2018 - LA PREMIERE FOIS

C'était un lundi soir, une veille de jour férié ...

Voilà plusieurs jours que l'on ne se parlait plus, plusieurs jours que j'avais marqué le pas sur les comportements égoïstes et que le constat d'un sens unique semblait de plus en plus évident. C'est vrai que la situation n'était pas simple mais elle était connue et acceptée de part et d'autres.

Il était aux alentours de 21 heures quand mon téléphone sonna. Je m'isolais et j'ai entendu une voix détendue, froide et quasiment robotique. Voilà, on partageait le constat que ça ne marchait plus. Moi, j'étais avec ma vie dans laquelle il y avait cette femme qui occupait le terrain. Lui ne voyait pas de moyen d'évoluer, pas la force d'envisager de continuer. Donc froidement et un coup de cuillère à pot, il m'expliqua que ce n'était finalement plus la peine de se voir, que j'avais bien mieux à faire sans lui et que lui ne s'en trouverait que mieux, d'ailleurs les jours de pause avec lui lui avaient fait énormément de bien m'avait-il expliqué. Il s'était senti mieux et allégé.

Lorsque j'ai raccroché, je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. Je suis revenu pensif, perdu et désorienté. Je crois que l'on dit qu'on est K-O quand cela arrive et surtout, j'étais par terre en me disant qu'il n'avait même pas eu le courage de me le dire en face, juste un coup de fil qui balayait deux années de ma vie.

Je n'ai eu qu'un mot pour celle qui me regardait en me demandant inquiète si quelque chose n'allait pas. Je répondis, avec une voix blanche et étranglée : "Il m'a plaqué". Elle pensait avoir gagné, ce fut tout le contraire : elle venait de me perdre définitivement parce que l'équilibre sommaire qui existait encore entre elle et moi ne tenait finalement que grâce à lui. Elle pensait avoir triomphé, il venait de la terrasser en me massacrant.
Je crois ne m'être endormi que vers cinq heures du matin, ahuri.
Le lendemain fut consacré à me cacher pour pleurer comme si je venais de tout perdre et que ma vie ne voulait plus rien dire.

L'avantage de consigner ici sa vie, c'est que l'on retrouve des choses qui s'y rapportent. J'écrivis ici le lendemain :
Parce que te perdre arrive suffisamment trop tôt,
Parce que, sans toi, où trouver cette putain de lumière dans tes yeux,
Parce que mes ambitions pour nous n'étaient finalement qu'un risque misérable que j'ai accepté,
Parce que tout cet équilibre était si fragile mais tellement succulent,
Parce que nous avions définitivement rendez-vous,
Parce que tu m'as donné l'envie de te protéger et de te prendre dans mes bras,
En fait ...
Parce que ma vie a besoin de ta vie.

Oui, j'avais toujours réussi à échapper à cela, j'avais toujours réussi à partir le premier non pas parce que c'était une fin en soi mais surtout parce que je m'étais lassé le premier, souvent, systématiquement, tout le temps, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes. Pas là, là j'avais pensé qu'il y avait autre chose ... et puis non.
Je me suis écrasé comme une merde, sonné pendant des jours et des semaines jusqu'à réussir à refaire surface quelques semaines après, avec 14 kilos en moins et tout sec de larmes tant j'avais pleuré. Depuis, on peut dire que je suis hyper sensible et, par exemple, je pleure au cinéma pour un rien. Depuis, chaque indice de crépuscule me fait peur comme j'ai eu peur pendant des années que mon père s'en aille à nouveau à chaque fois que je le voyais partir en voiture tout seul [j'allais vérifier dans son armoire qu'il n'avait pas pris ses affaires].

Ce que je te raconte, c'était il y a 10 ans, pile.
Il y a 10 ans, le 10 novembre 2008, j'ai été plaqué sans ménagement, sans égards, sans sentiments, sans que personne n'envisage à quel point cela allait me déglinguer.
C'était il y a dix ans ... Ça a fini par reprendre parce que j'ai su expliquer à quel point lui comme moi passions à côté de la plus belle histoire de notre vie, ça avait été difficile, j'en ai bavé, il a choisi de me faire confiance et explique aujourd'hui que grâce à moi tout est possible et qu'il n'a jamais été aussi heureux. C'est finalement avec lui que je me suis marié.

Tto, qui a toujours été terrifié par cette date depuis