2019 - PORN TO BE ALIVE

Tu regardes trop de porno ? Tu te demandes pourquoi, au creux de l'été tu es une bombe hormonale dégoupillée qui menace d'en mettre plein les murs au moindre faux mouvement ? C'est normal ... tu es victime de ton enfance comme le dit souvent Sigmund. Mais il n'a pas nécessairement tort si l'on ne prend rien que les comptines que tu chantais [mal ... mais c'est pas grave, c'est mignon parce que ça vient d'un enfant tellement innocent] jadis quand tu usais tes culottes trop courtes qui n'étaient pas déjà des jockstraps.

Derrière l'apparence candide et quasi immaculée [tiens, rien que le vocable suffit à nous mettre sur la voie], les comptines recèlent un sens caché, une double lecture, des codes licencieux ... et même des images pornographiques indubitables [rhoooo, mais c'est un festival !]. Pourquoi en est-on sûr ? Parce que c'est une grande technique de lutte contre la censure ... faire passer un discours politisé, satirique ou attentatoire aux bonnes moeurs au moyen de couplet si innocents, légers et primesautiers. Comment voir le mal là dedans ? Qui pourrait imaginer le sens caché de la souris verte qui courrait dans l'herbe puisque les enfants sont si heureux de massacrer la comptine sans réaliser toutes les horreurs qu'ils profèrent ? Le décodeur s'impose ...

Ainsi, pour "Une souris verte, qui courait dans l'herbe", selon la légende, la souris verte serait une référence à un soldat vendéen traqué par les soldats républicains pendant la Guerre de Vendée (1793-1795) et soumis à différentes tortures. Avec une telle focale, l'attraper par la queue et la montrer à ces messieurs n'est plus aussi champêtre que cela ... Quant à l'escargot tout chaud, je te laisse imaginer de quoi il retourne.

"Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés" est moins connu mais tout de même ... elle fut créée par Madame de Pompadour pour les fêtes de Noël 1753. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas franchement pour les enfants ! Elle évoque sans aucune ambiguïté l'interdiction des maisons de prostitution pendant une partie du règne de Louis XIV. Sous l'influence de Madame de Maintenon et face à une épidémie de maladies vénériennes, le Roi avait signé l'ordonnance du 20 avril 1684 qui renforça les pouvoirs de la police et instaura le délit de prostitution. Les maisons de passe arboraient une branche de laurier au-dessus de la porte, ce qui explique le début de la chanson "Nous n'irons plus aux bois, les lauriers sont coupés".  L'un des couplets beaucoup plus connu ["Entrez dans la danse, voyez comme on danse, chantez, dansez, embrassez qui vous voudrez"] n'est pas une invitation à une farandole sur la place du village ... oh que non. C'est une protestation contre cette décision royale qui invite clairement au libertinage, voire à la partouze.

Pour les adeptes du petit navire, ... c'est encore plus évident ! "Il était un petit navire" ne parle de rien d'autre que d'anthropophagie maritime ... Nonobstant l'air gai, il est ici question d'un jeune matelot qui, après un tirage à la courte paille, doit être dévoré par l'équipage d'un petit navire qui n'a plus rien à manger. Les matelots s'interrogent au sujet de la sauce et la manière de le préparer ... la comptine explicitement parlant de le fricasser ou de le cuire. Après une prière du mousse à la Vierge Marie sa patronne, des milliers de petits poissons sautent dans le navire, sauvant l'enfant au dernier moment.

Quant au furet qui court dans la comptine ... sans le savoir, tu as chanté pendant des années une contrepèterie. En effet, en guise de dire que le furet court, il est bien plus amusant de parler du curé qui fourre. Pour le coup, le curé de Camaret n'a rien à envier au furet qui court d'autant que cela correspond exactement au moment où le Cardinal Dubois, ministre d'Etat du régent Philippe d'Orléans, était raillé pour ses frasques avec les femmes qui lui avaient fait oublier ses voeux de chasteté. 

ImageCela étant ... tu n'avais pas besoin de comptines pour prendre goût aux films interdits aux moins de 18 ans ! D'ailleurs, à ce propos, on ne peut que remercier Hugo qui a exhumé quelques critiques de films pornographiques des années 70 publiées dans La Revue du Cinéma, traitées comme l'on aurait analysé un long métrage de la nouvelle vague. C'est quasiment désopilant tant dans les titres ["Arrête tu me déchires !" est un must ...]

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"C'est pas extraordinaire, c'est vachement super" et "la giclée de sperme remplace les tartes à la crème du bon vieux cinéma burlesque" ... ça me fera la semaine et probablement l'été. "Porn to be alive" tire sa révérence la semaine prochaine ...

Tto, ton meilleur ami de porn

les comptines qui ont bercé votre enfance font sensation sur Twitter, grâce à @_Talleyrand_ . Derrière leur apparence innocente, ces chansonnettes ont un sens caché… et parfois osé !
Pourquoi dissimuler un double discours effronté derrière des couplets apparemment si légers et anodins? C'est un bon moyen de faire passer des messages satiriques, critiques sociales ou encore allusions libertines sans risquer la censure. Et après tout, les enfants n'y comprennent rien. Mais vous, continuerez-vous à chanter ces comptines comme avant?
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● Une souris verte, qui courait dans l'herbe 
Selon la légende, la souris verte serait une référence à un soldat vendéen. Il aurait été traqué par les soldats républicains pendant la Guerre de Vendée (1793-1795) et soumis à différentes tortures. Le but étant d'en faire un «escargot tout chaud», pas besoin de beaucoup d'imagination pour voir l'horreur de la scène.
● Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés 
Au XVIIe siècle, la prostitution va bon train dans les bois et les maisons closes sont signalées par la présence de lauriers sur les portes. Louis XIV décide d'interdire ces maisons de prostitution, notamment pour lutter contre la propagation de maladies qui affectent les ouvriers qui travaillent dans le jardin de Versailles. «Entrez dans la danse, voyez comme on danse, chantez, dansez, embrassez qui vous voudrez» est une protestation contre cette décision royale qui invite clairement au libertinage. Si vous croyiez conter à vos enfants l'histoire banale d'une jeune femme qui va faire sa cueillette dans les bois, c'est loupé!
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Marie Antoinette avec une rose, de Vigée Le Brun, 1783.● Il était un petit navire
Tout le monde connaît le premier couplet de cette comptine, mais il est plus rare de chanter les quinze autres. Et pourtant, le jeu en vaut la chandelle. Avec un air enjoué, Il était un petit navire retrace l'histoire d'un petit marin qui, après un tirage au sort, est désigné pour être mangé par l'équipage de son navire qui manque de vivres. Le matelot est sauvé de ce cannibalisme par un miracle. Une prière à la Vierge Marie qui entraîna une profusion inattendue de poissons. 
● Il court, il court le furet
Vous le chantiez la semaine dernière à votre enfant sans savoir que cette comptine relevait de la contrepèterie, une permutation de lettres ou syllabes qui permettent de cacher un sens masqué, indécent. Relisez le titre de la comptine encore une fois et remplacez le «c» de «court», par le «f» du mot «furet». Eh oui, le «curé» qui «fourre» est tout de suite plus grivois. 
Le succès de la comptine remonte à la Régence exercée par Philippe d'Orléans (1715-1723). Le cardinal Dubois était alors le principal ministre d'État, bien connu pour sa conduite sulfureuse avec les femmes…
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● Il pleut, il pleut bergère 
Tirée de l'opéra-comique de Fabre d'Églantine, Laure et Pétrarque (1780), la chansonnette aurait été récitée le lendemain de la prise de la Bastille, lors de la création de la Garde nationale. La bergère est une référence à la reine Marie-Antoinette, qui se plaisait à jouer à la bergère au hameau de la Reine, dans le parc du jardin de Versailles. La cour est symbolisée par des «blancs moutons», sans doute une allusion aux perruques poudrées des nobles de l'époque, et «l'orage» est une prédiction de la Révolution qui menace. 
Si on en croit la légende, Fabre d'Églantine aurait fredonné l'air de cette comptine en montant à l'échafaud, le 5 avril 1794.