L'homme aux mots

Je ne suis pas le seul mais je suis un homme aux mots.

Oui, les mots ont un sens et je n'aime rien de moins que l'emploi de mots de façon inconséquente, j'en ai déjà parlé mille fois. Si j'attache une importance capitale à respecter la parole donnée [et finalement faire ce que je dis, mais aussi dire ce que je fais], je suis également particulièrement sensible au fait que, parfois, je suis destinataire de certains mots.

Bien sur, on me prête beaucoup de superficialité, de l'homophobie, une certaine répulsion pour les emportements partisans ou que sais-je encore. Quand je vois d'où viennent ces douceurs, je t'avoue ne m'en porter que mieux. Les petits marquis de cercles au moins autant nombrilistes que moi ne sont qu'une onde minable qui trouble fugacement la surface d'un lac de sérénité dont je me repais. Parce qu'en fait, il se trouve que d'autres échanges me nourrissent et me contentent.

Je n'envisage pas qu'il puisse s'agir de flatteries pour lesquelles je suis assez hermétique [je préfère mille fois les flatteries physiques aux mots factices prononcés pour tenter d'infléchir ou d'amadouer ... ], je ne vise ici que les paroles écrites par deux proches qui m'ont touchées en plein coeur et qui sont tombées exactement au moment où il fallait me donner un peu d'air.

"Je t'aime", je l'ai reçu un matin, tandis que je déambulais dans la rue de bon matin, me demandant ce que la journée commençant aller bien pouvoir me réserver comme surprise. Oh, pas de méprise ... il ne s'agissait pas d'une déclaration [du moins, je ne l'ai pas pris ainsi] mettant en jeu ma vie sentimentale et maritale ... non, il s'agissait de répondre à quelques mots publiés qui faisait référence à la profondeur de notre relation alors que nous sommes tous deux des misanthropes invétérés. Tous deux, nous accumulons les déceptions, les bévues, les premières impressions qui se confirment ... on confronte, on se rassure et parfois, on diverge mais on se retrouve régulièrement. Du coup, son "je t'aime" m'a fait chaud au coeur parce que je en l'attendais pas et surtout que je n'avais pas écrit ce que j'avais écrit pour le provoquer. Au surplus, je sais qu'elle et moi avons beaucoup de pudeurs à exprimer ce que nous pensons vraiment, le vernis craquant parfois au gré de certaines circonstances ou opportunités. C'est pour cela que, sachant qu'elle n'emploie pas des mots à la légère, cela m'a touché parce que je sais exactement ce qu'il faut y mettre derrière [ce d'autant que je suis à l'écoute des signaux faibles qu'elle envoie parfois].

"Putain, mais qu'est ce que j'aurais donné pour être à sa place !", c'est ce que la dame du sud qui avine ses clients m'a balancé tandis que je lui confiais mon désarroi devant le comportement un peu personnel de Zolimari. Étant ma témoin de mariage, il est assez inepte de la soupçonner de quoi que ce soit mais j'avoue qu'elle m'ait confié qu'elle tuerait pour être à la place de celui qui ignore parfois la chance qu'il a, ça m'a fait chaud au coeur.

Le point commun de ces deux messages adressés à quelques heures d'écart ? Me dire qu'on m'aime.
Longtemps, j'ai vécu dans l'aride disette de l'entendre. Longtemps, j'ai souffert de ne pas sentir l'être. Longtemps, j'ai attendu de trouver quelqu'un qui me le dise et me le prouve. Il y a trop de gens qui minorent l'importance de ces mots.

Tto, touché en coulant