2018 - LA PREMIERE FOIS

C'est en rentrant ce vendredi soir, sur les quais de Seine, dans la voiture de cette animatrice vedette de la station qui venait d'enregistrer l'émission qui serait diffusée le lendemain matin à 9h. C'était un rendez-vous attendu depuis 1983 et moi, là comme ça, je venais d'assister à une journée enchanteresse dans les coulisses, comme une VIP parce qu'elle m'avait invité à l'accompagner alors qu'on s'était très peu côtoyés nonobstant le fait qu'il s'agissait de ma cousine.

Ah oui, c'est amusant que le destin ait fait que deux de mes cousines furent des voix de radio connues et reconnues, qui aujourd'hiu n'exercent plus. L'une était sur RTL et chroniquait la vie judiciaire, l'autre avait cette voix suave qui électrisait la "Rue des entrepreneurs" le samedi matin sur France-Inter. Comme elle avait appris ma passion dévorante pour les chaînes de radio et de télévision, elle avait proposé que je l'accompagne au cours de la journée d'enregistrement de l'émission diffusée le lendemain matin. J'en avais profité pour assister au journal de 13 heures, pour me balader dans divers studios, croiser des visages et des voix connues, m'incruster dans les studios de France Info en effervescence, baguenauder où je voulais dans les couloirs de la Maison ronde ... bref, pour le jeune homme illuminé, c'était l'extase et, dans sa voiture, j'étais sonné de tout ce que j'avais pu voir et en même temps déjà nostalgique de ce que je ne verrai plus de sitôt. M'ayant ramenée chez sa mère [ma tante], je l'ai abondamment remerciée parce qu'au fond de moi, j'avais déjà le sentiment que ma vie de coeur était dans ces travées, derrière ces micros, avec ce cocon artificiel mais dont l'aspect micro-société me plaisait tant. 

J'avais été intrigué de ces bandes que l'on transporte et qui donnent ce son net ... de ces coups de ciseaux que l'on donne et ces bouts de scotch qui raccommodent des bandes pour faire du montage ... j'avais été intrigué de tout ce que l'on se dit pendant que l'on diffuse un son [le réalisateur qui gueule, l'animateur qui demande si tout est prêt, ...] et du rendu que cela donne à l'antenne où rien n'est palpable. C'est, je crois, cette magie qui m'a ensorcelé ce jour là, cette conscience que c'est un métier de faire d'une atmosphère simple alliant confort d'écoute et précision du propos. Oui, ce soir là en rentrant, j'avais des étoiles plein les yeux et des oreilles inondées d'un miel qui ne m'a jamais quitté. Oui, ce soir là, je me suis dit que je serais dans mon élément derrière ou devant un micro.

J'ai failli faire de la radio en plus mais je pense, sans prétention, avoir une trop précise idée de ce que je dois faire pour que cela ait trouvé à se faire malgré une voix de radio [comme me le confia cet animateur vedette de la première radio de France]. Qu'importe, j'ai des dizaines de bandes de pilotes, de projets aboutis dans mes cartons avec toutes mes introductions calées à la seconde près, un rythme approprié ... oui, je me suis produit, réalisé tout seul comme un grand et j'ai passé des heures sinon des semaines à monter tout cela. J'ai même régulièrement séduit en envoyant des cassettes où j'étais l'organe qui parlait, où je jouais avec ma voix, où je faisais passer tous les messages que je voulais faire passer ... j'ai même fait un "Tto Porno" qui fut une incroyable expérience live comme musicale, un truc très abouti. Mais tout cela reste confidentiel [encore peut-être] ...

En rentrant de Radio France, j'avais passé une journée exceptionnelle, un rêve concrétisé ... c'est une chance de savoir ce que l'on aime dans la vie. Et je n'ai jamais oublié la grâce infinie que je me fis ma cousine ce jour-là.

Tto, encore ému de cette journée