2019 - CARNET DE VOYAGE

C'est un espace infinement bleu qu'on accoste à Antiparos. Antiparos, c'est une poussière dans les Cyclades puisque, jadis, Paros et Antiparos ne faisaient qu'une. Oui mais voilà, ça c'était avant et c'est d'autant plus certain que des fouilles géologiques et préhistoriques en attestent. Du coup, il y a là deux îles au destin jumelé jusque dans leur nom mais pas complètement, le chenal d'un kilomètre de large au maximum créant malgré tout une séparation.

ANTIPAROS

Pour autant, si proches, les deux îles ont connu un destin parallèle. Mais c'est au XVème siècle que Crousinos Sommaripa donna Antiparos en dot à sa fille Maria lorsqu'elle épousa Giovanni Lorendano en 1437. Celui-ci était vénitien et il fit construire le Kastro de la Chora. Pris d'affection pour ce bout de terre de 12,5 km de long et 5,5 km de large au mieux, il repeupla aussi l'île quasiment désertée en faisant appel à des colons. Par le jeu des alliances et successions, Antiparos passa à Pisani, lui aussi vénitien,  qui gouvernait déjà Anafi et Ios. La conquête de Paros par Barberousse [un corsaire ottoman missionné par Soliman le Magnifique] en 1537 réinstalla une trajectoire commune pour les deux îles qui passèrent simultanément sous domination ottomane suivant ainsi le destin de la Grèce dans son ensemble mise sous domination ottomane jusq'au XIXème siècle. Mais, périodiquement, des invasions ont eu lieu comme en 1794 où Antiparosfut pratiquement rasée par des pirates venus du Magne et de Céphalonie. Ou encore entre 1770 et 1774 où les russes envahirent Paros et Antiparos. C'est à cette occasion que les stalactites et stalagmites d'une grotte de l'île furent cassés et envoyés au musée de l'Hermitage de Saint-Pétersbourg.

Parce qu'en effet, il n'y a pas que des plages à Antiparos ou diverses collines donnant un peut de relief aux 35 km² de l'île. Certes elles sont belles et parfois recèlent de surprises [on y compte quelques endroits réservés aux nudistes, comme à Paros], mais Antiparos mérite surtout le détour pour sa grotte. Dans la partie sud-est de l'île, se trouve donc la grotte renommée d’Antiparos, distante de moins de 10 km du village principal et située sur la colline d’Aï Giannis à une altitude de 175 mètres. Il existe à son entrée une chapelle éponyme de la colline, celle de Saint-Jean de la Grotte datant du XVIIIème siècle. Une grotte certes mais pourquoi diable faut-il pousser jusqu'à Antiparos pour voir une grotte ? Qu'a-t-elle de si remarquable ?

Déjà, elle dispose d'une histoire mais aussi et surtout elle présente à elle seule la matérialisation d'un site géographique et géologique remarquable. Ses dimensions sont  impressionnantes et la majeure partie de ses atouts sont préservés nonobstant quelques altérations historiques dont les russes n'ont pas été les seuls auteurs.

C'est clairement un endroit où l'on est subjugué par le travail séculaire de la nature, façonnant au gré de l'action de l'eau et de l'érosion mécanique des sols un théâtre assez prodigieux. Depuis la partie supérieure de la grotte, on peut admirer une vue panoramique sur l'ensemble s'enfonçant dans le sol de façon quasi abyssale. En descendant progressivement les 411 marches aménagées et donc en redescendant progressivement en température, on observe des stalactites et stalagmites monumentales à tous endroits de la grotte. Celle-ci plonge à une profondeur supérieure à 100 mètres et s’étend sur une superficie de 5.600 m². En visitant le site, on peut ainsi croiser la plus ancienne stalagmite d’Europe, vieille d’environ 45 millions d’années. La salle monumentale, de 216 mètres de long sur 203 de large, est haute de 18 mètres et c'est réellement une forêt de stalactites et de stalagmites qui s'offrent aux yeux gourmands et quasi ivres d'une telle profusion ... en cela renforcés par l'aspect majestueux des lieux qui confine presque à une véritable cathédrale souterraine.

C'est d'ailleurs à raison de cette impression que l'Histoire rattrape la grotte d'Antiparos. Longtemps oubliée ce qui permit à la nature de produire les colonnes magistrales du site, le marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV à Constantinople, la rendit célèbre en 1673 lorsqu'il en fit la découverte. Charles Olier de Nointel tenta, sur ordre de Louis XIV, de faire adopter un protectorat de la France sur les missions chrétiennes de l’Empire ottoman, mais sans grands succès. En septembre 1673, il entreprit une tournée dans les Échelles [ports et les villes de l'Empire ottoman, situés au Proche-Orient ou en Afrique du Nord, pour lesquels le sultan avait renoncé à certaines de ses prérogatives, notamment en matière juridique, en faveur de négociants français, principalement marseillais] pour faire enregistrer l’ensemble des nouvelles prérogatives royales : cette expédition, qui dura dix-sept mois, lui permit d'aller à Chios, dans les Cyclades, en Palestine, en Égypte et s’achèva à Athènes. Arrivé à la fin du mois de décembre 1673 à Antiparos, il découvrit la grotte, fut subjugué par la beauté des lieux et décida de faire célébrer la messe de Noël en installant un autel sur l'une des plus impressionnantes stalagmites, pratiquement à 90 m sous terre. Il y grava d'ailleurs son nom et la date pour commémorer l'événement. C'est ainsi que l'on trouve au sein de la grotte de nombreux éléments caligraphiques attestant du passage des français mais d'autres également, ces inscriptions perdurant encore. Louis XIV rappela de Nointel en 1680 par l'ambassadeur était féru de cabinets de curiosités et il fit en Orient de si précieuses acquisitions de médailles, de marbres, et d'autres objets d'art et d'antiquités qu'il se laissa entraîner par ses recherches à tant de dépenses que Louis XIV ne voulut plus payer ses dettes aussi profondes que la grotte au sein de laquelle il laissa trace de son passage à Noël 1673.

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Tto, qui a trouvé cela vertigineux dans tous les sens du terme