D6JH6J3WAAoHNqKC'est en discutant dimanche soir avec ma Môman que je me suis un peu énervé alors que nous en venions à évoquer le prochain scrutin des européennes. 

Ah que j'ai été déçu d'entendre que l'on ne comprend rien à toutes ces listes, que Macron c'est n'importe quoi la façon dont il parle aux gens donc il faudrait ne pas voter pour son parti et qu'en plus l'Europe, c'est loin. 
Oui, ça m'a mis en colère et j'ai été assez véhément parce que s'absoudre de voter à la fin du mois au seul motif que c'est loin et qu'on ne comprend rien parce qu'il y a trop de listes, c'est vraiment petit bras. Et ma Môman n'est pas la seule chez qui j'entends ça. On peut se trouver toutes les bonnes excuses du monde mais il y a certaines choses que l'on ne peut pas ignorer ou feindre de ne pas voir.

- La plupart des europhobes qui se font élire ne rechignent pas à percevoir les subsides d'instances européennes dont ils dénoncent l'utilité voire même la contestent.

- La profusion de listes, qui ne sont que des leurres ayant surtout vocation à permettre à des bateleurs d'estrade d'essayer de se faire une renommée surfaite, n'est en rien un problème à plus forte raison puisqu'aucune projet européen concurrent de celui du parti présidentiel n'est proposé. Même les champions du retrait ne le sont plus et il ne se trouve plus qu'Asselineau pour bassiner tout le monde avec des contre-vérités et des arrangements spécieux censés ne pas tirer les leçons pourtant flagrantes de la difficulté de la sortie de l'Union.

- La pauvreté du débat politique actuel ne se résume pas aux pro et anti Macron, les uns et les autres étant les caricatures qu'ils veulent bien voir, comme les complices pratiques permettant de laisser prospérer des bêtises aussi accablantes que les tweets de Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen [en ce compris leurs affidés serviles].

- Emmanuel Macron n'est pas le problème objectivement mais je participe de l'idée qu'il est un symptôme sans qu'il soit exclu qu'il puisse être, pour partie, une solution. Le vrai sujet, c'est qu'il est dans l'impasse politique que je dénonçais déjà en septembre dernier. Il est une partie de la solution parce que son échec généralisé signifiera beaucoup de choses ténébreuses pour 2022 et même peut-être avant. Le pire n'est jamais certain, sauf si l'on y tend.

Alors oui, fin mai, j'irai voter et même si je trouve qu'il y aurait beaucoup à redire, j'ai toujours considéré que l'Europe que l'on va choisir déterminera aussi l'Europe que nous vivrons, ce faisant le contexte dans lequel nous évoluerons.
Je participe de ceux qui pensent que la construction européenne n'est pas le gouffre financier qui spolie les français de leur bon argent. Je pense également que l'Europe est si gênante pour ses détracteurs écervelés que cela doit bien signifier en retour qu'elle est bien utile et quand je regarde la traduction graphique des conflits armés entre membres de l'Union, il ne fait pas de doute qu'elle l'est ... utile ! Je suis de ceux, également, qui pensent qu'à plusieurs on est plus forts pour lutter contre l'hégémonie chinoise et les délires Trumpiens qui conduisent dans l'impasse [et font chuter les marchés financiers]. J'estime également que tout ce qui est fait en Europe n'est pas à jeter à la poubelle et que la convergence des états telle qu'envisagée aujourd'hui va dans le bon sens même si l'on peut déplorer des décisions surprenantes et inadaptées. Moi, je trouve facile de voyager en Europe et de pouvoir disposer de mon forfait de téléphonie mobile partout. Je me félicite aussi que les états doivent respecter certaines règles budgétaires qui les empêchent de se faire la guerre économique même si j'aimerais que l'on aille plus loin dans une certaine harmonisation fiscale pour éviter la concurrence déloyale de certains. Je suis content quand on donne du répondant à Microsoft, Google ou autres qui jouent les cow-boys du far-west ... et pour cela, la taille critique de l'Union est indispensable.

Tout n'est pas parfait et le pêché originel de n'avoir pas construit l'Europe politique en parallèle de celle du marché unique a pour effet d'avoir laissé passer le train, pour un moment alors que la proximité du conflit mondial permettait de vaincre les réticences.
Bien sur que je te concède que Nathalie Loiseau est une belle erreur de casting et qu'on mériterait enfin un vrai débat sur la construction de l'Europe et de celle que l'on veut plutôt que celle qui nous insatisfait. Mais c'est aussi en allant voter que je vais peser sur l'orientation et surtout le fait que l'on ne dispose pas ensuite d'un parlement européen qui soit rétif à l'idée même d'Europe, condamnant dès lors toute la construction européenne plutôt que de la réorienter [comme on trompe les foules à vouloir le faire]. D'ailleurs, rien qu'un petit test permet déjà de voir quels programmes sont les plus en accord avec la sensibilité de chacun.

Pour moi, les choses sont assez claires ...

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Le projet européen mérite tellement que l'on y consacre la hauteur nécessaire plutôt que l'on se vautre dans la petite politique de quartier, qui n'est pas le sujet. Voter aux élections européennes en pensant aux gilets jaunes, c'est aussi imbécile que de choisir sa prochaine destination de voyage en ne regardant que le menu du buffet froid de l'hôtel. Voter contre Macron aux européennes sans choisir un programme alternatif crédible revient finalement à se vautrer dans la facilité de la crise d'adolescence du moment, celle qui fait tout jalouser sans rien construire, celle qui croit résoudre tous les problèmes en se réjouissant de la déconstruction totale et ambiante.

Tto, résolu