Oser les larmes

J'ai gardé une tendresse particulière pour cette chanson ...

Larmes, c'est à vous que je parle
vous restez sur vos gardes, souvent, venez de temps en temps
larmes, vous emcombrez mon âme
si vous baissiez les armes tout serait moins blessantlarmes, c'est vous que je réclame
votre orgueil me fait mal, plus fort au dedans qu'au dehors
larmes, ne tentez pas le diable
n'attendez pas le drame pour soulager mon sort

allez coule, vas-y sur mes joues roule, essaie de noyer mon chagrin
coule, autant que je suis saoul, d'avoir un coeur qui se retient
mes yeux regardent en face, je veux que rien ne passe
je ne suis pas de glace, au fond je pleure

Pendant très longtemps, je n'ai pas pleuré, les larmes n'ont pas parcouru mon visage. Pendant très longtemps [trop, assurément], j'ai contenu toute cette émotion qui ne demandait qu'à sortir à raison de la sensibilité assez forte qui est la mienne. Pendant trop longtemps, j'ai cru que j'étais inaltérable.

Et puis, Zolimari m'a laissé tomber et j'ai pleuré de douleur et de désespoir. Depuis, les vannes sont ouvertes et un rien me fait fondre.

Un rien, c'est une série [le dernier exemple étant un épisode de "Doctor Who"], un film ["Bohémian Rhapsody"] ou que sais-je encore ... un livre, une bande-dessinée, un texte ... je suis devenu très perméable aux émotions. Refusant de voir là dedans une faiblesse ou un truc à corriger, j'en ai pris mon parti et il n'est pas rare que trop d'émotion m'emporte assez rapidement, qu'il s'agisse de quelque chose de magnifique ou d'un affrontement.

Je pleure souvent parce que je pense que j'ai trop emmagasiné, parce que je sens bien que ce que j'ai essayé d'éviter pendant des années me rattrape, parce que je ne domine plus autant la pression qu'avant et que j'en deviens un peu plus vulnérable. Pleurer met en évidence, chez moi, le désarroi et la tristesse. Quand je me sens impuissant face à quelque chose, je m'effondre. Avant, je maintenais les apparences comme pour me raccrocher à un mirage. Depuis non, je m'isole mais j'affronte le fait que non, je n'y arrive plus. Ce faisant, cela me soulage un temps, cela remet un peu les pendules à l'heure en permettant de mettre en face du bouleversement physique qui est le mien la véritable place de chaque chose dans ce qui m'émeut. Il arrive que l'évacuation lacrymale soit plus ou moins longue mais toujours est-elle salvatrice, comme une soupape que je ne me suis autorisé que très récemment : pendant des années, je pense avoir assez doigts sur un main pour compter le nombre de fois où j'ai pleuré en 30 ans.

Aujourd'hui, c'est probablement l'excès inverse et je m'interdis d'utiliser cela. Zolimari est toujours catastrophé quand il me fait pleurer ou quand il observe que je dégouline alors qu'on regarde un film où un père pose sa tête sur l'épaule de son fils en lui disant qu'il l'aime et qu'il est fier de lui. 
Moi, je succombe à l'émotion et pas qu'un peu. Finalement, je me rends compte que les scènes d'abandon, de retrouvailles et d'expression de sentiments sont celles qui me dégomment parce que j'ai probablementeu à les gérer et que j'en ai mal assimilé le poids. Mes pleurs racontent beaucoup de choses de ma vie intime [celle qui est encore enfermée dans ce coffre de fer dont la clef de la serrure est à manier avec des précautions infinies], ils expliquent aussi la rudesse de mes réactions de protection parce qu'à la lumière des dix années passées, j'ai bien compris qu'il ne faut pas grand chose pour stimuler cette sensibilité. Alors oui, je contrôle, j'anticipe et je parre de façon à maîtriser un peu d'éventuelles effusions collatérales.

Est-ce un problème ? Non, et cela m'amuse presque d'être si différent de ce que j'étais avant. Cela m'étonne même et me rassure sur le fait que je me surprends encore. Il parait même que ce n'est pas fini ...

Tto, qui pleure