LA MORT DANS L'ÂMEComme tout le monde, j'ai appris hier le décès brutal d'un jeune homme [on est tous des jeunes hommes] que je ne connaissais pas mais dont je suivais de loin les pérégrinations. Dans ce contexte, il est bien évident que je ne me livrerai pas à l'indécence de parler de quelqu'un avec qui, sauf erreur, je n'ai eu aucun contact quel qu'il soit. C'est simplement qu'en regardant tomber les réactions, je me suis résolu à écrire quelques lignes à l'une de ses amies pour lui témoigner mon soutien, quand bien même les mots n'arrangent rien mais méritent tout de même d'être formulés.

Message

"Fauché" apparaît être le terme exact et c'est, au delà de cette désolante circonstance, ce qui m'a fait décider de parler de cela aujourd'hui, au creux d'un été caniculaire au cours duquel les organismes sont soumis à rude épreuve. On a tort de croire que l'on sera invincible et que tout pourra durer longtemps. La vie est consubstantielle de la mort, c'est au delà de son charme ce qui la rend si savoureuse. En l'espèce, c'est consternant de se dire qu'un jeune homme qui semblait vouloir en profiter ne le fera pas parce que tout s'est arrêté comme ça, sans prévenir. 
On a tort de ne pas vivre au jour le jour, comme s'il était urgent de profiter du temps présent avant qu'il ne s'efface, comme les bonheurs n'étaient pas fugaces : ils le sont assurément, clairement, implacablement.

On n'est pas habitué à envisager de voir les gens partir, de profiter d'eux aussi fort comme s'il s'agissait de la dernière fois. J'appartiens à une classe d'âge qui croit encore être trop jeune pour commencer à voir les corbillards passer. Et pourtant ... les décès familiaux préparent à cela mais, à l'instar de ce qui se passe alors qu'on est largement prévenu de l'inéluctable issue et qu'on a eu tout le temps de s'y préparer, c'est toujours pareil : c'est quand cela survient que c'est intolérable et qu'on se désole de n'avoir pas eu la lucidité d'imaginer à quel point cela serait difficile. C'est le propre de chaque décès, surtout ceux qui touchent des personnes qui comptent, avec lesquelles on a partagé autre chose que du temps. C'est bien cela le problème ...

J'estime, avec une certaine assurance mal placée, que je suis trop jeune pour rythmer certaines journées de visites dans les cimetières. Et je me trompe lourdement. Au delà du fait qu'on part toujours trop tôt pour ceux qui auraient tout fait pour nous retenir, il y a surtout des âges où la surprise et la brutalité conjuguée ne sont que plus tranchantes. Je sais bien qu'il faudra un jour affronter tout cela plus directement parce que la vie ne me préservera pas toujours [même si elle m'a déjà fait goûter l'amertume de ces circonstances]. Je sais bien qu'il n'y aura pas de passe-droit et que j'aurai mon lot comme tout le monde. Je n'ignore pas enfin la façon dont je réagirais, intériorisant tout jusqu'à craquer en me réfugiant dans les rideaux de ma peine pour que personne ne me voit sombrer dans l'abîme de la douleur. 

Hier, j'ai poursuivi le message ci-dessus en direction de cette femme qui a eu, un jour, des mots qui m'ont réchauffé le coeur. Je n'ai rien dit d'extraordinaire ni de fondamentalement nouveau par rapport à ce que j'exprime dans ces moments là. Je m'astreins toujours à le faire parce que même si les mots paraissent inutiles et ne soignent rien, ils existent malgré tout. Ces mots opnt consisté à dire que "The show must go on" assurément mais le spectacle ne sera forcément plus le même et c'est d'ailleurs le meilleur hommage à rendre à ceux qui ont quitté la scène. 

Tto, qui souhaite beaucoup de courage à ceux qui sont dans la peine.