Les douceurs atermoyées

Frottant mon corps de Dieu grec qui a un peu trop cédé aux sandwiches du pays considéré, je me suis interrogé : "Diantre ! Mais quel gel douche vais-je prendre maintenant que celui qui sentait bon le tabac est terminé ?" [oui je sais, je fais partie de ces gens qui peuvent se dire "Diantre" sous leur douche, dans le plus simple appareil, les gouttes ruisselant sur chaque centimètre carré de mon anatomie généreuse]. Et c'est là que j'ai commencé à m'exaspérer ... et à trouver également le sujet de mon billet du jour : les douceurs atermoyées.

Parce que oui, j'en ai marre d'avoir ce fichu réflexe qui consiste à garder pour plus tard quelque chose dont je sais que cela me fera plaisir. C'est même assez curieux de thésauriser le plaisir anticipé d'utiliser, de manger, de disposer ... bref de jouir de quelque chose ou même de quelqu'un. Ça me fait le coup à chaque fois que je rentre de vacances, d'où je ramène toujours des tonnes de trucs qui, par avance, me font grimper au rideau et finalement, je me dis qu'il vaut mieux en profiter plus tard quand ce sera bien le moment. Sauf qu'à force, on oublie, on passe à autre chose et en définitive, on n'en profite pas/plus comme cela devrait. Les confiseries que l'on ne trouve nulle part ailleurs, c'est ça. La crème Aesop qu'on ne trouve qu'à San Francisco achetée au Castro, c'est aussi ça. Les bonnes conserves venues du sud-ouest qu'on se promet de manger quand on en aura bien envie, c'est encore ça. Les coffrets DVD achetés pour regarder un truc quand il n'y aura rien d'autre, c'est toujours ça. Et ce qui m'énerve le plus, c'est qu'en fait, des occasions de jouir des douceurs considérées, il y en a plein et sous prétexte qu'il faudrait ne pas en profiter tout de suite, on n'en profite pas du tout. Pire ... il m'est arrivé de jeter des barres entières de Milky Way dont la date de péremption était dépassée, d'avoir encore des produits cosmétiques dont l'efficacité est désormais compromise ou que sais-je encore.

Je m'agace de réagir ainsi, de ne pas profiter de tout ce qui pourrait me contenter comme ça, comme s'il fallait attendre pour en jouir davantage alors que c'est précisément tout le contraire. Ce qui m'agace le plus, c'est que ce faisant, je trahis mon serment de profiter du temps présent le plus possible, illustration du "Carpe Diem" dont j'ai maintes fois expliqué qu'il gouverne la plupart de mes choix depuis des années. Parce qu'en fait, utiliser ce gel douche au musc de chez Kielh's ce matin, ça m'a finalement fait bien plaisir et je ne vois pas bien ce qui aurait pu accroitre ledit plaisir en l'utilisant dans 2 mois, 3 ans ou que sais-je encore ... Ainsi en est-il des produits achetés il y a plus de 10 ans, pour faire des bains de boue, pour me chouchouter alors que leur entreposage altère leur substance et donc, potentiellement, minimise le plaisir que je pourrais en retirer.

Il faut vivre la journée d'aujourd'hui comme s'il s'agissait de la dernière me suis-je dit un matin, constatant que je regardais passer des trains dont j'aurais très bien pu être le conducteur avisé. J'ai, chez moi, des tas de trucs que je garde comme ça, pour plus tard. Finalement, en dénonçant la procrastination de Zolimari ou d'autres, je ne fais rien d'autre et c'est tellement stérile que oui, ce matin, je me suis enduit de ce formidable gel douche qui sent si bon et me donne l'impression que je suis hormonalement bombesque. Garder pour garder n'a pas de sens et conduit à ne profiter de rien de ce que l'on s'est promis.

Donc oui, les boites de gâteaux à la banane ramenés du Japon vont y passer, les chocolats au caramel de chez Fortnum and Mason également, les masques au chewing-gum aussi et j'en passe et des meilleures. C'est comme ça : ce matin, sous ma douche, tandis que mes mains appliquaient le musc sur ma peau, je me suis dit qu'il était grand temps de profiter des douceurs et de cesser d'atermoyer. Il est urgent de se faire du bien ...

Tto, bien décidé à en profiter