2018 - LA PREMIERE FOIS

C'est à l'occasion de son passage aux urgences après que je l'ai vu samedi dans un état plus qu'inquiétant que plusieurs choses sont remontées vis à vis de mon père, et notamment le fait que j'ai failli le perdre alors que j'avais 6 ans.

L'histoire est compliquée entre nous depuis longtemps, peut-être depuis l'origine, mais on a toujours un lien particulier avec ses parents quoi qu'on veuille bien en dire. Malgré les failles abyssales qui nous ont séparées pendant des dizaines d'années, il n'en demeure pas moins que le savoir assez mal comme cette semaine m'a plongé dans une inquiétude particulière et cela a fait remonté de vieux souvenirs enfouis depuis très longtemps, et pas forcément ceux auxquels je m'attendais.

Mon père a été assez peu hospitalisé dans sa vie, nous partageons en commun la répulsion des hôpitaux et lieux de soins. Aussi, lorsque ma mère m'appella mercredi matin, la gorge serrée, pour m'expliquer qu'il fallait que je raisonne mon père et qu'il accepte d'aller aux urgences au regard du caractère "préoccupant" de ses analyses sanguines [pour ne parler que cela], je m'attendais à repenser à cette période de mon enfance où l'on m'avait expliqué qu'il était sur un lit d'hôpital et qu'il allait très mal parce qu'il avait un poumon qui n'allait pas bien. Plus tard, quand il me montra la cicatrice qu'il avait dans le dos [et qui ferait passer celle d'Albator pour une joyeuseté], j'avais sublimé qu'on lui avait retiré un poumon et qu'il était un survivant. Plus tard, je comprendrai que non, il avait subi un décollement de la plèvre, un pneumothorax suffisamment grave pour qu'il faille l'opérer d'urgence.

Oui, je m'attendais à revivre ces moments là, revoir fugacement mon père sur son lit de l'Hôpital Foch [devant lequel je passe tous les matins désormais ... ce qui me fait bizarre] parce que les souvenirs sont très flous et que je sais, d'expérience, qu'on a certainement voulu me protéger de ces angoisses là. Et pourtant non, ce n'est pas cela qui a ressurgi.

En évoquant son état et le fait que cela soit potentiellement grave aujourd'hui, j'en suis venu à me demander si j'avais déjà ressenti auparavant la crainte de perdre mon père. Cette angoisse ne devrait pas arriver avant que l'on soit à l'age adulte, normalement mais la vie fait qu'il en est souvent autrement. Pourtant, de façon inattendue, ce n'est pas au pneumothorax que j'ai repensé alors que je m'y attendais puisque mon père subit actuellement une infection pulmonaire en plus du reste. Non, c'est un autre épisode ténébreux qui est, sans mauvais jeu de mots, remonté à la surface.

Mes parents emménageaient la maison de Chatou dans laquelle nous allions vivre une dizaine d'années. Chatou, c'était là que mon père avait passé son enfance, plutôt dans la partie haute de la ville là où habitaient mes grands parents. Une maison bien particulière mais j'y ai des souvenirs incroyables même s'il a failli s'y nouer plusieurs drames. Au rang de ceux-ci, il y eut l'assainissement de la cave. Après qu'ils eurent charrié un volume de gravats impressionnant pendant des soirs et des nuits, ils tentèrent d'aménager ladite cave en recouvrant déjà le sol d'une dalle de béton. Oui mais voilà, dans ce lieu tortueux, il y avait deux petits endroits à droite en descendant de l'escalier. C'était une ouverture dans le mur et, finalement, il y avait là deux niches. Celle de droite était quasi impraticable parce qu'elle était située sous l'escalier donc forçait à être davantage voûté à mesure que l'on y progressait et que les marches descendaient. C'est sur celle de gauche que tout a failli arriver. En excavant les gravas et détritus s'y trouvant, mon père fit céder le sol et découvrit une fosse septique dans laquelle il tomba et failli s'y noyer. Ma mère m'a toujours raconté qu'il ne trouva son salut qu'à la faveur du réflexe qui lui permit d'attraper une barre de fer qui se trouvait là, malgré la tête qui fut quasi ensevelie. Plus tard, je crois qu'ils décidèrent de ne plus faire par eux-même mais de confier cela à des spécialistes dont c'est le métier.

Jamais on ne m'expliqua concrètement ce qui se passa ce soir là, je peux le raconter parce que je ne me trouvais pas bien loin [et que j'ai toujours les oreilles qui traînent] lorsqu'ils évoquèrent cela avec des amis ou de la famille.
J'ai toujours eu peur de cette cave, j'ai toujours eu de l'appréhension et particulièrement s'agissant de cet endroit si sombre, quasi crépusculaire dans lequel je sentais une présence tapie dans le fond de cette niche, comme si l'on me regardait. C'est certainement mon imagination mais jusqu'au moment où nous partîmes de cette maison, je ne fus jamais tranquille.

Tto, qui ne l'a pas vu revenir ce souvenir