Izabel is in the hair

Avec un "Z" ... cela aurait dû m'alerter. Lundi midi, je suis allé remettre ma trombinette entre les mains d'Izabel parce que Jonathan n'avait aucune disponibilités pour moi. Bah oui moi je suis comme ça, tu me délaisses donc je tombe dans d'autres bras. Et là ... je dois te dire que j'ai vécu une séance assez inédite.

On ne redira jamais assez que le recours au coiffeur est quelque chose qui ne tombe pas sous le sens pour ce qui me concerne dans la mesure où je me suis passé des services desdits coiffeurs pendant plus de 20 ans. Sauf que depuis l'année dernière, j'ai cédé et je me suis rendu à l'évidence : c'est plutôt sympa de se faire papouiller et de ressortir plus joli qu'en rentrant, avec cette évidente impression d'avoir rajeuni. L'illusion est si parfaite ... alors qu'elle ne procède finalement que d'un entretien méticuleux et précis. Oui, je l'avoue : la Barbière de Paris me convient même si je lâche une soixantaine d'euros à chaque fois. Depuis l'année dernière, Jonathan me convenait bien [je t'ai raconté que Zolimari a pris un rendez-vous avec lui pour vérifier qu'il n'avait rien pour me plaire ?? Il est blond !] mais voilà, son carnet de rendez-vous est pire que le mien et donc je me suis rabattu sur une solution alternative en la personne d'Izabel. Ah ... Dieu sait que les Isabelle peuvent envisager de me faire plein de choses mais là, avec son "Z", la Izabel est un phénomène !

Barbière Izabel

Je suis allé la rencontrer dans l'un des plus petits salons de la Barbière, nouvellement ouvert et ne disposant que de deux places. Ca tombe bien, nous étions seuls. Elle a pu se livrer à toutes les excentricités capilaires, elle s'en est donné à coeur joie. Si elle m'a inquiété au début, j'avoue avoir trouvé la séance furieusement sympathique de sorte que je peux affronter clairement la mère Cordula avec la plus extrême décontraction.

Parce qu'en fait oui, il y a clairement du Cordula chez Izabel. Probablement plus jeune, Izabel a un phrasé moins brésilien mais beaucoup plus ibérique mais avec la même capacité à employer des mots qui, alignés les uns à la suite des autres, ne veulent rien dire. Surtout, elle est sanguine et entière ... quasiment sans filtre. Plusieurs fois, elle a empoigné ma tignasse en me disant que j'en avais la tchance [oui, le "de" est passé souvent à la trappe] dé tou cé boloume. Et la couleur, tou é doré que yé mé tueré pour qué tou mé la donnes. C'est te dire l'accablement qui fut le sien quand je lui ai expliqué que je déteste cette couleur et que je me désole de l'épaisseur de mes cheveux. "Hé mé, tou sé, ça pousse dé oune à deux seine-timètres tous les mois Monsieur !!!" m'a-t-elle expliqué, sans surprise puisque je le sais bien. 

Après qu'elle m'ait demandé ce que je voulais et que nous ayons acté que je voulais un truc coiffé/décoiffé, elle s'est amusée à essayer de me vendre une épilation à la cire que j'ai soigneusement refusé. Qu'importe ... "Yé né peut pas té laissé comme ça, yé lé fait à la tondeuse" ... oui, elle a sonné le glas de certains poils à la lisière de mon front. "Yé té fait les zoreilles aussi hein ?" et autres demandes se sont succédées au cours d'une séance qui n'a pas duré une heure mais au delà de 90 minutes parce que "tou comprends, yé né pouvé pas té laissé comme ça, tou es très beau now. Tou as rejeuni !" ["rejeunir, certainement un verbe du 2ème groupe à la réflexion]. Elle m'a baché de serviettes chaudes, de lingettes apaisantes sur les yeux "pour qué tou té détendes, tou es tout stress là !" et une fois que tu acceptes de lui remettre les clefs, elle s'en donne à coeur joie en faisant le shampooing au milieu de la coupe, en alternant les tondeuses et les ciseaux de façon a priori illogique.

Et donc ? Bah le résultat est Izabelesque. Je m'étais dit qu'il faudrait peut-être dépoussiérer cette coupe et redonner un peu de pep's dans tout cela. La recette Izabel tient toutes ses promesses. "Vas-y montré moi comment tou té coiffes, comment tou fé ... ah non non, tou sé, il ne faut pas qué tou mettes la cire comme ça. Yé té montres ... régarde bienne." Il est clair que j'ai l'impression qu'elle a voulu mettre un peu de nouveauté : mon visage est trop rond donc elle a voulu faire un coupe qui l'allonge parce que "ta barbe elle té fé dou ronde. Yé vé faire déscendre lé régarde." On n'est pas loin des "Tu es un H" de l'autre cinglée brésilienne, tu en conviendras. N'empêche que je suis ressorti en me disant qu'elle ne m'avait pas loupé du tout. "Yé té mé aussi la crème là parcé qué cé n'é pas possibeule là, tou as bésoin ... " ne manque plus que les "darling " et les "chéri" ...

L'aspect rajeunissement est indéniable. La barbe est taillé au cordeau avec, surtout, une orientation que j'aime bien. Quant à la coiffure, elle a fait ce que faisait Jonathan mais en poussant un peu plus les curseurs, exactement là où je voulais sans que je ne le sache vraiment. J'ai résisté à ses suppliques sur l'épilation à la cire mais elle m'a fait rire à chanter n'importe comment tout en jouant les glam-pop hair stylist à la poigne de fer qui me malaxe le crane avec beaucoup de poigne et en me racontant des choses invraisemblables avec un accent à tailler au couteau. Pas de doute : Izabel décoiffe exactement comme je voulais l'être !

Tto, rendu joli par Izabel