Le numéro vert et les reversOn devait voir ce que l'on allait voir, d'où que cela vienne : Emmanuel Macron allait pulvériser Marine Le Pen. Marine Le Pen allait faire imploser le parti présidentiel parce qu' on se moque des gilets jaunes [desquels elle est si proche ...]. Les gilets jaunes [qui s'aèrent désormais dans l'indifférence le samedi] allaient montrer que le peuple n'e pouvait plus du système. Les élections européennes allaient être les plus désertées avec une abstention record. Mélenchon allait enfin devenir la seule opposition possible à l'impérialisme capitaliste Macron. Wauquiez allait montrer à tout le monde que François-Xavier Bellamy avait de quoi provoquer la surprise. 

Sur ce dernier point, il faut reconnaître que Wauquiez ne nous a pas déçu : il enfonce le plancher des défaites électorales du parti de droite de la Vème République. C'est même le principal revers dont il faut parler en tirant le bilan du scrutin d'hier, à l'image des scores des différentes composantes du PPE qui, partout en Europe, dégringole.

Oui, Yannick Jadot avec l'écologie providentiellement tendance a réussi son coup et sa traversée solitaire lui offre les lauriers d'un opportunisme politique qu'il faudra désormais faire fructifier - en n'oubliant pas que l'élection du parlement européen est toujours très favorable aux partis écologistes - nonobstant le fait qu'une poussée verte est indéniable [et en n'occultant pas que les Verts allemands et les Verts français, c'est tout de même un peu le jour et la nuit]. Le numéro vert est donc lancé et c'est Laurent Wauquiez qui décroche, tout comme Jean-Luc Mélenchon : les deux opposants dont les groupes parlementaires nationaux sont les plus fournis sont renvoyés dans les cordes avec le procès du maintien à la tête de leurs partis [un peu moins chez le leader minimo]. N'empêche : la ligne et la stratégie défendues par ceux qui se sont pris un sacré revers de la part du Vert sont brûlées en place publique depuis hier soir, Valérie Pécresse ayant même implicitement demandé le départ de Wauquiez.

Au Parti Socialiste, on s'extasierait presque d'avoir encore à envoyer six euro-députés à Strasbourg ... et je ne parle pas de la déconfiture totale de Florian Philippot, de Nicolas Dupont-Aignan comme des professionnels des scrutins proportionnels qui ne voient là qu'une tribune périodique pour se faire une petite notoriété destinée à disposer d'un petit fonds de commerce [François Asselineau étant, en la matière, devenu une bête de foire].

Macron aurait donc échoué ? Pas si sûr ... le fait est qu'il a pris l'engagement déraisonnable d'avoir la première place hier, qu'il n'a pas réussi à avoir. Toutefois, le différentiel avec Marine Le Pen est des plus faibles, la patronne des néo-fascistes ne progressant qu'en nombre de voix mais absolument pas en pourcentage et encore moins en sièges. On recommence donc comme il y a cinq ans, dans une stratégie stérile d'obstruction ou de vociférations qui n'apporte rien [ah si, on peut détourner 300.000 €, ceux que Marine doit rembourser], pour autant qu'une alliance avec les autres populistes d'extrême droite parvienne à tenir la mandature [l'attelage avec Salvini parait le plus prometteur même si rien n'indique qu'il pourra durer puisque tant de choses divisent même ceux qui se croient interprètes des colères disparates des peuples]. En cela, Emmanuel Macron a gagné la place du faiseur de roi à Strasbourg, le parti des libéraux centristes pouvant faire l'appoint d'une coalition. A l'inverse, les extrêmes sont cornerisés et les populistes qui devaient faire exploser l'Europe vont encore longtemps profiter des largesses du statut de député européen. Au plan européen, la composition du parlement promet d'être assez explosive et instable si, en plus, les Verts s'invitent au banquet et réorientent un peu l'activité d'une commission écrasée par l'influence du PPE jusqu'à présent.

Au plan national, Marie Le Pen récupère le bâton du leader sans beaucoup de panache [un score en pourcentage inférieur à celui d'il y a 5 ans alors que le mode de scrutin est ultra favorable], alors que le Président de la République est attaqué toutes les semaines par les gilets jaunes qui n'ont pas su trouver d'expression politique de leur mécontentement. Pire, les gilets jaunes sont à la limite discrédités parce que le parti du Président de la République perd seulement deux points lors du scrutin par rapport au premier tour de l'élection présidentielle, confirmant ainsi avec une participation qui n'est pas anecdotique que le rejet d'Emmanuel Macron n'est pas partagé par la moitié du peuple en général. On a donc un Président qui solidifie son électorat malgré les turbulences qui ne manquent pas depuis un an, une Marine Le Pen censée profiter du mouvement de colère qui n'en profite pas tant que cela et des partis classiques de gouvernement qui plongent dans les abîmes à tour de rôle. On aurait tort chez Les Républicains de ne croire qu'à l'accident de parcours, c'est une désaffection profonde qui les ronge et les prive durablement d'être l'alternative qu'ils pensaient être encore : Le Pen siphonne l'identité nationale, Emmanuel Macron le libéralisme économique ... il ne reste donc plus rien. A côté, le PS semblerait presque plus en forme en voyant revenir à sa hauteur un Mélenchon décidément incapable de proposer autre chose que des bruits et de la fureur d'estrades pour dissiper la vacuité du programme ambigu qu'il défend depuis bientôt 15 ans.

Une fois encore, le théâtre électoral a mis au tapis les caciques ... mais Marine Le Pen aurait tort de pavoiser : elle est la complice d'un duopole l'opposant à Emmanuel Macron, son meilleur opposant mais aussi son meilleur allié dans l'édification de son fonds de commerce. A croire qu'elle ne gagnera jamais, on ne sait pas si l'allumette qu'elle représente ne viendra pas faire exploser un jour le hangar de dynamite que constitue le pays. A ce jeu là, Emmanuel Macron n'a qu'une stratégie : obtenir des résultats et arroser de milliards d'euros les colères. J'entendais hier qu'il n'avait pas changé de cap et qu'il n'en changerait pas : c'est vraiment ne pas voir ce qui est pourtant évident, il a déjà changé de cap comme tous ses prédécesseurs après dix-huit mois de pouvoir. 

Tto, politico