Palmade

"Il y a les homos et les gays. […] J’ai fait une différence. Les gays ce sont les gens qui mangent gay, qui rient gay, qui vivent gay, qui parlent gay, qui font du film gay […] Et les homos ce sont des gens qui sont homos mais ça n’est pas marqué sur leur front. On ne le sait pas quand ils parlent, on ne sait pas quand ils vivent, on ne le sait que quand on va dans leur chambre à coucher." Ruquier s'escalafant à la suite de cette saillie palmadesque, beaucoup restèrent interdits, pantois sinon saisis parce que l'humoriste, dont on voit désormais davantage le mal-être que l'homosexualité qu'il veut croire invisible, venait encore de se prendre les pieds dans le tapis.

Et forcément, les ligues de basheurs, toujours prompts à garder le temple de la vertu du dogme comme les moineaux le faisaient [avec peut-être plus de retenue] dans "Game of thrones", se sont jetés comme des hyènes sur la proie facile, le recadrant sévèrement au mieux mais l'insultant le plus souvent au motif qu'on ne transige pas avec certains concepts. Le doxa établie par un "lobby" auto-proclamé ne souffre aucune vision divergente et c'est alors, au delà de l'infinie bêtise de Palmade ou peut-être des difficultés irréconciliables qu'il entretient avec lui-même, qu'on a pu assister à un défouloir déraisonnable, aussi excessif que les paroles dénoncées ... donc méprisable.

Ce n'est pas moi, qui revendique le droit de ne pas vouloir m'associer à tel ou tel paraître imposé par je ne sais quelle autorité prétendue morale que rien n'autorise à cela, qui va rappeler le rouleau compresseur que l'on se prend dès lors que l'on exprime des réserves au sujet de choses considérées arbitrairement comme des dénominateurs communs inaltérables [le dernier album de Mylène Farmer, les orientations politiques de la gay-pride, l'indigence musicologique de Madonna, un parti pris publié dans "Têtu" jadis]. Dans cette pure tradition des Savonarole associatifs gays qui brûlent tous ceux qu'ils admonestent comme des hérétiques à la cause qu'ils auront pris bien soin de taxer d'homophobie [galvaudant ainsi l'incrimination, de sorte qu'elle est devenue tellement expansive qu'elle mélange tout], on entend tout et surtout des horreurs qui, sous couvert de défendre des causes qui méritent de l'être, discréditent toute la noblesse de devoir s'opposer à des monstruosités proférées ici et là.

Oui, Palmade a eu des propos ineptes mais qui peut, décemment et avec l'honnêteté intellectuelle primordiale nécessaire, ne pas voir dans ses propos la tentative de faire comprendre qu'on n'a pas l'obligation de vivre son homosexualité comme l'exige un code qui distribuerait le label du "bon gay" pourvu que l'on aille boire un verre au Cox un jeudi soir, que l'on se trémousse à intervalles réguliers au Tango et que l'on publie une photo sur Instagram avec le dernier "Têtu" dans le métro, entre autres. Bien sur que venir dire que l'homosexualité peut ne se jouer que dans la chambre à coucher est insupportable de bêtise et profondément choquant à une époque où l'arsenal judiciaire permet de lutter contre une invisibilité requise pour faire prévaloir une norme hétéro-normée. En revanche, on peut concéder à certains, dont Palmade visiblement en ce moment, que l'on n'est pas dans l'oblilgation de monter sur un char à paillettes pour être gay. 

"Je m'amuse à distinguer les homos extravertis et communautaires des homos réservés qu'on appelle 'hors milieu', sans aucun jugement de valeur, en précisant que je suis passé d'un groupe à l'autre toute ma vie, et y'a quelques hystériques qui supposent que ce serait de l'homophobie ? Vous vous sentez bien ?
Je mets carte sur table sur mon homosexualité depuis assez d'années pour être aussi légitime qu'un militant d'association pour parler de gays et d'homos ! Trouvez vous de vrais ennemis, mais avec moi vous vous trompez de cible ! Ou alors vous êtes en train de régler d'autres comptes... Sans rancune mais calmez-vous ! Bises !" a répondu lundi Pierre Palmade, conscient d'avoir provoqué un tsunami arc-en-ciel. Véritablement et en lisant certaines réactions qui n'avaient plus la moindre prévention pour le respect de la vie privée, il était impensable à certains de laisser échapper une telle occasion de régler son compte à Pierre Palmade dont on sait qu'il lutte avec lui-même au sujet de sa sexualité. Qui, d'ailleurs, pourrait lui jeter la pierre et dire qu'il ne mérite pas de pouvoir exprimer ses douleurs ? Personne ... là où l'on est légitime à lui tirer l'oreille, c'est en pointant l'homophobie intériorisée dont il fait état en expliquant que l'homosexualité de certains hommes discrets n'a finalement vocation à ne s'exprimer que dans le cadre d'une chambre à coucher. Pour le reste [et sa réponse de lundi est plus claire sur le message qu'il voulait exprimer à la télévision], c'est bien normal de pouvoir accepter qu'une personne homosexuelle puisse choisir une relative discrétion sur tout un tas de sujets, y compris la façon dont il vit sa sexualité. Imposer de façon péremptoire d'être extraverti pour sur-démontrer une aisance excessive s'agissant de sa sexualité [si tant est que la sexualité d'un homme résume à elle-seule la personnalité de celui-ci], c'est finalement revenir au temps des ligues de vertu chargée de préserver le dogme du "bon gay" ou ce qui en tient lieu.

Toute la problématique de la citation de Palmade est subtilement exprimée et argumentée ici par Gwen Fauchois.
Pour maladroits que furent les propos de Palmade, il faut cependant aller un peu plus loin et s'interroger sur la capacité d'un petit milieu à accepter que l'on puisse revendiquer d'avoir une opinion sur la condition de l'homme gay en France en 2019 sans être assujetti aux poncifs dictés par quelques-uns qui se réclament d'une culture politique en en oubliant certains principes également historiques. Que Palmade se soit planté et que le déluge d'avanies reçues ne renforce finalement que la détestation qu'il entretient pour lui-même s'agissant de ces questions, c'est une chose certaine. De même, il est acquis que la gachette de ceux qui jouent les terreurs sur ces questions [et qui oublient que comparer l'hollocauste avec je ne sais quelle injustice est parfaitement indécent, fût-il question d'identité sexuelle] est abominable et consternante.
Au surplus, on passe aussi à côté d'un autre problème : la représentation télévisée de l'homosexualité masculine aujourd'hui ... Ruquier [comme d'autres ... coucou Yann Barthès] se compromettant une fois de plus dans une entreprise pestilentielle dont il se lavera pitoyablement les mains un jour quand il comprendra à quel point son émission est vénéneuse [pas besoin de rappeler le précédent Zemmour en la matière].

Le juste milieu dans tout cela, puisqu'il en faut toujours un sinon c'est l'idée même de vie en société qui est à jeter aux encombrants, est finalement d'essayer de comprendre ce qui peut l'être et donc d'éviter de plaquer une norme gay sur les personnes concernées, à partir du moment où l'on est en réaction face aux réactions hétéro-normées d'une société qui digère petit à petit les différences. Et au sein des différences en question, peut-être qu'il n'est pas si difficile d'accepter que tout le monde ne soit pas bâti sur le même moule, que faire son coming-out ne soit définitivement pas obligatoire avant un certain âge, qu'il soit acceptable que l'on accepte une pluralité de modes de vie entre les couples ouverts et ceux qui ne souhaitent pas l'être [parce qu'ils n'en ressentent pas le besoin], les mariés et ceux qui ne veulent pas l'être, les parents et ceux qui ne conçoivent pas d'assumer cette responsabilité écrasante, ceux qui veulent sur-consommer la chair fraîche d'un twink tous les deux jours nonobstant le fait qu'ils ont le double de leur âge et ceux qui trouvent plus épanouissant de visiter des musées ... entre ceux qui utilisent l'affaire Palmade pour revendiquer une aisance factice avec leur mode de vie au moyen de photos aguicheuses censées démontrer on ne voit pas trop bien quoi et ceux qui trouvent que tirer sur l'ambulance Palmade est bien inutile une fois que l'on a rappelé les maladresses de l'humoriste dont on se demande bien si tout cela ne va pas précipiter un jour une sortie de route qui sera fatale.

Tto, qui a l'impression de toujours dire la même chose