie de l'union [certains, dont je participe, y voient un lien qui trouve sa cause dans l'énorme pression engendrée] ... mais voilà, en re-regardant encore il y a quelques jours les photos et quelques films de ce début du mois de juin, je suis toujours autant ému. Ému parce que l'authenticité voulue était au rendez-vous et parce que cela nous ressemblait. Il y eût toute l'émotion que j'attendais, toute l'intensité aussi et c'est finalement ce que Zolimari aura réussi : me réconcilier avec le mariage.

pantone 2018Plus violette que 2014 puisqu'elle fut ultra, cette année là se résume à une seule chose qui m'a profondément changé : l'Antarctique. Difficile de résumer 365 jours à 23 mais il faut tout de même le dire et le rappeler : c'est le voyage d'une vie et je suis heureux d'avoir dit oui à Zolimari lorsqu'il a voulu que nous fassions de l'Antarctique notre voyage de noces. Oh certes, cela coûte plusieurs organes et c'est écologiquement contestable [encore que ...], mais ce voyage n'est pas simplement un atelier selfie devant la banquise ou une mise en scène permanente avec des manchots. C'est aussi une approche du monde. Jamais je n'avais pris conscience de la beauté de paysage inexplorés par l'homme, de l'intensité des éléments, d'être perdu à ce point au milieu de la mer voire de fouler des terres sur lesquelles je ne suis pas le bienvenu parce qu'appartenant à la race supérieure. J'étais chez d'autres, j'étais remis à ma place violemment et c'est très bien ainsi. Les mots et les images sont parfois bien inutiles pour faire passer une idée ou une sensation. Ce voyage en fut la preuve, éclatante et définitive. Oui, l'année 2018 se résume à l'Antarctique.

pantone 2019

Et on finit la décennie par 2019 dont j'ai fait le bilan hier ... une année pas forcément extasiante mais une année où j'ai réussi à trouver une porte de sortie dans le tunnel professionnel où j'étais bloqué depuis 2013. Avec cela, la reconnaissance [fugace, j'en suis bien lucide] et la considération sont venues et ce n'est pas désagréable, crois-moi. Sauf que ... l'année 2019 ne se résume pas à cela. Ce fut une année tactique : oui, j'ose le mot. Tactique parce qu'il a fallu peser tout un tas de mots, d'attitudes et même faire preuve de beaucoup de mesure ... tant au plan personnel, professionnel, amical et amoureux. C'est curieux d'ailleurs de voir dans le bilan de cette année autant de choses euphémisantes ... du plus et du moins à la fois, du "en même temps" partout comme si l'équilibre était à trouver non pas dans la symétrie que j'affectionne tant mais dans une composition simultanée des contraires. 2019, c'est un peu ça : davantage de reconnaissance de mon travail parce que j'ai accepté de le quitter et de me mettre en danger en en faisant un autre. Davantage de bonheurs à deux tout en ne laissant plus rien passer et en provoquant des recadrages. Davantage d'authenticité avec mes amis tout en faisant le ménage de ceux qui ne tiennent pas les promesses des mots qu'ils emploient. Un étourdissement de sensations en s'interdisant d'en profiter du fait d'arbitrages. La culture du paradoxe est finalement tombée comme une évidence : vouloir maigrir à marche forcée alors que je suis plus rassurant en étant plus rond. Vouloir améliorer plein de choses tout en agitant le cocotier et donc en ajoutant de la confusion. Il n'y a pas de recette magique ... 2019 aura tenu sa promesse initiale de changements, d'ajustements et de mises en perspectives.

Voilà donc la décennie qui s'achève et avec elle le sentiment que tout n'est pas rose, tout n'est sucré, tout ne procède pas de l'affichage d'un bonheur insolent d'inconsistance. En terminant ce billet et alors que la décennie s'achèvera dans douze heures, je me dis que j'ai la vie que je voulais avoir, avec quelques suppléments agréables et d'autres qui le sont moins. J'ai la chance d'avoir ce que d'autres n'ont pas, mais je me garde bien d'en faire un étalage indécent même si je me refuse d'en être honteux. De 2010 à 2019, j'ai changé bien sur mais pas tant que cela. J'ai mûri incontestablement, je me suis assagi aussi, j'ai compris, j'ai admis ... j'ai aussi refusé, j'ai dégagé, j'ai composé, j'ai expliqué, j'ai parlé et j'ai résisté. Au terme de la décennie, je crois que je suis un peu plus fatigué, un peu plus usé mais un peu plus accompli. Je suis fidèle à ce que je dis, je suis fidèle à lui, je suis fidèle à mon idéal : celui de ne rien regretter parce que la vie est si courte que j'exècre de ne pas pouvoir en profiter autant qu'on me le permet. La précarité du bonheur et des équilibres est telle que, plus que jamais, carpe diem.

Tto, himself